VIDEO. «C'est pas Monsieur Macron qui va à la pompe à essence», le ras-le-bol des «gilets jaunes» à l'aéroport de Marseille

REPORTAGE Une centaine de manifestants, chauffeurs VTC ou simples citoyens en colère, ont organisé un barrage filtrant devant l'aéroport de Marseille (Bouches-du-Rhône) ce samedi...

Mathilde Ceilles

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Un «gilet jaune» qui participe au barrage filtrant devant l'aéroport de Marseille
Un «gilet jaune» qui participe au barrage filtrant devant l'aéroport de Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • L'aéroport de Marseille a été le théâtre d'un barrage filtrant des «gilets jaunes» ce samedi.
  • L'opération a crée un important embouteillage.
  • Des citoyens et des chauffeurs VTC participaient à cette manifestation. 

Qu’est-ce qui a poussé Sébastien, 35 ans, modeste employé dans la maçonnerie à Port-de-Bouc, dans les Bouches-du-Rhône à mettre le nez dehors un samedi matin maussade, sous la pluie et le froid ? La réponse est simple : sa calculette, et l’inquiétant constat qu’elle lui a renvoyé.

« Rien que pour aller travailler, je fais aller-retour 120 kilomètres par jour, explique-t-il, un gilet jaune sur le dos. Vous gagnez 1.300 euros. On enlève 600 euros de loyer. Le gazole, ça va faire 30 euros par semaine, plus de 100 euros par mois. Plus les assurances des voitures. Internet, pour ne pas être dépassé. Les enfants. Si votre femme travaille, il faut deux voitures. Qui dit deux voitures, dit entretien, le contrôle technique, où le moindre petit truc fait que vous avez plus de voiture pour aller bosser. Alors, je vous le demande, comment on fait ? Parce que même avec les 4.000 euros de Macron, il faut rajouter 6.000 euros pour avoir une voiture, et avec nos salaires, on ne les a pas, les crédits. »

« Les taxes, y’en a marre »

Une centaine de personnes comme Sébastien a participé ce samedi à un barrage filtrant à l’entrée de l’aéroport de Marseille. Cette opération faisait partie des centaines d’autres prévues à travers le pays pour protester contre le prix du carburant. Et entre deux gouttes, la colère gronde, avec une pointe de ressentiment face à ce qui est perçu comme un mépris de classe.

« Moi, j’ai deux emplois, explique Rachel, 43 ans. Je travaille 13 heures par jour, six jours sur sept, pour essayer d’arriver à quelque chose. Et je gagne 1.200 euros par mois. Donc, c’est bon, les taxes, y en a marre ! Ça baisse toujours pour les riches et ça augmente toujours pour les pauvres. Monsieur Macron, c’est pas lui qui va à la pompe à essence ! Qu’il commence à faire ses déplacements en train ou à pied, et après on verra. »

« On n’y arrive plus »

Depuis le milieu de matinée, et jusqu’à 17 heures, les manifestants ont bloqué une partie des voies d’accès à l’aéroport, et organisé un barrage filtrant. D’importants bouchons se sont formés à l’entrée de l’aéroport, uniquement accessible par voie de route. Plusieurs automobilistes passent en klaxonnant, en guise de soutien, ou mettent leurs gilets jaunes en évidence.

Beaucoup s’étaient organisés. Dans sa petite voiture, Nordine touche enfin au but, peu avant midi. Son père, sur le siège passager, doit prendre l’avion ce samedi soir à 20 heures pour l’Algérie. « On s’y est pris tôt, parce que, vous comprenez, c’est un vol pas remboursable… » Et d’ajouter : « Mais les "gilets jaunes" ont raison. Moi, je suis comme eux. On n’y arrive plus. »

« Mon planning est pété »

Derrière la voiture de Nordine, dans une Mini noire, Alexandra se remaquille rapidement, en écoutant la radio, son badge Air France sur la poitrine. La quinquagénaire, hôtesse de l’air, habite au nord d’Aix-en-Provence. « Cette mobilisation, c’est de la grosse merde, fulmine-t-elle. La France, ça devient n’importe quoi. Les gens veulent gagner de l’argent sans travailler. Et moi, je devais être en poste à 11h50. Il est 12h20. Mon planning est pété. »

Des dizaines de chauffeurs VTC de toute la région Paca ont également participé à cette opération. « On travaille majoritairement avec les applications, et on ne peut pas répercuter la hausse du carburant sur le prix, explique Yassine Bensaci, président de l’union des chauffeurs professionnels de la région Paca. Un plein tous les trois jours, ça fait 400 euros par moi, ton loyer quoi. Ce n’est plus rentable de faire ce métier. On veut la détaxe carburant, comme pour les taxis. »

« Arrêtez les gars, Macron nous regarde ! »

Les chauffeurs repèrent dans la file des automobilistes les VTC qui travaillent, et tentent de les convaincre de s’arrêter là, déposant au passage leurs clients à destination ou en partance de l’aéroport. « C’est pour être entendu, justifie Yassine Bensaci, il faut que les VTC se mobilisent. » Venu de Tourraine, Olivier descend de la voiture qui venait d’accepter sa course, sa valise à la main. « On a une croisière qui part ce soir de Marseille, on fait comment ? » « Prenez un taxi », lui conseille un manifestant.

Plus loin, le ton monte. Un chauffeur VTC tente de forcer le barrage. Et ce quelques minutes après l’altercation entre un automobiliste et un groupe de manifestants, avec les noms d’oiseaux d’usage dans ce cas de figure. Les CRS s’interposent, ainsi que d’autres manifestants, pour appeler au calme. « Arrêtez les gars, Macron nous regarde ! », lance un « gilet jaune ». « Il y a eu un mort à Pont-de-Bonvoisin », rappelle un CRS à Yassine Bensaci. Quelque peu embêté, le chauffeur VTC cherche à apaiser la situation. « On va faire un barbecue, explique-t-il aux policiers. Venez prendre quelques merguez si vous voulez. »

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