Immeubles effondrés à Marseille : Simona, Sophie, Pierre, Alexia… Tous voulaient quitter cet immeuble insalubre

REPORTAGE Trois immeubles se sont effondrés lundi matin à Marseille, cinq corps ont déjà été découverts au milieu des gravats…

Adrien Max

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Un marin-pompier de Marseille et son chien recherchent la trace d'éventuels survivants.
Un marin-pompier de Marseille et son chien recherchent la trace d'éventuels survivants. — Marins-Pompiers de Marseille
  • Trois immeubles se sont effondrés lundi matin rue d’Aubagne, à Marseille.
  • Cinq personnes étaient très probablement à l’intérieur du numéro 65, trois autres personnes étaient également possiblement présentes dans l’immeuble selon le procureur de la République, Xavier Tarabeux.
  • Cinq cadavres ont été extraits des décombres, sans qu’ils aient été identifiés pour le moment.

On ne sait pas depuis quand il est là et combien de temps il y restera. Vêtu d’un manteau noir, cet homme d’une bonne trentaine d’années est prostré devant les barrières qui limitent le périmètre de sécurité rue d’Aubagne à Marseille, une bougie à la main.

Il connaît depuis « plusieurs années » Simona, une jeune Italienne de 24 ans qui vit au 65, immeuble dont il ne reste plus qu’un tas de gravats ce mardi. « Je garde espoir », arrive-t-il tout juste à prononcer sous le coup de l’émotion, plus de vingt-quatre heures après l' effondrement de trois immeubles dans le centre-ville de Marseille.

Vendredi, Simona passait une soirée dans l’appartement de Fabien, la cinquantaine, au cinquième étage, selon La Provence. Elle lui avait confié sa crainte d’un possible effondrement de l’immeuble… Ses parents sont arrivés d’Italie en début de journée, et ont été pris en charge par la cellule psychologique. Autour du dispositif, d’autres amis sans nouvelles de Simona se sèchent les larmes les uns les autres.

« Elle voulait partir »

Sur ses joues, aucune larme ne coule. Mais Imane semble errer comme une âme en peine. Il avait loué l’appartement du premier étage en 2014, avant de mettre le nom de sa mère sur le bail, en juillet 2017. « Lundi matin, j’étais au travail. On m’a appelé pour me dire que l’immeuble s’était effondré. Une voisine m’a prévenu que ma mère était partie emmener mon petit frère de 9 ans à l’école, puis qu’elle était rentrée dans l’immeuble. Depuis, je n’ai aucune nouvelle », raconte-t-il à 20 Minutes.

Imane dormait parfois dans cet appartement. Dimanche, il est venu réparer une porte qui ne fermait plus. « On voyait que l’immeuble n’était pas en bon état, il y avait déjà eu un effondrement il y a 15 jours. Ils ont pris les clés de tout le monde, puis les ont rendues. Là, le propriétaire ne s’est même pas manifesté », se désole-t-il. En attendant de retrouver sa mère, Imane a confié son petit frère à une voisine.

Hervé Trémeau, directeur de Destination familles, une association qui œuvre dans le quartier de Noailles, connaît bien la famille. « Son fils vient à l’association, nous avons entamé une procédure de parrainage pour faire sortir le petit du quartier. Sa maman avait la volonté de partir de cet appartement à cause de son état insalubre », confie-t-il.

L’immeuble a disparu avec ses deux amis

Dans ce quartier populaire où les marchands de sommeil semblent avoir pignon sur rue, beaucoup de gens se débrouillaient pour se loger. Dont des sans-papiers. C’est le cas de Chérif, un Algérien qui venait de passer la nuit chez Rachid, au 2e étage de l’immeuble, avec un ami. Aux alentours de 9 h, Rachid est sorti acheter des cigarettes. Quand il est revenu, l’immeuble avait disparu. Ses deux amis aussi.

Les habitants du quartier se pressent devant le cordon de sécurité à Marseille.
Les habitants du quartier se pressent devant le cordon de sécurité à Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

« Cherif est un sans-papiers, nous avons donné son descriptif, avec des photos récentes et l’emplacement de ses tatouages à la police. Mais nous n’avons aucune information. Depuis qu’ils ont retrouvé le premier corps ce [mardi] matin, personne ne nous dit rien », témoigne Lynda et sa maman Saïda, cousine par alliance de Cherif. « Il n’a personne ici à part nous, et près de 100 membres de sa famille attendent des nouvelles depuis l’Algérie, mais on ne peut rien leur dire », se désole-t-elle entre deux sanglots.

Difficile de savoir qui se trouvait dans l’immeuble

Difficile de savoir qui se trouvait précisément à ce moment dans cet immeuble délabré. Une maman algérienne et ses deux enfants auraient déménagé deux jours avant le drame. Mais personne n’a de nouvelles de Julien, voisin de Rachid au 2e, ni de Marie qui partageait le même étage que Fabien au 5e.

En fin de journée, le procureur de la République, Xavier Tarabeux, confirmait la découverte de trois corps, encore non identifiés. « Il y avait très probablement cinq personnes à l’intérieur, et possiblement trois autres. Les trois personnes découvertes feraient partie des cinq personnes probablement à l’intérieur, mais ce ne sont que des hypothèses », a-t-il expliqué. Deux autres victimes ont été retrouvées dans la nuit de mardi à mercredi, portant le bilan à cinq décès.

Pour Patrick Desbouiges, régisseur social, il est également possible que des squatteurs se trouvaient au numéro 63, pourtant muré. « Je connais deux ou trois mecs qui squattent l’immeuble. Heureusement j’en ai retrouvé un lundi soir, mais je n’ai pas de nouvelles des autres. »

« Dimanche, vers 19 h, j’ai décidé de partir »

Pierre et Alexia ont, quant à eux, eu beaucoup de chance. Lassés de l’état de leur appartement, ils étaient partis passer le week-end à Paris, dans celui d’une amie. Leur retour était prévu lundi, mais un coup de téléphone de leur propriétaire les avertissant du drame a bousculé leur programme. « C’était la première fois que notre propriétaire s’inquiétait pour nous », raconte Pierre, 23 ans, à l’AFP.

Sophie Dorbeaux, 25 ans, a pris une décision qui lui a probablement sauvé la vie : elle est partie dormir chez ses parents dimanche soir. « Depuis plusieurs semaines, les murs bougeaient, des fissures étaient apparues. Dimanche, vers 19 h, j’ai décidé de partir. Je n’arrivais presque plus à ouvrir ma porte, j’ai eu peur de me retrouver prisonnière », explique la jeune femme, étudiante en master de philosophie.

Il y a une semaine, Sophie avait dû secourir Marie, sa voisine de 60 ans, bloquée dans son appartement. Rebelote le lendemain. Vendredi, ce sont les carreaux de verre au-dessus de la porte d’entrée qui ont explosé sous ses yeux. Une situation loin d’être exceptionnelle dans ce quartier. Ce mardi, à la mi-journée, des marins-pompiers intervenaient pour procéder à des vérifications dans un immeuble. Un immeuble d’une rue juste en dessous de celle où 80 marins-pompiers continuent de s’affairer pour retrouver les disparus.