#MerciProf: Pourquoi avons-nous tous un enseignant inoubliable dans nos mémoires?

EDUCATION Depuis mercredi, les internautes sont invités sur Twitter à poster un message à l’attention d’un enseignant ayant marqué leur scolarité via le hashtag #Merciprof…

Delphine Bancaud
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Une enseignante et ses élèves.
Une enseignante et ses élèves. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Chacun d’entre nous garde en mémoire un, voire plusieurs professeurs.
  • Leur influence est parfois grande sur le parcours scolaire ou professionnel de leurs élèves, car ils les poussent à se dépasser.

« #MerciProf à Monsieur Duhalde, prof de maths à Bayonne, la Gauloise à la bouche, la démarche à la John Wayne, les virées de fin d’année à San Sebastian et un cœur gros comme ça ! » Depuis mercredi sur Twitter, les messages de remerciements à des profs inoubliables pullulent.

L’initiative a été lancée par le projet Voltaire (plateforme en ligne d’aide à l’apprentissage de l’orthographe) pour soutenir les enseignants qui ont témoigné de leurs conditions de travail parfois difficiles le mois dernier sur Twitter, via le #PasDeVague. Et ces messages démontrent l’attachement que chacun d’entre nous a pour un, voire plusieurs profs de son enfance. « Les enseignants sont des adultes très importants dans la vie des élèves car ils font le pont entre la sphère privée et le monde de la connaissance », explique Fabienne Messica, sociologue spécialiste de l’éducation. « L’école est un lieu de vie et de construction pour les enfants qui sont très sensibles aux personnes qui peuvent les révéler », complète Bruno Suchaut, professeur à l’Université de Lausanne en sciences sociales et politiques.

« Certains enseignants ont le don de réconcilier les élèves avec leur matière »

Selon Pascal Hostachy, responsable du projet Voltaire, c’est souvent les profs de collège qui marquent les esprits : « Car l’adolescence est un âge fragile ; le fait d’être écouté par un enseignant pédagogique et bienveillant peut ouvrir des portes ». Si les profs de français, d’histoire-géographie et de philo marquent souvent les esprits, « c’est parce que les matières qu’ils enseignent invitent à des échanges plus nourris », observe Bruno Suchaut. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’un prof de maths ou de SVT ne pourra pas fasciner ses élèves : « Certains enseignants ont le don de réconcilier les élèves avec leur matière, ce qui leur redonne confiance en eux », détaille-t-il.

Les professeurs « mythiques » présentent souvent les mêmes caractéristiques : « Ce sont des personnalités dotées d’un vrai charisme qui ont des convictions et mettent leur liberté pédagogique à profit pour proposer une pédagogie créative », constate Fabienne Messica. « Ils sont aussi dotés d’une autorité naturelle, d’une empathie, d’une passion de transmettre et sont hyperengagés professionnellement », ajoute-t-elle. « Un bon prof c’est aussi un enseignant bienveillant, qui fait beaucoup de feed-back aux élèves, les stimule et les encourage. L’effet pygmalion joue à plein avec eux. Tout en se montrant juste, car les élèves sont hypersensibles à l’équité », estime de son côté Bruno Suchaut. Et contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les profs « cools » qui sont les plus marquants : « Les élèves apprécient les enseignants exigeants, mais qui reconnaissent aussi les efforts », indique Pascal Hostachy.

« Certains enseignants peuvent même éviter à un enfant de décrocher scolairement »

L’influence de ces figures tutélaires est parfois grande : « Mis en confiance, des élèves commencent à réussir dans des matières où ils étaient en difficulté. Ou à se découvrir une passion pour la lecture, la physique, l’histoire-géo… », estime Pascal Hostachy. « Certains enseignants peuvent même éviter à un enfant de décrocher scolairement », note aussi Fabienne Messica. « Ils peuvent donner envie à un élève de poursuivre ses études dans le supérieur ou susciter chez lui une vocation professionnelle », analyse Bruno Suchaut.

Mais les élèves ne sont pas les seuls gagnants dans l’histoire : « Lorsqu’un enseignant a conscience qu’il a pu être un modèle pour un élève ou le stimuler dans son parcours scolaire, cela lui donne le sentiment du travail accompli et de l’utilité sociale de sa profession », ajoute Bruno Suchaut. « D’ailleurs certains profs qui ont été cités avec le #MerciProf ont répondu à leurs élèves sur Twitter. C’est forcément très gratifiant pour eux, alors qu’ils ont souvent l’impression de ne pas être reconnus socialement », ajoute Pascal Hostachy.