Blocage du 17 novembre: Le ministère de l'Intérieur met les policiers sous pression

MANIFESTATIONS Le directeur de la police nationale a rappelé à ses troupes qu’il y avait des règles à respecter si elles comptaient participer à la mobilisation du 17 novembre…

Thibaut Chevillard

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Une association de policiers invitent ses adhérents à placer leurs gilets jaunes siglés "police" sur les tableaux de bords des véhicules (illustration)
Une association de policiers invitent ses adhérents à placer leurs gilets jaunes siglés "police" sur les tableaux de bords des véhicules (illustration) — POL EMILE/SIPA
  • Depuis quelques semaines, des automobilistes dénoncent la hausse du prix des carburants. Ils appellent à une grande journée de mobilisation samedi 17 novembre.
  • Des collectifs de policiers et un syndicat ont appelé les agents à rejoindre cette mobilisation.
  • Le directeur de la police a rappelé aux fonctionnaires les règles à respecter.

Un policier averti en vaut deux. Dans un télégramme envoyé aux principaux responsables des forces de l’ordre le 9 novembre dernier, le directeur général de la police nationale s’inquiète du fait que des agents pourraient grossir les rangs, ce samedi des manifestants qui dénonce la hausse du prix du carburant. Dans ce document, consulté par 20 Minutes, le préfet Eric Morvan rappelle à ses troupes le « comportement » qu’elles doivent adopter à l’occasion de la « mobilisation citoyenne » du 17 novembre.

Des collectifs de policiers et une organisation professionnelle ont en effet appelé les fonctionnaires à se joindre à la mobilisation. L’UPNI (Union des Policiers Nationaux Indépendants), est une fédération d’associations de policiers qui comptait environ 6.000 adhérents au 1er janvier. Elle a publié le 29 octobre sur son site internet un message invitant ses membres à distribuer un flyer aux automobilistes et aux manifestants. Une manière de montrer leur « solidarité face à cette colère citoyenne légitime ».

« Citoyens avant d’être policiers »

Fondée en novembre 2016, un mois après la violente agression dont avaient été victimes quatre policiers, à Viry-Chatillon (Essonne), l' association MPC (Mobilisation des policiers en colère) fait partie de l’UPNI. Elle appelle sur Twitter les agents à placer sur leur tableau de bord leurs gilets jaunes siglé « police », « en signe de ralliement à ce mouvement de contestation ». « Nous sommes citoyens avant d’être policiers ! » clament-ils.

Le directeur de la police souligne, dans son télégramme, que « la liberté d’expression est un droit fondamental ouvert à tous les citoyens dans le respect des lois ». « Mais son exercice est encadré pour les agents publics et en particulier pour les policiers », poursuit Eric Morvan. Les agents, écrit-il, « ne peuvent s’associer à un rassemblement ou à une manifestation, quel que soit leur objet ou leurs modalités, en service, en tenue d’uniforme, armés ou en utilisant des matériels, des équipements ou des véhicules de service ».

Et le patron des policiers d’ajouter : « Les valeurs de neutralité et le devoir de réserve seront clairement rappelés pour éviter tout comportement qui pourrait nuire à l’image des policiers et finalement au respect qui leur est du. »

« Nos collègues nous ont demandé de réagir »

De son côté, le syndicat Unité SGP Police-FO a appelé ses adhérents à une « grève des PV » le 17 novembre. « Beaucoup d’entre eux nous ont expliqué qu’ils étaient impactés par la hausse des prix du carburant et nous ont demandé de réagir. Pour des raisons de sécurité, les policiers ne peuvent pas habiter trop près du commissariat où ils travaillent, surtout depuis l'attentat de Magnanville. Ils sont obligés d’utiliser leur voiture pour s’y rendre », explique à 20 Minutes Eddy Sid, porte-parole du syndicat en Ile-de-France.

« Nos collègues prennent parfois leur service très tôt le matin, et finissent tard le soir. Il n’y a pas forcément de transport en commun à ces heures-là », remarque également Eddy Sid. Selon lui, les agents éviteront de dresser des procès verbaux samedi et feront preuve de « pédagogie » envers les conducteurs qui auraient commis une petite infraction au Code de la route. « Mais pour lutter contre les atteintes aux biens ou aux personnes, nous seront évidemment présents. »

« La mission de la police nationale est sacrée »

Une initiative qui n’est pas du goût du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez. « Rien ne peut justifier que l’on refuse d’appliquer la loi », écrivent-ils dans une déclaration commune transmise à l’AFP. Les contraventions, ajoutent-ils, « ne sont pas une collecte d’impôt mais un moyen de protéger les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les personnes en situation de handicap qui ont besoin de stationner leur véhicule ».

Et les deux locataires de la place Beauvau de conclure : « La mission de la police nationale est sacrée, elle est une. Nul ne peut se prévaloir de décider de la remplir partiellement ou pas. Ce serait nuire à la police elle-même, à sa vocation, à son impartialité. Nous en appelons à la responsabilité et au sens du devoir de chacun. »