Ousmane Bah a créé la méthode d'apprentissage du français Solodou
Ousmane Bah a créé la méthode d'apprentissage du français Solodou — J. Urbach/ 20 Minutes

INITIATIVE

VIDEO. Loire-Atlantique: Un réfugié lance sa méthode d'apprentissage du français en ligne

Ousmane Bah, 35 ans, a été repéré par la caisse d'allocations familiale (et notamment celle de Loire-Atlantique) pour sa méthode d'apprentissage de la lecture et de l'écriture appelée Solodou...

  • Arrivé en France en 2014, Ousmane Bah a lancé une plateforme d'apprentissage en ligne, appelée Solodou.
  • Ce Guinéen de 35 ans s'est donné le défi de transmettre «le B.a-ba» de l'écriture et de la lecture en 34 leçons, le plus simplement possible.

Lui s’exprime sans difficulté et n’a aucun souci à rédiger ou à déchiffrer un texte dans la langue de Molière. Mais ce n’est pas le cas de tous les réfugiés qui démarrent une nouvelle vie en France, voire qui y sont installés depuis plusieurs années déjà. Parce que « tout le monde doit savoir lire et écrire », Ousmane Bah vient de lancer sa propre méthode d’apprentissage. Avec Solodou, disponible gratuitement sur Internet, via un ordinateur ou un smartphone, ce Guinéen de 35 ans s’est donné le défi de transmettre « le B. a-ba » en 34 leçons, le plus simplement possible. Une initiative repérée par la CAF de Loire-Atlantique, qui vient de proposer à une cinquantaine de ses allocataires, des migrants pour la plupart, d’en bénéficier.

Le site Solodou ne réinvente pas la poudre. Sa valeur ajoutée est que tout est présenté de façon très claire, et que l’apprentissage peut se faire en totale autonomie, gratuitement. Alphabet, voyelles, accents, ponctuation… Les fondamentaux de l’écriture et de la lecture sont classés en petits chapitres, accompagnés à chaque fois d’une aide audio, d’images, d’exercices en PDF et de vidéos. Pour chaque lettre, par exemple, Ousmane Bah s’est filmé en train d’écrire sur une ardoise. « C’est très concret et beaucoup plus facile quand on voit une main humaine qui montre comment faire », explique celui qui assure que sa méthode permet d’acquérir les bases de l’orthographe en 9 mois.

Une méthode inspirée de son parcours

Si Ousmane Bah est si affirmatif, c’est qu’il teste et peaufine sa méthode depuis plus de deux ans. C’est en arrivant en France (en banlieue parisienne), en 2014, que son projet a germé. « J’ai passé plusieurs mois à errer dans le métro, dans les rues, avant qu’une famille guinéenne n’accepte de m’héberger gratuitement, raconte Ousmane. Là, je me suis rendu compte que beaucoup de personnes, installées en France parfois depuis dix ans, ne savent en fait pas bien lire ni écrire. »

Le trentenaire commence alors à rédiger son propre manuel et en fait profiter des dizaines de connaissances et voisins. Habitant aujourd’hui dans une résidence sociale du Val-d’Oise, où il continue à dispenser ses leçons, il dit même avoir une liste d’attente. « Les apprenants me disent qu’avec moi, c’est plus simple, sourit Ousmane, qui a enseigné pendant deux ans dans un école primaire au Maroc. C’est difficile de suivre des cours pour ces personnes qui doivent trouver à manger, puis un logement ou un emploi… Lorsqu’elles entrent dans la vie active, c’est rare qu’elles reviennent en arrière. » Le Guinéen, actuellement au RSA, a récemment appris à coder pour lancer sa plateforme en ligne, « un outil indispensable pour que chacun suive les cours à son rythme ».

« Mieux faire valoir leurs droits »

Ce lundi, Ousmane a franchi une nouvelle étape grâce à l’appui de la CAF, qui a donc choisi d’expérimenter sa méthode, en éditant kits et livrets. Pendant six mois, « 100 à 200 personnes » en France (et notamment à Nantes) vont suivre les leçons de Solodou, tout en bénéficiant d’un suivi. La même opération sera prochainement lancée à Bordeaux ou à Clermont-Ferrand.

La CAF a édité des livrets inspirés de la méthode en ligne Solodou
La CAF a édité des livrets inspirés de la méthode en ligne Solodou - J. Urbach/ 20 Minutes

« L’objectif est que nos allocataires réfugiés maîtrisent davantage le français pour mieux faire valoir leurs droits, résume Nicolas Flamand, directeur de projet à la CAF. Il faut que les téléprocédures, mais aussi tous les services que nous proposons soient plus abordables, pour tous. En fonction des résultats observés, dans six mois et un an, nous verrons si l’on peut généraliser la méthode. On aimerait ensuite la déployer à d’autres publics qui ont eux aussi des difficultés avec la langue. »