Marseille: «Personne ne s’occupe de nous», alors que 1.105 personnes ont été évacuées de leur logement

INSALUBRITE Alors que plus de 1.100 personnes ont été évacuées de leur logement depuis le 5 novembre, la mairie de Marseille a ouvert un centre d’accueil ce lundi…

Adrien Max

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La pharmacie, au rez-de chaussée de l'immeuble évacué, a dû fermer.
La pharmacie, au rez-de chaussée de l'immeuble évacué, a dû fermer. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Depuis le 5 novembre, et l’effondrement de deux immeubles à Noailles, plus de 1.100 personnes ont été évacuées à Marseille. La mairie a ouvert ce lundi matin un espace d’accueil pour les personnes évacuées de leur immeuble.
  • Beaucoup de sinistrés se sentent abandonné par la mairie. D’autres dorment toujours sous des taudits malgré des signalements aux autorités compétentes.

Cette famille avec trois enfants dont un nourrisson d’un mois a passé une première nuit dans une sorte de squat sans fenêtres, puis quatre autres à l’hôtel. Et ce lundi, elle n’a plus aucune solution d’hébergement. Les deux parents poussent chacun une poussette et se hâtent devant le centre d’accueil pour les sinistrés, ouvert depuis ce lundi matin par la municipalité, rue Beauvau, à Marseille.

« Pour répondre efficacement et dans les meilleurs délais aux besoins des sinistrés, le nouvel Espace d’accueil des personnes évacuées [EAPE] ouvrira ses portes lundi », a annoncé la mairie de Marseille, vendredi dernier. Mais impossible d’y rentrer en tant que journaliste, alors que l’espace grouille de personnes à la recherche d’une solution d’hébergement. « Ah non, aujourd’hui c’est compliqué. Vous comprenez, il faut que le dispositif se mette en place, et les gens peuvent avoir peur de venir s’il y a trop de journalistes », explique la mairie.

« Personne ne s’occupe de nous »

Pourtant, il suffit de se présenter comme tel devant pour que les sinistrés s’empressent de témoigner de leur situation. « On y croit plus, se désole Rahid Serdouk, évacué du 91, boulevard de Strasbourg, mardi dernier. On nous a conduits à l’hôtel comme des touristes, et depuis personne ne prend de nos nouvelles, personne ne s’occupe de nous. »

Une fissure au 91 boulevard de Strasbourg, où habite Rahid Serdouk.
Une fissure au 91 boulevard de Strasbourg, où habite Rahid Serdouk. - Rahid Serdouk

Une navette a bien été mise en place pour venir les chercher depuis l’hôtel jusqu’à un « restaurant », mis en place par la mairie. Si la mairie assure servir des repas chauds aux sinistrés depuis le 10 novembre, Rahid n’en démord pas. « Plutôt que de payer des navettes, qu’ils nous fassent venir à pied mais qu’ils nous servent des repas chauds. On mange des chips depuis une semaine comme de vulgaires chiens », dénonce Rahid, qui se sent trahi par la mairie et l’Etat.

L'état lamentable dans lequel se trouve la cage d'escalier du 91 boulevard de Strasbourg.
L'état lamentable dans lequel se trouve la cage d'escalier du 91 boulevard de Strasbourg. - Rahid Serdouk

« Je dis quoi à mes enfants ? Que je suis SDF ? »

L’ouverture du centre d’accueil, censé simplifier les démarches, ne semble pas lui redonner espoir. « Ils ont pris mes coordonnées, mais on ne sait pas combien de temps il faut attendre, et encore moins ce qu’ils vont nous proposer à la fin, s’inquiète-t-il. Je dois recevoir mes enfants une semaine sur deux, je leur dis quoi ? Que je suis SDF ? Je suis déjà traumatisé personnellement, je ne vais pas, en plus, les traumatiser mes enfants. »

Un immeuble du centre-ville évacué à Marseille
Un immeuble du centre-ville évacué à Marseille - Adrien Max / 20 Minutes

Sa voisine ne décolère pas, non plus. « Je suis enceinte, je n’ai pas pu partir avec mes papiers et personne n’a mis en place un moyen d’aller rechercher quelques affaires. J’ai dû consulter mon gynécologue à cause du stress, j’ai payé 75 euros de ma poche, je n’avais ni carte vitale, ni pièce d’identité », enrage-t-elle.

Plus de 1.100 personnes évacuées

Le couple avec ses trois enfants semble complètement démuni depuis leur évacuation rue Lafayette. « On a passé deux fois 48 heures à l’hôtel, mais aujourd’hui nous n’avons plus aucune solution. Si nous n’avons rien ce [lundi] soir, nous dormirons à la rue. » « Nous ne laissons personne dormir à la rue, même s’il est vrai que certains doivent changer d’hôtels, à cause des calendriers de réservations. Nous comprenons le stress généré par cette situation », rétorque la mairie.

Depuis le drame du 5 novembre et l’effondrement de deux immeubles entraînant avec eux la mort de huit habitants, 1105 personnes ont été évacuées de 142 immeubles présentant des risques pour leur sécurité. Mais seulement 12 arrêtés ont été pris par la ville, faute d’experts disponibles…

857 personnes ont été prises en charge par la mairie pour un relogement. Mais il ne s’agit que de relogement temporaire, replongeant les sinistrés dans un intense stress chaque jour, ou presque.

« Je veux partir d’ici par tous les moyens »

Et surtout, combien de Marseillais dorment toujours sous un taudis ? Amina, jeune mère de famille, habite rue du Baignoir, à Belsunce. Elle a emménagé en 2015, et signale à la mairie les conditions épouvantables dans lesquelles elle vit depuis novembre 2016.

Les souris investissent l'appartement d'Amina et de son fils de 2 ans.
Les souris investissent l'appartement d'Amina et de son fils de 2 ans. - Amina

« J’ai des crottes de souris partout, j’en tue une dizaine tous les trois jours. Mon fils de deux ans ne bouge plus du canapé tellement il est apeuré. Il n’a jamais pu jouer par terre. Sans compter les traces d’humidité et les fissures qui ne cessent de se creuser. J’ai peur et je veux partir d’ici par tous les moyens », supplie-t-elle.

Les marques d'humidité autour des fenêtres du logement d'Amina.
Les marques d'humidité autour des fenêtres du logement d'Amina. - Amina.

L’agence qui gère son appartement lui raccroche au nez au moindre coup de téléphone. Malgré ses innombrables signaux d’alerte, Amina et son fils de deux ans sont contraints d’habiter ce taudis.