Immeubles effondrés à Marseille: Pour éviter un «effet domino», d'autres bâtiments pourraient être démolis

EFFONDREMENT A MARSEILLE Plusieurs immeubles ont été évacués dans la nuit de jeudi à vendredi à Marseille, des analyses pour connaître leur solidité sont en cours…

Adrien Max

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Des habitants viennent récupérer quelques affaires dans leurs logements évacués à Marseille.
Des habitants viennent récupérer quelques affaires dans leurs logements évacués à Marseille. — Alain ROBERT/SIPA
  • Plusieurs immeubles, autour de ceux qui se sont effondrés lundi à Marseille, ont été évacués la nuit de jeudi, jusqu’à vendredi matin.
  • Des analyses y vont être menées par des experts pour écarter tout risque « d’effet domino ».
  • Des analyses seront également menées, plus tard, dans d’autres immeubles marseillais considérés comme « à risque ».

« Gaudin démission, Gaudin assassin. » Une petite cinquantaine d’habitants se sont réunis ce vendredi après-midi devant la préfecture des Bouches-du-Rhône pour crier leur colère. Le préfet Pierre Dartout avait pourtant choisi de relocaliser la conférence de presse en préfecture au dernier moment.

Accompagné du maire, Jean-Claude Gaudin, et de ses adjoints à la sécurité, Julien Ruas, et au logement, Arlette Fructus, il a fait le point sur l’état des immeubles situés près de ceux effondrés lundi, rue d’Aubagne à Marseille. Et ce, quelques minutes après la découverte d’un huitième corps au milieu des gravats.

Jean-Claude Gaudin a annoncé le relogement de « 359 personnes »

« Nous avons décidé, par principe de précaution, l’évacuation du haut de la rue d’Aubagne, du côté impair, ainsi que l’évacuation de trois immeubles de la rue Jean Roque. Des évacuations en face, côté pair de la rue d’Aubagne, et côté impair de la rue Jean Roque ont également été prononcées afin de protéger leurs habitants en cas de perturbation », a annoncé Pierre Dartout. Ces évacuations ont commencé dès jeudi soir, pour se terminer ce vendredi matin.

Jean-Claude Gaudin, largement critiqué pour son manque d’action contre l’habitat insalubre, a quant à lui annoncé le relogement de « 176 familles, soit 359 personnes dans des hôtels, dont les coûts sont entièrement pris en charge par la municipalité ». « Je réaffirme ma compassion et mes condoléances attristées à toutes les personnes touchées par ce drame », a déclaré le maire, même s’il réaffirme ne rien regretter quant à sa gestion municipale.

Si la « déconstruction » totale du 69, et partielle du 71, avait été annoncée mercredi soir pour assurer la sécurité des marins-pompiers, elles n’ont finalement pas eu lieu dans leur totalité. « En déconstruisant le 69, nous nous sommes aperçus que la partie basse était suffisamment solide. Surtout, sa déconstruction aurait pu avoir des conséquences sur le 71 », a précisé Jean-Philippe D’Issernio, directeur départemental de la DDTM 13.

Car là est bien la crainte. « Il y a une inquiétude sur un possible effet domino. Des murs sont partagés entre deux immeubles, s’il y en a un qui tombe, alors il déstabilisera forcément l’immeuble mitoyen », a détaillé le directeur de la DDTM 13.

« Une vingtaine d’années pour tout refaire »

Pour être certains d’écarter cet effet domino, des experts analysent les immeubles autour du lieu du sinistre. Sans que la préfecture ne communique précisément le nombre de bâtiments concernés, ni l’avancée des analyses.

Des experts marseillais, mais également certains dépêchés depuis Paris. « Vous n’êtes pas sans savoir que le ministre du Logement a demandé un audit sur l’état de l’habitat à Marseille. La venue de ces experts rentre aussi dans ce cadre. L’un des principaux responsables du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), des gens de très hautes compétences, participe à ces analyses », a ajouté le préfet.

André Jollivet, architecte à la retraite, connaît bien le type d’immeubles de Noailles. « Ils datent de 1800, 1850. Ce sont des immeubles très modestes, faits de bois, de pierre et d’un ciment à la chaux. Ils évacuent le haut de la rue, mais on ne sait pas où ça va s’arrêter. Il ne faut pas se faire d’illusion, il faut une vingtaine d’années pour refaire tout le quartier. Rien n’a été fait depuis vingt-cinq ans, il ne faut pas s’en étonner », avance l’architecte.

130 signalements depuis lundi

La priorité concerne bien sûr l’îlot d’habitation autour des deux immeubles qui se sont effondrés initialement, ce qui devrait prendre « quelques jours ». Puis ces analyses s’étendront aux autres immeubles du quartier, puis de Marseille, considérés comme « à risque », ce qui nécessitera « plus de temps ». Pour André Jollivet, « il ne faut pas hésiter à démolir ce qui doit être détruit, même si cela concerne des îlots entiers, et même si ça prend du temps ».

Personne ne sait quand les résultats des analyses seront connus, « nous serons amenés à nous revoir », a néanmoins prévenu le préfet. Des résultats très attendus, alors qu’une forme de « psychose » se propage à Marseille. Depuis lundi, 130 signalements ont été adressés à la mairie, qui a pris 21 arrêtés de péril « au fur et à mesure ».