«Gilets jaunes»: Comment les manifestants s'organisent-ils pour durer?

MANIFESTATION Ils se relayent sur les barrages et bénéficient de dons de nourriture…

Charlotte Murat

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Des «gilets jaunes» à Saint-Herblain, à côté de Nantes, le 21 novembre 2018.
Des «gilets jaunes» à Saint-Herblain, à côté de Nantes, le 21 novembre 2018. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Les « gilets jaunes » sont mobilisés depuis cinq jours et comptent bien poursuivre le mouvement.
  • Ils se relayent sur les lieux de blocage et certains apportent de la nourriture pour tout le monde.
  • Certains commerçants ont même fait des dons en nature.

Déjà cinq jours de blocages et la détermination des « gilets jaunes » n’est pas retombée. « Les gens ne comptent pas lâcher », assure Simon. Cet agent de sécurité dans la Manche a bloqué pendant trois jours un rond-point à Saint-Hilaire-Petitville, près de Carentan. Ce barrage a été levé mardi soir, mais la cinquantaine de « gilets jaunes » qui y étaient présents entend bien poursuivre le mouvement.

Comment sont-ils organisés ? Posent-ils des jours de congé pour se mobiliser ? « Nous, on est plus de 80 % à travailler et nous faisons des roulements en fonction des disponibilités de chacun », poursuit Simon. « Je me mobilise après le travail, pendant mes jours de repos et pendant mes coupures, enchérit Carol-Anne, une auxiliaire de vie alsacienne. Le reste du temps, je fais partis de ceux qui sont bloqués, mais je fais avec. »

« La solidarité des pauvres gens pour les pauvres gens »

Ce système de roulement se retrouve un peu partout. A Dax (Landes), la veille des blocages du 17 novembre, Ben nous expliquait la mobilisation à venir. Depuis, il n’a pas quitté son « gilet jaune ». « Sur nos trois points de blocage, on compte à peu près 2.000 personnes. Les gens viennent en fonction de leur emploi du temps pour les tenir nuit et jour. Certains ont posé des jours de congé », raconte-t-il. Ben est resté 48 heures sur place, s’est reposé une journée et est reparti. Ouvrier dans une usine, il devait travailler ce mercredi : « Mon patron m’a appelé pour me dire que ça ne servait à rien que je vienne, les camions étaient bloqués. »

Viviane, elle, passe quelques heures par jour au barrage filtrant du péage de Lunel, dans l’Hérault. Cette retraitée de 64 ans, bien décidée à défendre le maigre pouvoir d’achat que lui offre sa retraite de 582 euros par mois (590 euros avant la hausse de la CSG), en profite pour apporter de la nourriture pour tout le monde. « Je les aide à tenir. C’est la solidarité des pauvres gens pour les pauvres gens », assure Viviane.

Des viennoiseries offertes

Loin des organisations syndicales ou politiques, les « gilets jaunes » comptent les uns sur les autres et bénéficient parfois de la solidarité de quelques commerçants qui offrent de la nourriture.

C’est le cas dans la Manche, et aussi dans les Landes, où Ben raconte qu’un boulanger leur a offert des viennoiseries tous les matins : « On a aussi bloqué les camions du journal Sud-Ouest et on ne les a laissés repartir que s’ils nous laissaient leur cargaison. On a distribué les journaux et on s’est servi de quelques exemplaires pour faire du feu. » « Ne vous faites pas de soucis, on est organisé pour durer », conclut Elizabeth.