Paris: Comment la police lutte-t-elle contre les bandes violentes?

RIXES Sept fonctionnaires de la préfecture de Paris compilent, analysent et synthétisent chaque jour tous les éléments en lien avec les bandes violentes pour en appréhender les contours…

Caroline Politi

— 

Dans la cellule de lutte contre les bandes violentes.
Dans la cellule de lutte contre les bandes violentes. — Caroline Politi/20 Minutes
  • On compte 46 bandes violentes à Paris et dans la petite couronne.
  • Si le phénomène a tendance à perdre de l’ampleur, les rixes sont beaucoup plus violentes.
  • Sept fonctionnaires travaillent dans la cellule de lutte contre les bandes au sein de la préfecture de police de Paris.

27 septembre, la vidéo du lynchage d’un adolescent à Garges-lès-Gonesse, dans le Val-d’Oise, fait frémir les réseaux sociaux. La victime, agressée sur un parking par cinq ou six jeunes de son âge, tente de se réfugier sous une voiture. Tiré par les pieds, le jeune homme est roué de coups, laissé pour mort. Il s’en sortira finalement avec 67 points de suture au crâne.

13 octobre, un adolescent de 13 ans trouve la mort à la suite d’une rixe, aux Lilas. Si son décès n’est pas précisément lié aux violences – il est mort d’un œdème pulmonaire massif –, celles-ci, estiment les médecins, ont pu contribuer à la dégradation de son état.

24 octobre, dans le 19e arrondissement de Paris, un lycéen de 16 ans, grièvement blessé à l’arme blanche lors d’une bagarre entre bandes, décède peu après son arrivée à l’hôpital. Un drame qui survient quelques mois après la mort d’un autre ado originaire de ce quartier, dans des conditions similaires.

Une cellule spécialisée

L’inventaire, pourtant loin d’être exhaustif, n’a pas surpris les policiers spécialisés. « Il y a eu un enchaînement de faits dramatiques en peu de temps qui a attiré l’attention des médias et des politiques mais ces violences font malheureusement partie de notre quotidien », analyse Gilles, responsable de la cellule sur le suivi des bandes violentes mise en place par la préfecture de police de Paris en 2010.

Chaque jour, les sept fonctionnaires qui la composent – en théorie, car ce mardi matin, entre le congé maternité de l’une, les vacances et les horaires décalés, ils ne sont que quatre – compilent, analysent et synthétisent les rapports de police, les procédures judiciaires en cours et les « remontées de terrain ». « Quand on travaille sur les faits, on identifie les individus impliqués, nous savons qui sont les plus actifs, qui gravitent autour du groupe… », poursuit le commandant de police. Les motifs d’une rixe sont souvent si futiles qu’il faut avoir l’œil partout, même sur les « signaux faibles » : des insultes sur les réseaux sociaux, un vol de portable ou un môme qui traîne « sur le mauvais territoire ».

Un rajeunissement des bandes depuis 2010

« L’objectif, c’est d’avoir une vision globale du phénomène afin de pouvoir faire circuler les informations entre les différents services et donc pouvoir anticiper », précise Sandrine, son adjointe. A ce jour, la cellule, nichée au dernier étage d’un immeuble sans charme du sud de la capitale, a recensé quelque 46 bandes actives dans Paris et la petite couronne. L’image des gangs américains est bien loin d'illustrer le phénomène français : il n’y a pas de chefs précis même s’il y a des meneurs, les membres entrent et sortent sans « pacte d’allégeance ». Des groupes dits « sensibles » mais qui ne sont pas dans une logique de rivalité sont également suivis de près.

S’il existait il y a encore quelques années des bandes identitaires en Ile-de-France, aujourd’hui, elles sont presque toutes liées à l’appropriation d’un territoire. En huit ans, les policiers de la cellule ont également noté un rajeunissement des membres. « Jusqu’en 2014, c’était principalement des jeunes adultes alors qu’actuellement, la moyenne d’âge se situe autour de 17 ans », poursuit la responsable adjointe. En 2017, sur les 291 interpellations liées aux bandes recensées par la préfecture, on comptait 80 % de mineurs.

Des bandes plus violentes

Si l’on s’en tient strictement aux chiffres, le phénomène aurait tendance à perdre de l’ampleur ces dernières années. Selon la préfecture de police de Paris, les violences rattachées aux bandes ont baissé de 30 % dans la capitale et de 19 % sur l’ensemble de la petite couronne entre 2016 et 2017, passant de 414 phénomènes enregistrés à 336. Mais la baisse comptable n’est pas pour autant synonyme d’une diminution de la violence. Depuis deux ans, huit jeunes hommes sont décédés au cours de ces rixes à Paris. « On observe depuis deux ans une utilisation quasiment systématique d’armes blanches dans les rixes alors que jusqu’alors les jeunes se battaient principalement avec des armes par destination, des bâtons, des barres de fer… », note le responsable de la cellule. En Seine-Saint-Denis, les fonctionnaires ont également enregistré une augmentation significative du recours aux armes à feu.

Dans la cellule de lutte contre les bandes violentes.
Dans la cellule de lutte contre les bandes violentes. - Caroline Politi/20 Minutes

Depuis la fin octobre, les policiers de la cellule ont noté un léger apaisement. « La mort d’un jeune, ça calme les esprits mais on sait que c’est temporaire », déplore Sandrine. Sur le long terme, la lutte contre les bandes violentes passe par un renforcement de la présence sur le terrain. Pour ce faire, le gouvernement compte sur le déploiement des quartiers de reconquêtes républicaines, mesure phare de la police de sécurité du quotidien.

« La lutte contre les bandes violentes doit être pensée dans sa globalité », analyse le responsable de la cellule. A Paris, un groupe de travail a été mis en place avec le parquet, l’Education nationale et la mairie pour prendre en compte les différents aspects du phénomène. Et le commandant de police de citer l’exemple de l’apaisement entre deux bandes rivales « historiques » du 18e et 19e arrondissement après des années de violences quasiment quotidiennes. Un véritable plan Marshall a été mis en place, la présence policière renforcée, des caméras de surveillance installée. « Les éducateurs ont mis les meneurs des deux bandes en contact, une trêve a été signée dans un lieu neutre », précise le commandant de police. Depuis bientôt trois ans, le statu quo est de mise.