Saint-Etienne: «J’en veux à Peyrard mais aussi à sa hiérarchie qui l’a protégé», confie celui qui accuse l'ancien prêtre

INFO «20 MINUTES» A la veille du procès de Régis Peyrard jugé ce mardi à Saint-Etienne pour «agressions sexuelles sur mineur», «20 Minutes» a recueilli le témoignage de la seule victime pour laquelle les faits présumés ne sont pas prescrits...

Elisa Frisullo

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L'ancien homme d'église est accusé d'avoir abusé de Romain à deux reprises dans les années 90. Illustration.
L'ancien homme d'église est accusé d'avoir abusé de Romain à deux reprises dans les années 90. Illustration. — PURESTOCK/SIPA
  • L’ancien prêtre Régis Peyrard doit être jugé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne pour agressions sexuelles sur mineur.
  • A la veille du procès, la seule victime pour laquelle les faits présumés ne sont pas prescrits, s’est confiée à « 20 Minutes ».

Après 25 ans de silence, il verra ce mardi l’homme qu’il accuse d’attouchements enfin faire face à la justice. L’ancien prêtre Régis Peyrard, 85 ans, doit comparaître ce 20 novembre devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, dans la Loire, pour des faits présumés d’agressions sexuelles sur mineur.

Seul sur le banc des parties civiles, son accusateur, dont la parole s’est libérée avec difficulté ces derniers mois, sera toutefois entouré d’autres victimes présumées, qui témoigneront tour à tour des assauts pervers qui leur auraient été imposés, il y a des décennies, par l’homme d’Église. A la veille de son témoignage devant la justice, ce Ligérien de 38 ans a accepté de raconter son histoire à 20 Minutes. Soucieux de conserver l’anonymat, y compris pendant son procès, il confie ses attentes.

Vous êtes le seul à avoir pu porter plainte car, vous concernant, les faits ne sont pas prescrits. Comment abordez-vous ce procès ?

J’appréhende un peu la journée de mardi. Je me prends un tsunami dans la tronche mais je me dis qu’il ne peut y avoir que du mieux après. Pendant très longtemps, j’ai refusé de parler de ce que j’ai subi. Même lorsque les gendarmes m’ont contacté il y a quelques mois après que l’affaire a été médiatisée, j’ai eu peur. Je ne voulais pas croiser le père Peyrard, c’était trop violent. Et puis les enquêteurs m’ont convaincu. Je suis allé à la confrontation. C’était important, j’étais content de l’affronter, de lui montrer qu’il allait devoir payer pour ses atrocités. J’étais fier de moi, j’ai réussi à soutenir son regard.

Que s’est-il passé en 1992 et 1993 ?

Régis Peyrard est un cousin éloigné de mon père. Cet homme, qui a une très haute estime de lui, s’invitait souvent chez nous, il s’imposait. Un été, nous avons loué son chalet à Pesey-Nancroix, en Savoie. Un jour, pendant mon tour de vaisselle, alors que je rangeais les couverts dans le vaisselier, il s’est approché de moi, par derrière, et m’a caressé les fesses par-dessus mon pantalon. J’ai laissé tomber mes tâches ménagères et je me souviens m’être fait disputer par la dame chargée de l’intendance car j’avais rangé les couverts mouillés. Je suis sorti de la maison en courant. Je me souviens que je me suis senti tout seul. J’étais sidéré, je ne l’ai dit à personne.

Cela a recommencé ?

Oui, l’année suivante, j’étais en 5e. Il était venu déjeuner à la maison. J’étais sur le balcon en train de regarder si je voyais mes copains jouer au foot sur le terrain en bas de chez nous. Il s’est approché de moi. Je me suis retrouvé coincé entre mon agresseur et la rambarde, avec la peur du vide. Cette fois-ci, il a mis sa main dans mon caleçon et m’a caressé les fesses alors que mes parents étaient à côté à l’intérieur de l’appartement.

Vous aviez porté plainte en 2001 mais vous n’êtes pas allé jusqu’au bout à l’époque…

A ce moment, alors que ma sœur allait se marier et que Régis Peyrard devait célébrer l’union, ses agissements ont éclaté au grand jour dans ma famille. J’ai perdu pied à ce moment-là. Je venais de trouver un contrat d’apprentissage. Mais j‘allais très mal, je tenais des propos incohérents, je me suis grillé auprès de mon employeur. J’ai fini par être hospitalisé en urgence quelques jours. J’ai porté plainte à cette période. Mais le seul fait qu’on m’oblige à le voir à ce moment-là lors d’une confrontation, c’était une seconde agression. J’ai refusé puis j’ai retiré ma plainte. Après, j’ai tout fait pour occulter et reprendre une vie normale.

Qu’attendez-vous du procès ?

Je ne suis pas dans un combat contre l’Eglise, mais contre les personnes qui ont couvert cet homme. J’en veux à Peyrard, bien sûr, mais aussi à sa hiérarchie qui l’a protégé. J’espère me sentir mieux après le procès et être reconnu comme victime. J’espère qu’il sera condamné et que mon témoignage pourra faire écho auprès des gens, qui, comme moi, gardent des choses enfouies et n’osent pas parler ou porter plainte. Il faut que cette affaire participe à lever un tabou et que la honte change enfin de camp. La honte devrait être du côté des agresseurs, pas des victimes, comme c’est encore souvent le cas.