Commission de lutte contre la pédophilie: «Si les évêques jouent les petits bras, cela va se voir!»

ENTRETIEN Président de l’Association La Parole Libérée qui réunit des victimes de pédophilie, François Devaux réagit aux annonces de la Conférence des évêques de France…

Vincent Vantighem

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Lyon, le 5 mars 2018. François Devaux, président de l'association La Parole Libérée.
Lyon, le 5 mars 2018. François Devaux, président de l'association La Parole Libérée. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • La Conférence des évêques de France va créer une commission indépendante.
  • Elle sera chargée de comprendre le traitement passé des affaires de pédophilie.
  • Les évêques évoquent aussi la possibilité de faire un geste financier envers les victimes.

Finalement, il aura fallu attendre plus de deux ans et demi après la révélation de l’affaire dite « Barbarin ». La Conférence des évêques de France (CEF) a finalement annoncé, mercredi depuis Lourdes (Hautes-Pyrénées), la création d’une « commission indépendante » chargée de faire la lumière sur les abus sexuels commis sur des mineurs dans l’Église depuis les années 1950.

Au passage, les évêques ont également annoncé la possibilité que l’Église fasse un « geste financier » en faveur des victimes. Président de l’Association la Parole Libérée qui réunit des victimes de pédophilie, François Devaux réagit, pour 20 Minutes, à ces propositions…

Croyez-vous que cette « commission indépendante » pourra enfin faire toute la lumière sur les actes de pédophilie commis dans l’Église française ?

Nous n’en sommes encore qu’au stade des annonces. Pour l’instant, il n’y a rien de concret. Sur le papier, comme à chaque fois avec l’Église, c’est très propre. Il n’y a rien à dire. Mais, cela fait 30 ans que l’Église fait de belles promesses et qu’elles ne sont pas suivies d’effets…

Vous pensez donc que cela ne mènera nulle part ?

Non, j’attends de voir. Je pense qu’il faut rester extrêmement vigilant. Ces dernières années, l’Église a d’abord annoncé la création d’une cellule de lutte contre la pédophilie. On ne sait pas ce qu’elle a fait. Ensuite, il y a eu la commission Christnacht. On ne sait pas, non plus, ce qu’elle a fait. Et puis il y a eu les cellules d’écoute dans les diocèses. La Parole Libérée a fait du testing de ces cellules d’écoute. Où il fallait bien souvent appeler dix fois pour avoir quelqu’un. Les résultats n’étaient vraiment pas probants… Donc, oui, il faut rester vigilant.

Selon le communiqué, « les évêques souhaitent proposer un geste financier aux personnes victimes ». Qu’en pensez-vous ?

C’est un sujet qui revêt une importance capitale. Un être qui a été fauché dans sa construction, quand il avait dix ou onze ans, subira toute sa vie les conséquences de ce traumatisme. Cela aura un impact sur sa psychologie, sa sexualité, sa parentalité, ses angoisses, sa confiance en soi, son rapport à la hiérarchie. Ce genre d’actes va définitivement faire tourner le chemin de sa vie.

Être victime d’un prêtre pédophile entraîne donc un préjudice très lourd. Il va falloir un peu plus qu’un « geste financier ». Cette expression est loin d’être appropriée. Les victimes n’attendent pas qu’on leur jette des pièces jaunes. Cela doit être une indemnisation qui vient en réparation d’un préjudice.

Ne pensez-vous pas que l’Église de France est désormais attendue au tournant par la société sur ce sujet ?

Si. Les évêques viennent de mettre le doigt dans un engrenage. Toute la société a désormais les yeux braqués sur eux. S’ils veulent jouer les petits bras, cela va se voir. C’est leur dernière chance de réagir !