Egalité filles-garçons, sureffectifs... Le Défenseur des droits pointe les insuffisances de l'école maternelle

EDUCATION Le rapport annuel thématique du Défenseur des droits révélé ce mardi, et consacré à la petite enfance, suggère plusieurs pistes d'amélioration...

Delphine Bancaud

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Une classe de maternelle à Paris en 2018.
Une classe de maternelle à Paris en 2018. — D.Bancaud/20minutes
  • Le rapport souligne le faible taux d’encadrement des élèves en maternelle, alors que le SNUIpp estime que 53,6 % des classes dépassent 25 élèves.
  • Le Défenseur des droits estime que les évaluations à l’entrée du CP ne doivent pas se traduire « par un repositionnement des enseignements d’école maternelle dans une logique unique de préparation à l’entrée en primaire ».
  • Les équipements des écoles maternelles (urinoirs, lavabos…) ne sont souvent pas adaptés aux enfants.

L’école maternelle française a largement de quoi progresser. C’est la conclusion que l’on peut tirer à la lecture rapport annuel thématique du Défenseur des droits, paru ce mardi et consacré à la petite enfance, de la naissance à six ans. Un texte que lira forcément avec attention Jean-Michel Blanquer.

Le Défenseur des droits s’inquiète notamment « du faible taux d’encadrement des élèves, qui doit être augmenté de manière significative afin d’assurer au mieux la mise en œuvre des programmes ». « La France se classe parmi les pays ayant le plus faible taux d’encadrement par enseignant dans l’enseignement préprimaire, juste derrière le Chili et le Mexique », fustige le rapport. Une critique qui rejoint celle formulée par Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU (premier syndicat des enseignants du premier degré) : « En maternelle, 53,6 % des classes dépassent 25 élèves. Pire 5,6 % comptent plus de 30 élèves », a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse de rentrée du syndicat. Tout en soulignant que le dédoublement des classes en CP et CE1 en éducation prioritaire, était certes positif pour les élèves qui en profitent, mais qu’il contribuait à augmenter les effectifs dans les autres classes du premier degré : « A cause du dédoublement, les effectifs ont gonflé ailleurs. Or, il ne faut pas oublier que 70 % des élèves fragiles sont dans des classes ordinaires. Nous estimons donc qu’il faut abaisser les effectifs partout », expliquait-elle.

Des équipements pas adaptés aux tout petits

Et alors que le ministre souhaite faire entrer une culture de l’évaluation dans le système éducatif français, le Défenseur des droits lui recommande « de préserver la philosophie non évaluatrice des programmes de 2015 ». Ce qui vise clairement la mise en place à la rentrée 2018 des évaluations à l’entrée du CP. L’équipe de Jacques Toubon estime en effet que ces évaluations ne doivent pas se traduire « par un repositionnement des enseignements d’école maternelle dans une logique unique de préparation à l’entrée en primaire ». Elle rappelle aussi que « le besoin de jouer constitue, chez les tout-petits, un puissant levier de développement ». Une inquiétude qui rejoint celle du SNUipp qui a estimé dans un communiqué en octobre que les évaluations de CP « ne respectent pas les apprentissages réels des élèves issus des programmes de maternelle » et qu’elles placent « artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ».

Autre critique : selon la Défenseure des enfants, Geneviève Avenard, les équipements des écoles maternelles sont loin d’être parfaits. « L’architecture de l’école maternelle ne prend pas en compte les besoins de l’enfant. Les toilettes sont souvent éloignées des salles de classe, voire même délocalisés à l’extérieur du bâtiment, au fond de la cour de récréation. Et certains équipements comme les urinoirs ou les lavabos sont parfois placés trop hauts et sont hors d’atteinte des enfants. Or, c’est aux structures de s’adapter aux enfants, pas l’inverse », estime-t-elle, en demandant aux pouvoirs publics de les adapter.

Se méfier des écrans en maternelle

Et alors que l’utilisation du numérique est assez valorisée ces dernières années, le Défenseur des droits recommande que l’utilisation des écrans à l’école maternelle soit limitée et très accompagné. « Il faut prendre en compte les acquis scientifiques sur le sujet. L’utilisation des tablettes par exemple, devrait toujours s’inscrire dans le cadre d’un projet éducatif et non pas constituer une activité occupationnelle », estime Jacques Toubon. Cet avis rejoint celui de certains médecins, à l’instar du pédiatre Jean-François Chicoine : « A l’école, les appareils numériques peuvent également être utilisés, mais d’une manière extrêmement ponctuelle (une demi-heure grand maximum), comme des jeux parmi d’autres. Mais surtout pas plus », indique-t-il dans une interview à Vousnousils. « Surscolariser ainsi les enfants risque de les éloigner de leurs besoins essentiels, qui ont encore à leur âge des besoins de préhension physique, d’aptitudes motrices, ou de socialisation », poursuit-il.

La formation des professeurs des écoles est également perfectible selon le Défenseur des droits. Notamment en ce qui concerne les questions liées à l’égalité filles/garçons. « Car les préjugés de genre sont encore trop présents à l’école », estime la Défenseure des enfants, Geneviève Avenard. « Il faut intégrer un module sur la formation non genrée dans la formation initiale et continue des enseignants », ajoute Jacques Toubon.

Transition «trop brutale»

Enfin, la Défenseure des enfants, Geneviève Avenar juge la transition entre le mode de garde des enfants de moins de trois ans et la maternelle « trop brutale, car il n’y a pas de continuum suffisant », indique-t-elle. Selon elle, il faudrait multiplier des dispositifs « passerelles ». C’est-à-dire des classes à effectifs réduits encadrées par un enseignant, un agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) et un éducateur de jeunes enfants pour mieux accompagner les élèves âgés de 2 à 3 ans en maternelle. Mais ce type de classes ne peut se mettre en place qu’avec le concours de plusieurs partenaires : les collectivités locales, l’Education nationale, la CAF et le conseil départemental. Et elles coûtent assez cher. Pas sûr donc qu’avec les restrictions budgétaires des collectivités locales, la recommandation du Défenseur des droits de développer ce type de classes soit suivie…