Blocage du 17 novembre: «Le gouvernement doit réagir avant que ça ne tourne à la guerre civile»

MOBILISATION Les «gilets jaunes» veulent défendre le pouvoir d’achat et ne comptent pas baisser les bras avant d’avoir obtenu une baisse des taxes…

Charlotte Murat

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Le 17 novembre, les gilets jaunes défendront leur pouvoir d'achat
Le 17 novembre, les gilets jaunes défendront leur pouvoir d'achat — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Samedi 17 novembre les « gilets jaunes » ne manifesteront pas seulement contre la hausse du prix du carburant, mais contre la baisse générale du pouvoir d’achat.
  • Manifestation, blocages, tous les moyens seront utilisés pour faire entendre leur voix.
  • Ils sont déterminés et comptent poursuivre le mouvement au-delà de samedi, rêvant, pour certains, d’une véritable révolte populaire.

On a déjà tous répondu présent à un événement Facebook pour au final de pas y aller. Mais à en croire la carte des actions prévues le 17 novembre (on vous la met juste en dessous), la mobilisation de samedi devrait être massive. Nous avons interrogé des «gilets jaunes» sur leur détermination. 

« Je vais encombrer le réseau routier de ma présence inutile pour dire à notre président : "Ça suffit !" », assure Marie-Alix. « Les carburants sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, renchérit Martine. C’est une colère contre toutes les hausses : la CSG, le tabac, l’électricité, le gaz, contre la baisse du pouvoir d’achat des retraités, la suppression de l’ISF pour les grosses fortunes, les efforts incessants qui sont demandés aux plus modestes. » « C’est un ras-le-bol général », résume Géraldine. Plus que le prix du carburant, c’est le pouvoir d’achat que le mouvement entend défendre.

Trois formes de mobilisation sont annoncées : des opérations escargot, des manifestations sur la voie publique et des blocages. Sur ce dernier point, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a été très ferme, brandissant des menaces d’intervention policière en cas de blocage total d’un axe. « Partout où il y aura un blocage, et donc un risque pour les interventions de sécurité et aussi la libre circulation, nous interviendrons », a-t-il affirmé.

Ces annonces ont-elles eu un effet dissuasif ? « Pas du tout, bien au contraire, affirme Christian. C’est assez mal venu, même. Mais on sent bien que le gouvernement est très embêté, parce que ce mouvement n’est porté par aucun syndicat ou parti politique. C’est le peuple qui descend de lui-même dans la rue. » Insensible aux tentatives de récupération politique de la mobilisation, ce retraité manifestera à Dax samedi.

Manifestation et blocage

Comme beaucoup, il a rejoint un groupe Facebook pour recevoir toutes les informations. Pour l’instant, il sait seulement qu’il a rendez-vous à 10 heures à l’hôtel de ville. Quel sera le trajet ? La manifestation a-t-elle été déclarée auprès de la préfecture ? Il ne sait pas. Nous avons donc contacté les administrateurs de la page et on a discuté avec Ben.

Avec une vingtaine d’autres personnes rencontrées sur les réseaux sociaux, ils se sont organisés, partagés les taches. « On a prévu une manifestation dans le centre-ville et le blocage d’une grosse zone commerciale pendant quelques heures, explique-t-il. Nous avons contacté la préfecture, mais nous n’avons pas eu de réponse. » Le trajet du cortège a été choisi par leurs soins et trois ronds-points et un feu seront bloqués, mais pas entièrement. « L’idée, c’est juste d’empêcher l’accès à la zone commerciale. Les voitures pourront toujours faire demi-tour et on redirigera les gens vers les petits commerçants et artisans du centre-ville. » Il attend 3.500 à 4.000 personnes dans le cortège et 150 à 200 personnes pour tenir les ronds-points.

« On n’est pas là pour mettre le feu »

Une éventuelle intervention des forces de l’ordre ? Ben en est conscient. « On sait qu’il y a des risques, mais on n’est pas là pour mettre le feu, on va mettre la musique et faire une paëlla géante. Mais j’aimerais que le gouvernement réagisse avant que ça ne devienne trop grave et que ça tourne à la guerre civile » Que faudrait-il pour éteindre l’incendie ? « Une baisse des taxes, n’importe lesquelles », espère Ben. « J’ai 66 ans et c’est la première fois de ma vie que depuis un an j’ai la sensation qu’on me prend encore plus d’argent tous les jours, explique Christian. Il faut mettre fin à ça. »

Les « gilets jaunes » sont résolus. Et pas que pour samedi. A Dax, il est déjà prévu que les blocages se poursuivent dimanche et la semaine prochaine. « Lundi il y aura aussi les routiers, les auto-écoles », prévient Ben. Christian aussi est prêt à poursuivre le mouvement : « Je suis un peu idéaliste, mais je rêve d’un nouveau juillet 1789 ». A bon entendeur.