Strasbourg: Selon la police, les refus d’obtempérer des cyclistes augmentent, comment l’expliquer?

DEPLACEMENTS Depuis le début de l’année, les policiers de Strasbourg (Bas-Rhin) ont observé, comptage à l’appui, que 5% des cyclistes désignés pour un contrôle refusent d’obtempérer et tentent de l’esquiver…

Bruno Poussard
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Une opération de contrôle des vélos en guise de prévention organisée à Strasbourg ce lundi.
Une opération de contrôle des vélos en guise de prévention organisée à Strasbourg ce lundi. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Les policiers de Strasbourg (Bas-Rhin) ont observé que 5 % des cyclistes désignés pour un contrôle refusent d’obtempérer et tentent de l’esquiver.
  • « Pour des infractions parfois dérisoires au départ, certains prennent des risques bien plus grands pour éviter le contrôle », estime un commandant.
  • Ces observations soulèvent-elles un plus vaste problème de méconnaissance du Code de la route et de mise en danger des cyclistes ?

Il y a le cycliste qui a terminé sa route dans une clôture après avoir grillé un feu rouge et tenté d’éviter les forces de l’ordre. Celui qui s’est retrouvé à deux doigts de finir dans un canal dans des circonstances semblables. Ou celui qui, sans lumières, a chuté sur un policier avant d’abandonner son engin pour s’enfuir à pied. Le tout à Strasbourg (Bas-Rhin), ces derniers mois.

Les anecdotes du commandant Cédric Rabet illustrent parfaitement les observations des policiers de la capitale alsacienne : les refus d’obtempérer de cyclistes sont en hausse. Et des chiffres viennent corroborer ces observations. Depuis le début de l’année, ils ont remarqué, comptage à l’appui, que 5 % des cyclistes désignés pour un contrôle tentent de l’esquiver. En fonçant, ou par un demi-tour.

Des policiers municipaux en pleine action de contrôle des vélos pour faire de la prévention sur les équipements nécessaires sur les bicyclettes.
Des policiers municipaux en pleine action de contrôle des vélos pour faire de la prévention sur les équipements nécessaires sur les bicyclettes. - B. Poussard / 20 Minutes.

« Des infractions parfois dérisoires au départ »

« Pour des infractions parfois dérisoires au départ, certains prennent des risques plus grands pour éviter le contrôle, complète le chef des unités de circulation et sécurité routière du Bas-Rhin. Pour eux-mêmes, les autres usagers de la route, et les policiers. » Alors que ces derniers optent parfois pour la prévention à la verbalisation (300 amendes seulement depuis janvier) :

« On essaye d’accentuer les contrôles des cyclistes, mais on fait du rappel à la loi et des bonnes mœurs dans la mesure du possible, pas de la verbalisation à outrance. »

 


Au-delà des risques physiques d’une fuite, il y a la menace judiciaire. Là où un cycliste risque au maximum 135 euros d’amende pour l’usage du téléphone ou 35 euros pour un contresens, le refus d’obtempérer est un délit. Avec tout ce qu’il implique : les risques d’une garde à vue, d’un passage au tribunal et jusqu’à trois mois de prison et 3.750 euros d’amende.

Une volonté de rappeler les règles de bonne conduite

Au volant de son vélo à Strasbourg, Myriam, 28 ans, a déjà eu affaire à la maréchaussée et a sa propre stratégie : « Je leur ai dit que j’étais kiné et que j’avais des urgences. » La police, Octave, 36 ans, la voit peu, sauf à « d’habituels endroits risqués » sur son itinéraire : « Il m’arrive de griller un feu si on voit bien et s’il n’y a personne mais j’ai conscience que je peux être arrêté. » Le père de famille, cycliste au quotidien, embraye : « Mais il y a des gens trop confiants qui, peut-être parce qu’ils pensent bien connaître la ville, se mettent parfois en danger, manquent de réflexes de sécurité. »

Logique donc que les policiers bas-rhinois rappellent les règles de bonnes conduites à vélo. « Le développement de ce moyen de transport amène de nouveaux cyclistes moins habitués, abonde Jean-Baptiste Gernet, adjoint chargé des mobilités alternatives. Il faut donc aussi encourager la connaissance du vélo et de son entretien. » Pour rappeler les 13 équipements obligatoires sur un vélo, une nouvelle action de prévention a été menée ce lundi.


« S’ils prennent parfois des risques, les cyclistes ne sont pas fous »

Directeur de l’association de promotion Cadr67, Fabien Masson encourage aussi le respect du Code de la route à vélo : « D’autant qu’il y a aussi l’image qu’on renvoie. » Car il ne veut pas que la population des cyclistes soit criminalisée ou stigmatisée : « S’ils prennent parfois des risques, souvent calculés et des fois abusifs, les cyclistes ne sont pas fous non plus. »

D’autant que l’accidentologie est stable, selon les chiffres de la police : 77 en 2015, 105 en 2006, 128 en 2017 et 107 depuis début 2018. Avec des cyclistes responsables dans la moitié des cas environ. La municipalité, elle, veut continuer l’adaptation du Code de la route aux vélos, autour des cédez le passage ou des tournez à droite autorisés aux feux, par exemple.