Montpellier: Une députée LREM veut interdire l'impression systématique des tickets de caisse

CONSOMMATION Son projet de loi aurait un triple enjeu : économique, environnemental et de santé publique...

Nicolas Bonzom

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Illustration ticket de caisse
Illustration ticket de caisse — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Patricia Mirallès, députée LREM de l’Hérault, vient de déposer un projet de loi visant à interdire leur impression systématique dans les commerces, dès le 1er janvier 2020.
  • Les clients devraient indiquer au commerçant s’ils souhaitent repartir avec leur ticket.
  • Si l’enjeu est économique et environnemental, il est aussi de santé publique : le bisphénol contenu dans les tickets de caisse serait nocif pour l'organisme.

Patricia Mirallès s’attaque aux tickets de caisse. La députée LREM de l’Hérault vient de déposer un projet de loi visant à interdire leur impression systématique dans les commerces, dès le 1er janvier 2020. En caisse, les clients devraient ainsi indiquer au commerçant ou à l’hôte de caisse s’ils souhaitent repartir avec leur ticket, ou non.

« C’est un usage qui existe déjà dans d’autres pays dans le monde [aux Etats-Unis ou en Chine, notamment], indique la parlementaire montpelliéraine, par ailleurs conseillère municipale et métropolitaine. Les tickets de caisse n’ont souvent qu’une durée de vie de quelques secondes, ils finissent à la poubelle, ou par terre. Dans les caisses automatiques des supermarchés, les clients ne les prennent même pas, parfois. »

12,5 milliards de tickets de caisse chaque année en France

Pour Patricia Mirallès, le ticket pourrait également être dématérialisé, envoyé par mail, ou via une carte de fidélité, aux clients qui le souhaitent. Cosignée par une trentaine de parlementaires, la proposition de loi aurait un triple enjeu, économique, environnemental et de santé publique, selon la députée de la première circonscription de l’Hérault.

Économique d’abord, car chaque année, en France, 12,5 milliards de tickets de caisse seraient édités, a calculé la députée : « Une petite boulangerie utiliserait environ six rouleaux de 80 mètres de papier par mois, à environ 1,30 euros l’unité, un bureau de tabac, environ un par jour et un hypermarché, plus de 10.000 par an. » L’objectif de l’arrêt de l’impression systématique des tickets est aussi environnemental, selon Patricia Mirallès, en termes de déchets, de pollution et de consommation de papier.

Le bisphénol, un perturbateur endocrinien « sévère »

Enfin, la parlementaire évoque un enjeu de santé publique. « Alors que beaucoup d’acteurs ont fait le choix de ne plus recourir aux tickets contenant du bisphénol A pour le remplacer par du bisphénol F ou S, aucune étude suffisante pour garantir son innocuité hormonale n’a été entreprise, indique Patricia Mirallès dans ses travaux.  Deux études réalisées en 2005 et 2006 ont conclu que ces substituants constituaient des perturbateurs endocriniens. Des médecins ont estimé que par précaution, les caissières susceptibles d’être enceintes ne devraient pas manipuler les tickets composés de ces autres classes de bisphénol. Une étude, publiée en 2015, dans Fertility and sterility a démontré qu’ils pouvaient avoir un effet nocif sur le testicule fœtal humain identique à celui du bisphénol A. »

Interrogé par 20 Minutes, Charles Sultan, médecin spécialiste des perturbateurs endocriniens, confirme les craintes évoquées dans le projet de loi. « Des travaux récents montrent que les dérivés du bisphénol, notamment le S, que l’on pensait inoffensif, présentent des signes de nocivité aussi importants que le A, indique le professeur. Le bisphénol est un perturbateur endocrinien sévère, diabétogène et obésogène, capable d’altérer les fonctions de reproduction et vraisemblablement, de modifier la défense immunitaire et la croissance cellulaire, donc en cause dans certains cancers. »

Sollicitée, la Fédération du commerce et de la distribution n’a pas souhaité réagir à cette proposition de loi d’interdire l’impression systématique de tickets de caisse dans les commerces. L’idée pourrait être étudiée à l’Assemblée nationale en janvier ou février.