«Gilets jaunes» à Rennes: «Ils gueulent mais ils bougent pas»... Le mouvement attend du renfort

REPORTAGE Le dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche est paralysé depuis dimanche soir…

Camille Allain

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Des gilets jaunes bloquent un rond-point à Vern-sur-Seiche, près de Rennes, le 19 novembre 2018.
Des gilets jaunes bloquent un rond-point à Vern-sur-Seiche, près de Rennes, le 19 novembre 2018. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une cinquantaine de « gilets jaunes » bloquait ce lundi un rond-point à Vern-sur-Seiche, près de Rennes, paralysant le dépôt pétrolier de Total.
  • Des dizaines de camions étaient arrêtées au bord de la route, perturbant la circulation.
  • Les « gilets jaunes » mobilisés espèrent convaincre d’autres citoyens de venir les rejoindre pour poursuivre le mouvement.

« On a froid mais on ne lâchera pas ». Bonnet sur la tête, écharpe jusqu’au nez, David tient « son poste » depuis dimanche soir. Avec sa combinaison jaune fluo, le jeune homme surveille l’arrivée des poids lourds au rond-point de Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine). Située à quelques kilomètres de Rennes, cette petite commune abrite un important dépôt pétrolier du groupe Total qui alimente les stations essence bretonnes. Bloqués par les manifestants, les camions ont dû se ranger sur le côté. Et le site de stockage d’hydrocarbure a fermé « par mesure de sécurité », précise son directeur.

La décision du blocage avait été improvisée dans la soirée de dimanche par une poignée de « gilets jaunes ». Plus assez nombreux pour paralyser la rocade de Rennes, ils ont migré au sud pour installer des barrages filtrants. « Ça devenait dangereux sur la rocade avec le trafic. On était une bonne trentaine. On a préféré venir ici », raconte Dominique, drapeau breton à la main. En stoppant les camions, lui espère « bloquer toutes les marchandises et paralyser l’économie ».

Sur le pont depuis samedi et la grande mobilisation nationale, ce quinquagénaire n’a pas beaucoup dormi mais affiche sa détermination. « Macron, il va s’en rappeler. Pour l’instant, on fait un blocage partiel. Mais si personne n’écoute, on va tout fermer », assure-t-il. Les yeux rougis par le froid et la fatigue, il regarde les voitures passer. Certains klaxonnent, affichant leur gilet sur leur tableau de bord. « Pour que ça bouge, il faudrait l’enfiler le gilet et venir nous aider », grogne Dominique.

Il pose une RTT pour manifester

Ce lundi matin, ils sont une cinquantaine à bloquer le rond-point. Des palettes sont brûlées et de la nourriture a été amenée. « On ne se connaît pas mais on s’organise ». Mais tous aimeraient du renfort. « Chez mes amis ou dans ma famille, il y a plein de gens mécontents. Ils gueulent contre le gouvernement mais ils bougent pas », regrette Christian. Mobilisé depuis samedi, il a posé une RTT ce lundi pour poursuivre le mouvement. « Ils ne nous écoutent pas. Alors on va geler l’économie », poursuit celui qui n’avait encore jamais manifesté de sa vie.

En face de lui, Clément est plus révolté. « J’ai dû refuser un emploi car c’était à 100 kilomètres de chez moi. J’ai fait le calcul, rien qu’en essence, j’en avais pour 400 euros par mois. Quand tu as un salaire à 1.200 euros, tu ne peux pas ». Le jeune homme a pourtant une petite voiture essence récente, un modèle souvent vanté par le gouvernement. « Mais il faut quand même faire le plein, soupire le manifestant. Sans compter les réparations ».

« C’est triste qu’on en soit arrivé là »

Très remonté, le jeune demandeur d’emploi s’en prend à Emmanuel Macron, « qui critique le lobbying de l’industrie automobile pour vendre des voitures neuves ». Il s’énerve, puis redescend. « C’est quand même triste qu’on en soit arrivé là. J’ai froid, je n’ai pas dormi. On serait tous mieux chez nous. Mais on tient. Parce qu’on en a ras le bol, parce qu’on nous prend pour des cons ».

Bien décidés à ne pas quitter leur position, les « gilets jaunes » postés à Vern-sur-Seiche ont vu quelques renforts arriver en cours de journée. Difficile de dire combien de temps ils resteront.