Des «gilets jaunes» bloquent l'entrée de Saint-Denis, chef-lieu de La Réunion, lundi 19 novembre 2018.
Des «gilets jaunes» bloquent l'entrée de Saint-Denis, chef-lieu de La Réunion, lundi 19 novembre 2018. — R. Bouhet

BLOCAGES

«Gilets jaunes» à La Réunion: Violences, prise d'assaut, écoles fermées... Le mouvement dégénère

Le conflit s'emballe à La Réunion : des gendarmes ont été envoyés en renfort, le plan Orsec pour les hydrocarbures a été déclenché...

  • L’ambiance était tendue ce lundi à La Réunion.
  • Trente et un barrages de « gilets jaunes » restaient en place à la mi-journée, après une nuit de violences.

Ce devait être le plus beau jour de leur vie. Il a mal commencé. Samedi, à La Réunion, de futurs mariés ont vu leur cortège pris dans les embouteillages provoqués par la mobilisation des « gilets jaunes ».

Tout de blanc vêtu, le couple a fini par emprunter à pied la route des Tamarins (la quatre voies qui relie le nord au sud du département en longeant la côte ouest) pour se rendre à la cérémonie. Une mésaventure qui ne rend toutefois pas bien compte de la situation dans cette région de l’océan Indien.

42 % de la population en dessous du seuil de pauvreté

A 9.000 km de la métropole, dans une île où 42 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où le chômage culmine à 23 %, la dénonciation de la hausse des prix des carburants et, plus globalement, du coût de la vie, rencontre une très forte adhésion. Dès samedi, les « gilets jaunes » ont bloqué plusieurs axes routiers stratégiques dans un département où règne le tout-automobile.

Début 2016, selon les derniers chiffres de la direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement de La Réunion (Deal), le parc de voitures particulières de moins de seize ans était estimé à 341 500, pour une population de 865 826 habitants (chiffres Insee 2018). Les Réunionnais, qu’ils soient conducteurs ou passagers, utilisent à 66 % la voiture pour se déplacer dans l’île, principalement dans le cadre de leurs trajets domicile-travail, d’après une étude relayée durant la Semaine de la mobilité en 2016.

A La Réunion, la mobilisation a dégénéré dans la nuit de samedi à dimanche, comme ici au Moufia, un quartier de Saint-Denis.
A La Réunion, la mobilisation a dégénéré dans la nuit de samedi à dimanche, comme ici au Moufia, un quartier de Saint-Denis. - R. Bouhet

Dégradations, violences et prise d’assaut

Ce lundi, troisième jour de mobilisation, pas moins de 31 barrages étaient encore en place, a recensé la Direction régionale des routes. Et ce, dans une situation très tendue, avec des jets de pierres, des feux de poubelles, de pneus ou de palettes. Si aucun mort n’était à déplorer, comme ça a été le cas en Savoie, les débordements, violences et dégradations ont été eux aussi nombreux.

Dimanche soir, au Port (ouest), une concession automobile a été incendiée et un fast-food vandalisé, la façade d’un hypermarché a été détruite à Saint-Benoît (est). « Ce sont de petits groupes, mobiles, qui agissent », a détaillé Marie-Amélie Vauthier Bardinet, directrice de cabinet du préfet de La Réunion. « Ils sont jeunes, voire très jeunes. »

Ce lundi, sur la Route du Littoral, un important axe routier reliant Saint-Denis (nord) à La Possession (ouest), la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour lever un barrage filtrant, et un bref affrontement a eu lieu. Repoussés, les manifestants ont ensuite investi le centre-ville de Saint-Denis, le chef-lieu. Les commerçants ont alors baissé leurs rideaux à leur approche. A la mi-journée, la police a dû intervenir pour déloger plusieurs dizaines de « gilets jaunes » qui tentaient d’entrer dans l’enceinte du conseil régional.

Les forces de l’ordre demandent des renforts

En trois jours de mobilisation, six membres des forces de l’ordre ont été légèrement blessés lors d’interventions, et 51 personnes ont été interpellées. « La situation cauchemardesque de ce week-end amène l’Unsa Police à saisir en urgence
le ministre de l’Intérieur afin que des renforts soient envoyés
rapidement afin de rétablir l’ordre sur ce département », a demandé le syndicat dans un communiqué. La ministre des Outre-mer a confirmé que « des renforts arriveraient depuis Mayotte dans la journée afin que nous rétablissions l’ordre rapidement ». Annick Girardin a aussi lancé sur Public Sénat un « appel au calme » et à la « responsabilité » de chacun. Elle a échangé sur le sujet avec les élus locaux en ouverture du congrès de l’Association des maires de France (AMF), organisé jusqu’à jeudi à Paris.

Pas sûr que cet appel soit entendu. Ce lundi, la préfecture faisait savoir que « les crèches, écoles, collèges et lycées, publics et privés sous contrat, seraient fermés mardi ». Les transports en commun risquaient de ne pas être assurés. Les services de l’Etat indiquaient aussi avoir activé le plan ressources hydrocarbures du dispositif Orsec, qui prévoit la réquisition de 14 stations-service pour approvisionner les véhicules des services de secours, d’urgence et de sécurité.