Marseille: Après l'effondrement de deux immeubles, la psychose et la peur de la pluie

INQUIETUDE Après l’effondrement de deux immeubles à Marseille, la ville est gagnée par une certaine « psychose », et l’arrivée de l’hiver n’arrange rien…

Adrien Max

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Une femme à la fenêtre d'un immeuble situé rue d'Aubagne à Marseille.
Une femme à la fenêtre d'un immeuble situé rue d'Aubagne à Marseille. — Gérard Julien / AFP
  • Avec plus de 160 immeubles évacués à Marseille depuis le drame d’Aubagne, une sorte de « psychose » gagne les habitants.
  • Les conditions climatiques défavorables de l’hiver inquiètent également les experts.

1.217 personnes évacuées. Depuis l’effondrement de deux immeubles dans le quartier de Noailles, à Marseille, le 5 novembre dernier, entraînant dans leur chute  huit victimes, 172 immeubles ont été évacués. Chaque jour, une vingtaine de bâtiments sont évacués. De quoi insuffler une forme de « psychose », chez les Marseillais.

Ils s’inquiètent de tout, un camion passe, les habitants pensent que leur immeuble bouge. Une fissure apparaît, ils la prennent en photo et font le tour des élus. Il n’y a pas un jour sans que mon équipe ne reçoive des appels d’habitants inquiets », relate Saïd Ahamada, député des quartiers Nord de Marseille.

Un « niveau d’anxiété élevé »

Le député évoque un « niveau d’anxiété élevé ». « La réaction humaine est de surréagir. Avant le drame de la rue d’Aubagne, il n’y aurait pas eu autant d’évacuations, aujourd’hui on assiste à une surprotection, ce qui est normal. L’inquiétude a également gagné les élus », considère Saïd Ahamada.

Même si Florent Houdmon, directeur de la fondation Abbé Pierre en région Paca, veut éviter le terme « psychose », il « comprend l’inquiétude des gens ». « Cette inquiétude est malheureusement fondée puisque l’on sait de longue date que plusieurs immeubles sont très détériorés à Marseille », considère-t-il.

Pour Saïd Ahamada, après « la première phase qui consiste à venir en aide aux victimes », il faut désormais « définir des préconisations ». « Il y a une véritable urgence aujourd’hui concernant ces immeubles dangereux. Par quoi commence-t-on ? La surprotection est légitime, mais personne ne définit les priorités », regrette le député.

Les experts craignent la pluie

Une urgence qui se fait d’autant plus ressentir à l’approche de l’hiver, et de ses conditions climatiques défavorables pour les immeubles déjà délabrés. « Si l’enduit ou la toiture se dégradent, alors l’immeuble est exposé aux aléas météorologiques et l’eau va s’y infiltrer. Les murs vont se désolidifier et le bois peut s’affaisser », confiait l’architecte Fabien Cadenel dans une interview à 20 Minutes.

J’ai effectivement des retours informels des experts de la préfecture qui craignent que la pluie accentue les problèmes de structures, sans parler du gel. Mais des problèmes de canalisations peuvent aussi être problématiques, avec l’accumulation d’eau dans les caves, les bases des immeubles sont fragilisées », avance Saïd Ahamada.

« Ce sera l’armée qu’il faudra envoyer »

Florent Houdmon rappelle quant à lui que si les événements climatiques peuvent être un « élément déclencheur », elles ne sont pas à l’origine du « mauvais état structurel du bâti ». « Ce ne sont pas les intempéries qui fragilisent le bâtiment, mais le manque d’entretien et l’absence de mesure préventive. Il ne faut pas alimenter la psychose, mais il faut, en revanche, avoir peur des "périls" », précise-t-il.

La chute d’un nouvel immeuble pourrait d’ailleurs avoir des conséquences dramatiques. « Si cela arrive, on ne pourra plus rien faire. Tous les politiques vont sauter, et ce sera l’armée qu’il faudra envoyer », s’alarme Saïd Ahamada.

Pour contrer cette peur, le préfet a convié les députés marseillais à une réunion de travail à ce propos. « C’est un moyen de faire redescendre la pression, il va faire un point sur ce qui est fait. Ce sera ensuite à nous, députés, au contact direct des Marseillais, de les rassurer », confie Saïd Ahamada. Pas sûr que la vigilance jaune déclenchée dans les Bouches-du-Rhône à partir de ce vendredi rassure la population, et les experts.