Vincent Lambert: Et maintenant, que va-t-il se passer pour le patient dont l’état végétatif est jugé «irréversible»?

FIN DE VIE Chargés d’examiner le patient dans le coma depuis 2008, trois médecins ont jugé qu’il était dans un « état végétatif irréversible » mais qu’il ne subissait aucune « obstination déraisonnable »…

Vincent Vantighem

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L'hôpital Sébastopol à Reims, où est hospitalisé Vincent Lambert depuis septembre 2008.
L'hôpital Sébastopol à Reims, où est hospitalisé Vincent Lambert depuis septembre 2008. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Vincent Lambert est dans le coma depuis un accident de la route, en 2008.
  • Trois médecins ont jugé que son état végétatif était irréversible.
  • Mais ils estiment aussi que le patient ne subit aucun acharnement thérapeutique.

Entre deux rives sans aucune possibilité de rejoindre l’une ou l’autre. Vincent Lambert est « dans un état végétatif chronique irréversible » mais il n’y a aucun « acharnement thérapeutique » sur lui, soit l’une des conditions fixées par la loi Claeys-Leonetti pour le laisser mourir.

Chargés par la justice d’examiner l’ancien infirmier en état de conscience minimale depuis un accident de la route, trois médecins ont rendu un rapport qui relance la bataille familiale. 20 Minutes fait le point sur ce dossier autour duquel se déchirent les parents du quadragénaire, favorables à son maintien en vie, et sa femme et son neveu qui veulent le laisser mourir, dix ans après son accident…

Quelles sont les conclusions des experts sur l’état de santé de Vincent Lambert ?

Vincent Lambert ne va pas mieux. Et il n’ira jamais mieux, si l’on en croit les experts. Dans un rapport de 31 pages que 20 Minutes s’est procuré, les trois médecins chargés d’examiner l’ancien infirmer de 42 ans confirment qu’il est, aujourd’hui, dans « un état végétatif chronique irréversible » et que cela ne lui laisse plus « d’accès possible à la conscience ».

Notant quelques « éléments minimes d’aggravation » depuis le dernier examen réalisé en 2014, les trois professeurs de neurochirurgie et d’oto-rhino-laryngologie (ORL) estiment que « la situation d’impotence fonctionnelle totale » interdit désormais à Vincent Lambert « toute qualité de vie » et « ne [lui permet] plus d’accès possible à la conscience ».

Le patient est-il victime d’un acharnement thérapeutique de l’équipe médicale ?

Les experts estiment que Vincent Lambert n’est pas victime d’un acharnement thérapeutique » destiné à le maintenir en vie. Ils considèrent ainsi que l’alimentation et l’hydratation artificielle du patient, ses seuls soins à l’heure actuelle, ne constituent pas une « obstination déraisonnable », élément clé de la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie, contrairement à ce qu’estimait le Conseil d’État dans sa décision du 24 juin 2014.

Concrètement, la condition médicale du patient « n’appelle aucune mesure d’urgence ». Les experts indiquent même qu’il pourrait, le cas échéant, être transféré dans une autre structure en France, comme le réclament ses parents depuis des années. Contrairement à son épouse, les parents de Vincent Lambert – catholiques proches des milieux intégristes – se battent depuis des années pour que leur fils soit maintenu en vie, convaincus qu’il peut aller mieux.

Comment ceux-ci ont-ils réagi aux conclusions des experts ?

Contacté par 20 Minutes ce jeudi matin, Jean Paillot, l’avocat des parents de Vincent Lambert, se réjouit que les experts aient conclu qu’il n’y avait pas d’obstination déraisonnable le concernant et qu’il pouvait être transféré dans une unité spécialisée.

« Mais sur le fond, nous remettons en cause l’évaluation qui a été faite de sa conscience, poursuit-il. Elle a eu lieu en 1h45. Or, certains experts estiment qu’une telle évaluation nécessite entre deux et trois semaines d’examen. » L’avocat pense que Vincent Lambert n’a pas été placé dans des conditions permettant d’évaluer correctement sa conscience et va demander un « complément d’expertise ».

Reims, le 15 juillet 2015. Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent, se rendent à l'hôpital Sébastopol où est soigné leur fils.
Reims, le 15 juillet 2015. Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent, se rendent à l'hôpital Sébastopol où est soigné leur fils. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Quelle va être la suite de la procédure, désormais ?

Toutes les parties ont désormais jusqu’au 19 décembre pour formuler leurs observations sur ce rapport d’expertise. A cette date, une audience aura lieu au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) où chacun pourra plaider sa cause. Si le tribunal valide le principe d’un arrêt des soins, les parents de Vincent Lambert porteront sans doute le cas devant le Conseil d’État qui devra, à nouveau, prendre une décision.

« Imaginons que le Conseil d’État valide, lui aussi, l’arrêt des traitements, il faudra alors trouver un médecin qui ait le courage de laisser partir Vincent sereinement, indique à 20 Minutes, François Lambert, son neveu, partisan de stopper l’alimentation et l’hydratation. Avec toutes les pressions dans ce dossier, ce n’est pas évident. »