Paris: A quoi servent les dons de caca?

SCIENCES Philippe Godeberge, gastro-entérologue à l’Institut mutualiste Montsouris (14e) revient pour « 20 Minutes » sur cet appel scientifique, finalement suspendu…

Propos recueillis par Romain Lescurieux
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Illustration de toilettes publiques.
Illustration de toilettes publiques. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Le Centre de recherche clinique de l’est parisien de l’hôpital Saint-Antoine (XIIe arrondissement) lance un appel au don de selles.
  •  « L’objectif de cette étude est d’évaluer l’efficacité de la transplantation du microbiote fécal sur l’évolution de la maladie », annonce l'AP-HP.

Le Centre de recherche clinique de l’est parisien de l’hôpital Saint-Antoine (XIIe arrondissement) a lancé un appel au don de selles contre un dédommagement de 50 euros dans le cadre d’une étude. Du moins c'était le sens de l'appel initial. Car selon les informations du Parisien, confirmées par 20 Minutes, le don a été suspendu à cause de l'explosion du nombre de demandes. 

Une affiche de l'AP-HP annonce «nous recherchons des donneurs de selles».
Une affiche de l'AP-HP annonce «nous recherchons des donneurs de selles». - Capture d'écran d'une publication sur Facebook

Philippe Godeberge​, gastro-entérologue à l’Institut mutualiste Montsouris et auteur de Qu’est ce que tu as dans le ventre ? (Hachette), revient pour 20 Minutes sur le don de selles et son importance. 

Des appels au don de selles, comme celui-ci, sont-ils fréquents en France ?

A cette échelle, c’est une première. En général, la problématique est la suivante : pour faire des greffes de microbiote fécal, c’est-à-dire la part d’organismes vivants dans les selles, composées aussi d’eau et de résidus, il faut y avoir accès. Or, c’est rarement le cas car les donneurs potentiels sont souvent malades. D’où l’idée de faire appel à des gens en bonne santé et qui peuvent effectuer un dépôt de selles. D’autant qu’en France, il n’y a actuellement pas de banques de selles. Il faut donc des échantillons de selles fraîches pour constituer un stock. En plus de ça, ça donnera une image de la composition de la flore bactérienne d’une partie de la population.

Dans quel cadre s’inscrit cet appel et comment cela peut-il faire avancer la recherche ?

C’est une étude. L’objectif est de disposer de sujets témoins dont on peut utiliser le microbiote pour essayer de rééquilibrer la flore microbienne de gens malades. En l’occurrence la rectocolite hémorragique. Quand on regarde le microbiote de sujets normaux et le microbiote de sujets pathologiques, il y a une différence. La question est de savoir si cette différence est la cause de la maladie ou la conséquence. Aujourd’hui, on ne sait pas. Le but est aussi de faire des recherches sur un certain nombre de maladies, pour lesquels on n’avance plus beaucoup. Comme la maladie de Crohn, la dépression, la maladie de Parkinson, l’obésité.

C’est assez rare le don dédommagé ?

Quand on voit l’efficacité on comprend. 50 euros, ce n’est pas grand-chose et ça attire les gens.

Est-ce il y a un besoin de beaucoup de selles ?

Il faut des grandes quantités, en traiter plusieurs. Après, il s’agit juste de l’émission d’une selle ou deux par personne. Il y a beaucoup de gens qui veulent bien déposer un étron et toucher 50 euros, ce qui n’est pas idiot, mais après la limitation du nombre d’échantillons tiendra plutôt de la possibilité du laboratoire Inserm derrière l’appel, de les traiter. 

Justement, quel est le parcours de l’étron lors d'un don ?

Les gens auront une visite médicale et un questionnaire. Après le dépôt, les selles sont filtrées, congelés, stockées, et analysées pour vérifier l’absence d’agents contaminants. Puis, elles seront administrées à des patients pour vérifier le taux de cicatrisation. Mais il va y avoir une sélection. Les gens qui vont arriver avec des antécédents, des prises d’antibiotiques, de maladies allergiques, d’infection virale, du VIH, de virus B et C, ne seront pas pris.