Blocage des «gilets jaunes»: Ce qu’il faut retenir de la journée de mobilisation

MANIFESTATION Près de 283 000 « gilets jaunes » ont protesté ce samedi dans toute la France contre la hausse des taxes sur le carburant et la baisse du pouvoir d’achat…

C.P. avec AFP

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Des «gilets jaunes» sur l'A13 à Dozulé, en, Normandie
Des «gilets jaunes» sur l'A13 à Dozulé, en, Normandie — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Une journée de mobilisation, hors norme et parfois hors de contrôle. Ce samedi, près de 283 000 «gilets jaunes» ont protesté dans toute la France contre la hausse des taxes sur le carburant et la baisse du pouvoir d’achat, au sein de 2 000 rassemblements parfois tendus. 20 Minutes revient sur les principales informations à retenir de cette journée de mobilisation.

Une mobilisation difficile à chiffrer

Selon les chiffres communiqués vers 19 h par le ministère de l’Intérieur, au total 282 710 personnes ont participé aux manifestations, sur quelque 2 000 points de blocage recensés. Des chiffres difficiles à vérifier et contestés par certains manifestants et responsables politiques.

En début de soirée, plus 200 points de blocage n’avaient pas encore été levés et des manifestants étaient toujours présents sur plus de 1 400 lieux de rassemblement.

Des manifestants ont annoncé qu’ils comptaient camper et passer la nuit sur leurs barrages et certains souhaitaient poursuivre le mouvement dimanche. L’accès à certaines autoroutes restait coupé ou difficile en début de soirée. Des barrages filtrants perturbaient notamment encore fortement la circulation sur le périphérique de Caen.

Des dérapages et plus de 220 blessés

Les blocages ont fait plus de 227 blessés, dont 7 graves au cours de la journée. L’incident le plus grave s’est déroulé dans la matinée au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), où une conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand les manifestants se sont mis à taper sur sa voiture. Elle a foncé alors sur eux, percutant mortellement une femme de 63 ans.

En France, il y a eu 117 interpellations, suivies de 73 gardes à vue, selon le ministère de l’Intérieur.

Des tensions à Paris mais pas de dégradation

Dans la capitale, les gilets jaunes ont tenté d’accéder à la place de la Bastille et aux Champs-Elysées à la mi-journée. Après plusieurs heures de tensions entre manifestants et forces de l’ordre dans le quartier du palais de l’Élysée, la majorité des « gilets jaunes » s’est dispersée. Il n’y a eu aucun blessé, aucune dégradation, d’après le préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Appel à la responsabilité

« J’en appelle à la responsabilité de ceux qui organisent ces manifestations. Ils ont porté un message. Il est entendu », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

« Le gouvernement est attentif à toutes les mobilisations, nous devons maintenant continuer à répondre aux attentes des Français y compris en [matière] de pouvoir d’achat », a-t-il ajouté.

Les autorités s’inquiètent de la poursuite du mouvement malgré la nuit : « Les manifestations aujourd’hui bon enfant, ce soir se transforment avec l’arrivée de casseurs », a déploré Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), qui a précisé que des cocktails Molotov ont été jetés contre les forces de l’ordre.

Et « la nuit, le danger c’est d’être percuté par un véhicule », a-t-il rappelé alors que 5 000 patrouilles resteront mobilisées jusqu’à dimanche matin.

L’opposition demande au gouvernement d’entendre les Français

Dans l’opposition, certains sont descendus dans la rue : Laurent Wauquiez, le chef de LR, a appelé Emmanuel Macron à comprendre et « corriger ses erreurs ». Des élus du Rassemblement national étaient également présents aux côtés des « gilets jaunes », mais pas Marine Le Pen. Des Insoumis participaient aussi aux manifestations. Leur leader Jean-Luc Mélenchon a critiqué sur Twitter une « manipulation des chiffres de participation » et une « dramatisation » de la part du gouvernement. Il s’est rendu place de la Concorde mais sans porter de gilet jaune.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, de nombreux élus de gauche et de droite ont appelé le gouvernement à entendre la colère des Français.

Le gouvernement maintient le cap

Samedi soir, un conseiller de l’exécutif a reconnu qu’il y avait « une mobilisation qui est là, il ne faut pas la nier ». Mais « elle n’était pas au niveau attendu. Ce n’est pas le raz-de-marée attendu, malgré un battage médiatique parfois surprenant. »

Dans un entretien au Parisien, publié samedi soir, le ministre de la Transition écologique le ministre de la Transition écologique confirme toutefois la hausse de la taxe carbone le 1er janvier 2019 : « En matière de fiscalité écologique, nous poursuivrons la trajectoire prévue (…). Si la France a élu Emmanuel Macron, c’est bien pour qu’on en finisse avec le statu quo », explique-t-il.

Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d’euro par litre et celles sur l’essence de 2,9 centimes.