Infraction d'outrage sexiste: Certaines femmes «regrettent de ne plus être sifflées», estime Eric Dupond-Moretti

VIOLENCES SEXISTES Pour l’avocat pénaliste, le harcèlement de rue est une affaire d’éducation et non de justice…

Manon Aublanc

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Paris, le 27 octobre 2015. L'avocat Eric Dupond-Moretti.
Paris, le 27 octobre 2015. L'avocat Eric Dupond-Moretti. — BERTRAND GUAY / AFP

« Est-ce que l’Etat a vocation à réglementer tous les comportements ? » Interrogé ce mardi, par BFMTV, sur la nouvelle loi contre les violences sexistes et sexuelles, l’avocat Eric Dupond-Moretti s’en est pris à la nouvelle infraction d’outrage sexiste, dénonçant une « hyper-réglementation » de la société.

« Il y a une très vieille dame qui m’a dit "Moi, je regrette de ne plus être sifflée" », a déclaré l’avocat pénaliste à propos de cette nouvelle infraction sur le harcèlement de rue, passible d'une amende immédiate de 90 euros. « Ça tient à l’éducation de chacun, et au fond, est-ce que l’Etat doit réglementer ça ? C’est ça, l’hyper-réglementation. Est-ce que l’Etat a vocation à réglementer tous les comportements ? Moi; je ne le crois pas », a-t-il expliqué. « C’est ahurissant. C’est une question d’éducation, mais que l’Etat inflige une infraction de 90 euros, là aussi, on déconne complètement », a encore estimé le spécialiste du droit.

« Aujourd’hui on se fait justice sur les réseaux sociaux »

L’avocat s’en est également pris aux mouvements féministes : « Je vais vous parler d’une association dont le statut est, je cite, de continuer "le combat". Moi, je n’ai pas besoin de soldats, j’ai besoin de juges, impartiaux, pas de militants », a-t-il déclaré. « Qu’on libère la parole de la femme, qu’on se préoccupe des femmes qui sont victimes, c’est un véritable progrès », a assuré le pénaliste.

« Qu’en revanche, le filtre de ces plaintes, ce soit les réseaux sociaux, je ne suis pas d’accord avec ça. Le filtre, c’est la justice avec ses règles. (…) Aujourd’hui, on se fait justice sur les réseaux sociaux et parfois sur les chaînes d’information en continu », a-t-il fustigé, en référence au mouvement #MeToo. Selon une enquête publiée par le gouvernement en mars 2018, un quart des femmes interrogée déclarent avoir subi « au moins une forme de violence dans l’espace public » cette année. L’étude estimait à 15 500 le nombre de femmes victimes de violences sexuelles par an, 200 000 de violences physiques, 800 000 d’insultes et trois millions de cas de « drague importune ».