Marseille: «On payait et on faisait les travaux nécessaires», affirme un propriétaire du 65 rue d’Aubagne

IMMEUBLES EFFONDRES Selon des propriétaires d’appartement du 65 rue d’Aubagne, effondré lundi dernier, tout était fait pour garantir la sécurité des locataires…

Adrien Max

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Un marin-pompier de Marseille et son chien recherchent la trace d'éventuels survivants.
Un marin-pompier de Marseille et son chien recherchent la trace d'éventuels survivants. — Marins-Pompiers de Marseille
  • Selon deux propriétaires d’appartements du 65 rue d’Aubagne, effondré lundi dernier, les travaux pour garantir la sécurité des habitants étaient faits.
  • Pourtant des experts avaient pointé du doigt des désordres « représentants un risque réel pour les biens et les personnes à court terme ».
  • Les habitants avaient également alerté de l’état, qui ne cessait de se dégrader, de leur immeuble.

Des immeubles anciens, qui « vieillissent bien. Mais à condition d’être bien entretenus. » Voilà l’avis que l’architecte spécialiste des rénovations à Marseille, Fabien Cadenel, livrait dimanche à 20 Minutes. Il mentionnait néanmoins la réticence de certains copropriétaires d’immeuble à engager des travaux, pourtant nécessaires. « Les copropriétaires sont souvent la 3e ou 4e génération de propriétaire, et ils doivent engager des travaux très lourds, et donc très onéreux », expliquait-il.

Est-ce le cas du 65 rue d’Aubagne, dans lequel huit personnes ont perdu la vie lors de son effondrement ? 20 Minutes a recueilli le témoignage du propriétaire d’un des appartements de cet immeuble. Complètement « bouleversée et déprimée » par le drame, cette personne préfère garder l’anonymat par peur de « représailles ».

« On faisait les travaux nécessaires »

Ce propriétaire ne se considère pas du tout comme « un marchand de sommeil ». Xavier Tarabeux, procureur de la République avait d’ailleurs balayé cet argument. « Le 65 était un immeuble qui présentait des désordres importants mais on n’est pas au titre de ce qu’on peut appeler des marchands de sommeil », avait-il déclaré lors d’un point sur l’enquête.

Selon ce propriétaire, « les travaux étaient commencés ». « A chaque appel de fonds, on payait et on faisait les travaux nécessaires. L’entretien était fait. Après le passage de l’expert le 18 octobre [alors que les habitants avaient été évacués à cause de l’éboulement d’une partie de la cage d’escalier], une entreprise est passée et le devis était en cours », considère-t-il.

Propriétaire proche de Renaud Muselier

Même son de cloche pour Xavier Cachard, propriétaire d’un appartement, avocat de la copropriété du 65, vice-président à la Région et proche de Renaud Muselier, cité par Le Monde. « Qu’est-ce que j’aurais pu faire de plus ? Je me pose la question depuis une semaine et la réponse, c’est malheureusement : rien »

Comme le propriétaire cité plus haut, il se dit « dévasté par le drame : je ne peux pas imaginer que l’immeuble va s’effondrer si deux experts ne le disent pas. Dans le cas contraire, il y aurait eu un arrêté de péril imminent et le relogement aurait été fait. C’est ce que j’ai dit aux enquêteurs ».

« La première fois que je louais »

Pourtant, une vidéo réalisée par l’un des locataires, quelques minutes avant le drame, montre clairement l’état de délabrement dans lequel se trouvait le 65. Un état dont le premier copropriétaire cité n’avait visiblement pas conscience : « A partir du moment où un expert a autorisé le retour des locataires, on pensait que c’était ok. Les problèmes ne se voyaient pas forcément, ou commençaient à se voir. Bien sur il y avait des petites fentes qui apparaissaient, mais chez moi aussi ça peut arriver », se dédouane-t-il.

Il faut dire qu’il avait acheté l’appartement depuis deux ans seulement. « C’était la première fois que je louais. A peine ai-je acheté que tout de suite un arrêté de péril imminent a été signé. J’ai engagé des frais, pour les expertises, les travaux », se désole-t-il, sans vouloir rejeter la faute sur le précédent propriétaire.

Rapports d’experts et alerte des occupants

Il s’est d’ailleurs rendu le vendredi précédant le drame dans l’immeuble : « Je n’ai pas vu de fissures dans l’escalier, et je n’ai pas entendu de bruit. Une locataire nous a bien mentionné que les pavés en verre au-dessus de la porte étaient cassés, mais on pensait qu’il s’agissait d’incivilités. »

Pourtant, plusieurs rapports d’experts avaient pointé un « risque réel pour les biens et les personnes à court terme » en 2014 et 2017, comme le rapporte La Marseillaise. Sans compter les témoignages des locataires qui avaient fui l’immeuble. Sophie était partie dormir chez ses parents la veille au soir par peur d’être enfermée chez elle : sa porte d’appartement ne s’ouvrait plus. Pierre et Alexia, ont, eux, profité de l’appartement d’un ami à Paris pour quitter ponctuellement l’immeuble. Abdelghani est lui parti alerter le syndic, avec une vidéo de son appartement comme preuve, 10 minutes avant l’effondrement. Il était déjà trop tard.