Blocage des «gilets jaunes»:  «Un des risques, c’est celui d’une radicalisation du mouvement», explique le chercheur Rémi Bourguignon

MOBILISATION « Le mouvement n’est pas coordonné et il pourrait y avoir une poursuite par les éléments les plus excessifs », indique à « 20 Minutes » Rémi Bourguignon, maître de conférences à l’IAE de Paris - Sorbonne…

Thibaut Chevillard

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Des — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • Au lendemain de la mobilisation des « gilets jaunes », qui a rassemblé près de 288.000 personnes dans toute la France, des blocages se poursuivaient dimanche.
  • La question de la suite du mouvement et de la réaction du gouvernement en l’absence d’interlocuteur identifié ou de structure centrale reste grande ouverte.
  • Pour en savoir plus, « 20 Minutes » a interrogé Rémi Bourguignon, maître de conférences à l’IAE de Paris - Sorbonne.

Samedi, la mobilisation des «gilets jaunes » contre la hausse des taxes sur les carburants, a rassemblé près de 290.000 personnes sur 2.034 sites. Elle a été émaillée par un certain nombre d’incidents : plus de 400 personnes ont été blessées, dont 14 gravement, et une femme de 63 ans a été tuée en Savoie après avoir été renversée par une automobiliste.

Ce dimanche, des barrages filtrants ont été encore observés dans plusieurs régions. Déjà, la question de la suite du mouvement se pose. Pour en savoir plus, 20 Minutes a interrogé  Rémi Bourguignon, maître de conférences à l’IAE de Paris - Sorbonne.

Quelle est la suite possible du mouvement des « gilets jaunes » ?

Un des risques, c’est celui d’une radicalisation du mouvement. On a vu samedi un mouvement hétérogène avec des personnes venues manifester calmement mais aussi avec des personnes agitées, à la limite du dérapage. L’absence d’organisations capables de contenir les excès est un danger pour les manifestants eux-mêmes comme on a pu le voir.

Le mouvement n’est pas coordonné et il pourrait y avoir une poursuite par les éléments les plus excessifs. Mais d’autres personnes, compte tenu du nombre de blessés et d’accidents, vont peut-être se démobiliser. Il s’agit de celles qui sont peu habituées à ce type de mobilisation, qui n’avaient peut-être pas mesuré la dangerosité de ce type d’action.

L’absence de leader pose un problème ?

Oui, et c’est d’ailleurs l’explication aux dérapages qu’on a pu voir hier. En l’absence de tout encadrement, de toute règle, de toute sécurité, il peut y avoir des mouvements de panique, avec des conséquences très graves. Je pense notamment à cette automobiliste qui, en Savoie, a paniqué et accéléré. Ce type d’incident n’arrive pas lors d’une mobilisation organisée, déclarée en préfecture. Les syndicats savent faire ça, mettre en place un dispositif de sécurité, travailler avec les forces de l’ordre pour assurer la sécurité à la fois des manifestants et des populations autour. Là, ce n’est pas le cas.

Peut-il y avoir une issue politique au conflit ?

C’est compliqué puisque, par définition, ils n’ont pas de représentants. Il n’y a donc personne pour aller discuter avec le gouvernement au nom de ces « gilets jaunes ». Le danger avec ce type de mouvement, c’est que même si une partie cessait de se mobiliser, cela n’empêchera pas des minorités de la poursuivre. Et pour le gouvernement, c’est extrêmement compliqué à maîtriser.

Peut-il y avoir une convergence des luttes avec d’autres mouvements dans les mois à venir ? Les infirmières, par exemple, ont annoncé qu’elles se mobiliseront le 20 novembre.

Si on prend le cas des infirmières, c’est un mouvement organisé, avec des organisations syndicales qui n’ont absolument aucun intérêt à se coaliser avec ces « gilets jaunes ». Eux ne seront pas partants. Mais des gens, qui ont manifesté avec les « gilets jaunes », peuvent se mobiliser par ailleurs. Et ce qui se joue ici, c’est peut-être la place des corps intermédiaires. Il ne faudrait pas les décrédibiliser car, à ce moment-là, ils n’auront pas la capacité à maîtriser les mouvements comme cela a été le cas avec les «gilets jaunes ».

En déplacement dimanche à Berlin, Emmanuel Macron a indiqué qu’il ne s’exprimera pas sur le sujet. Son silence peut-il renforcer la détermination des « gilets jaunes » ?

Le risque avec le silence, c’est de rajouter de la frustration à la colère. D’ailleurs, le premier ministre a prévu de répondre publiquement ce dimanche soir. Si les gilets jaunes n’ont pas de représentants, le gouvernement peut toutefois se saisir du sujet et apporter une réponse par ailleurs. C’est dans cet esprit que la CFDT a appelé au lancement d’une discussion qui porterait à la fois sur le plan écologique et économique afin de rassurer une partie de la population, celle qui pourrait se mobiliser un peu moins.