Grève dans l'éducation: «Jean-Michel Blanquer est de plus en plus impopulaire chez les enseignants»

INTERVIEW Laurent Frajerman, chercheur à l'institut de recherches de la FSU et au Centre d'histoire sociale de Paris, estime que la grève de ce lundi est significative...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Manifestations contre les réductions de postes dans l'éducation, le 12 novembre 2018. Credit: KONRAD K./
Manifestations contre les réductions de postes dans l'éducation, le 12 novembre 2018. Credit: KONRAD K./ — SIPA
  • Bien que les syndicats de profs et le ministère de l’Education ne soient pas d’accord sur les chiffres des grévistes de ce lundi, leur nombre est significatif, selon le chercheur Laurent Frajerman.
  • Il s'agit de la première grève du quinquennat Macron, unitaire et centrée sur des questions éducatives.
  • Cette mobilisation peut avoir un effet boule de neige, encore plus si le ministre de l’Education n’apporte aucune réponse à cette journée d’action.

Les profs étaient nombreux à battre le pavé ce lundi. La grève contre les suppressions de postes dans l’Education nationale a été suivie lundi par près d’un enseignant sur deux dans le second degré et un sur quatre dans le primaire, selon les syndicats. Des chiffres minimisés par le ministère de l’Education qui recensait 9 % d’enseignants du premier degré et 14 % de profs du second degré grévistes. Laurent Frajerman, chercheur à l’Institut de recherches de la FSU et au Centre d’histoire sociale de Paris-I, analyse ces données pour 20 Minutes.

Pourquoi existe-t-il un tel différentiel entre le pourcentage de grévistes donné par les syndicats et celui du ministère de l’Education ?

Parce que le ministère n’a jamais mis en place une procédure de comptage claire. Il se fonde sur des échantillons d’enseignants pour évaluer le nombre de grévistes. Par ailleurs, en ce qui concerne le second degré, la Rue de Grenelle ne compte comme grévistes que les profs absents lors de la première heure de cours, pas les autres. Du coup, le nombre de grévistes est clairement sous-estimé. Ainsi, on peut considérer qu’il y a au moins 30 % de grévistes dans le second degré ce lundi.

Peut-on en conclure que la mobilisation de ce lundi est importante ?

Oui, car c’est la première grève du quinquennat Macron qui est unitaire et centrée sur des questions éducatives.

Si les enseignants du premier degré se sont moins mobilisés que ceux du secondaire, est-ce parce que le ministre a affiché la priorité au primaire ?

Certes, mais tous les syndicats du premier degré participent au mouvement de ce lundi. Et même si le premier degré n’est pas atteint par les suppressions de postes, les professeurs des écoles ont deux motifs de mécontentement : les atteintes à la liberté pédagogiques dont ils estiment être victimes, car le ministre n’a cessé de leur donner des consignes précises sur les méthodes pédagogiques à appliquer. Par ailleurs, ils protestent contre le fait que les CP dédoublés dans l’éducation prioritaire ont eu comme conséquence une montée des effectifs dans certaines autres écoles.

Quant aux enseignants du second degré, ils ne protestent pas que contre les suppressions de postes…

L’an dernier, 1 600 postes ont été supprimés dans le second degré et 2 650 le sont cette année. Les enseignants mesurent concrètement les effets de ces coupes budgétaires par la hausse des effectifs dans les classes. Par ailleurs, ils savent que la réforme du lycée qui se prépare va permettre d’économiser des postes puisqu’il y aura moins d’heures de cours à dispenser. Ce qui laisse craindre un appauvrissement du contenu d’enseignement aux profs. Et les dysfonctionnements de Parcoursup les ont aussi fait déchanter.

Cette mobilisation significative des enseignants signe-t-elle un divorce entre Blanquer et les enseignants ?

Lors de l’élection présidentielle, 40 % des enseignants ont voté pour Emmanuel Macron. Jean-Michel Blanquer disposait donc d’un socle bien disposé à lui faire confiance, mais cette confiance s’effrite. Ses réformes, ses déclarations qui ne sont pas toujours suivies de décisions concrètes, la réduction des moyens ont abîmé son image. En fin de compte, Jean-Michel Blanquer est de plus en plus impopulaire chez les enseignants.

Les enseignants risquent-ils de comparer sa politique à celle de Luc Chatel, qui avait supprimé beaucoup de postes d’enseignants ?

C’est possible, d’autant que Luc Chatel était un bon communicant, tout comme Jean-Michel Blanquer. Et que ce dernier a été nommé pour envoyer des signaux à l’électorat de droite. D’où son mélange de modernisme managérial et de conservatisme éducatif.

Cette mobilisation va-t-elle encourager les enseignants à se mobiliser lors d’une prochaine journée d’action ?

Cela peut en effet créer une dynamique, car seulement un quart des enseignants ne font jamais grève. Les autres la font de manière occasionnelle et uniquement s’ils perçoivent son efficacité. De plus, si le ministre de l’Education n’apporte aucune réponse à cette journée de mobilisation, cela peut renforcer la grogne des enseignants.