«Momo Challenge»: Comment les parents peuvent protéger leurs enfants des défis dangereux sur Internet?

EDUCATION Un père porte plainte après la mort de son fils qui serait lié selon lui, à un défi relevé lors du «Momo challenge»...

Delphine Bancaud

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Une adolescente consulte son téléphone portable.
Une adolescente consulte son téléphone portable. — Pixabay
  • Un père a porté plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » après le décès de son fils de 14 ans qui aurait été victime du «Momo challenge».
  • En 2017, la police nationale avait mis en garde contre les risques d’un jeu similaire le «Blue whale Challenge».
  • Certains adolescents sont plus à risque que d’autres par rapport à ces défis virtuels. 

C’est un cri d’alarme contre le fléau des défis dangereux proposés aux adolescents sur le Web. Un père a porté plainte lundi  près de Rennes pour « mise en danger de la vie d’autrui » contre YouTube, WhatsApp, un site de rencontres pour adolescents et contre l’Etat après le décès de son fils de 14 ans mi-octobre.

Retrouvé mort dans sa chambre chez ses parents, pendu avec sa ceinture de kimono, Kendal, bien inséré dans la vie et plein de projets, ne se serait pas suicidé selon sa famille, mais aurait été pris au piège du Momo Challenge. Accessible par la messagerie instantanée WhatsApp, ce jeu macabre menace ses participants de dévoiler des informations personnelles sur eux en les incitant à commettre des actes dangereux pouvant aller jusqu’à la mort. Une enquête est en cours sur ce dossier.

« Ils veulent relever des défis pour surprendre leurs pairs »

En 2017, la police nationale avait mis en garde contre les risques d’un jeu similaire le Blue whale Challenge qui poussait les jeunes à relever pendant 50 jours des défis chaque fois plus dangereux jusqu’à la dernière étape : le suicide. Un dossier que connaît bien Françoise Cochet, présidente de l’association Apeas (Agir pour la prévention des jeux dangereux) : « Ce jeu a causé plusieurs problèmes de sécurité l’an dernier en France, car il avait opéré un véritable lavage de cerveau sur les adolescents qui en ont été victimes », indique-t-elle.

Et certains adolescents sont plus à risque que d’autres par rapport à ces défis virtuels, estime Grégory Michel, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux et chercheur à l’Inserm : « L’adolescent est sous influence et subit une sorte de cyberharcèlement. Les jeunes ayant une mauvaise estime d’eux-mêmes et qui ont l’impression que leurs parents ne sont pas à l’écoute sont plus vulnérables par rapport à ces défis. Ils veulent les relever pour surprendre leurs pairs et se valoriser auprès d’eux. Et l’attrait de l’interdit joue à plein. Certains d’entre eux vont d’ailleurs tenter de relever des défis dans plusieurs domaines : le sport, la consommation d’alcool… », observe-t-il.

Se garder d’un discours moralisateur

Face à ces phénomènes, les parents se sentent bien souvent impuissants. Tout d’abord parce qu’ils ignorent l’existence de ces « jeux » viraux que leurs enfants expérimentent à l’abri de leur regard. Car même si ces défis dangereux passent vite de mode, ils se renouvellent sans cesse, constate Grégory Michel : « chaque année, de nouveaux défis sortent sans que l’on sache précisément qui les a inventés. La créativité dans la déstructivité est sans fond », estime-t-il. Pour se renseigner sur le sujet, les parents peuvent consulter la rubrique « jeux dangereux » du site de l’Apeas.

Mais ils doivent surtout engager le dialogue avec leurs enfants sur le sujet, selon Grégory Michel : « Il ne faut pas attendre qu’un adolescent soit capté par un défi dangereux pour lui en parler. En se gardant d’un discours moralisateur, mais en responsabilisant l’enfant. Il faut l’interroger sur ce qu’il connaît de ces "jeux" et l’amener à comprendre les risques qu’il court (mise en danger physique et psychique, risque de cyberextorsion, de vol des données personnelles…) Et lui donner la mission d’alerter ses amis sur les conséquences de ces défis dangereux », indique-t-il. Le fait d’imposer à son enfant un temps de consommation maximal des écrans par jour peut aussi permettre de limiter les risques qu’il devienne addict à un jeu de défi.

Rester attentifs aux signes inquiétants

Les parents doivent aussi rester attentifs aux signes qui pourraient montrer que leur enfant est tombé dans les mailles du filet : « s’il connaît des troubles du sommeil, une baisse de concentration ou des résultats scolaires, il faut l’interroger sur ce qui ne va pas en lui certifiant qu’il ne sera pas jugé », conseille Françoise Cochet. Mais pour les parents qui seraient tentés de jeter un coup d’œil aux traces numériques laissés par leurs enfants, pas sûrs qu’ils en trouvent : « car les organisateurs de défis recommandent généralement aux participants d’effacer leur historique sur le Web », poursuit-elle.

Si les parents se rendent compte que leur enfant est entré dans l’engrenage des jeux dangereux, il est utile d’aller consulter un psychologue ou d’avoir recours à la ligne Net écoute destinée aux adolescents confrontés à des problèmes de cyberharcèlement La ligne est accessible gratuitement du lundi au vendredi de 9h à 18h au 0800 200 000. Car l’important est de pouvoir se faire aider par des personnes qui connaissent les ressorts de tels engrenages.

 

*La prise de risque à l'adolescence, Grégory Michel, éditions Masson.