VIDEO. Marseille: Après «Paye Ta Schnek», le podcast «YESSS» veut triompher du sexisme

FEMINISME Tous les mois, le podcast donne toute la place aux témoignages positifs de femmes qui ont riposté à leur harceleur ou agresseur…

Caroline Delabroy

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Anaïs Bourdet, Elsa Miské et Margaïd Quioc, l'équipe du podcast féministe marseillais YESSS.
Anaïs Bourdet, Elsa Miské et Margaïd Quioc, l'équipe du podcast féministe marseillais YESSS. — Charlotte Caselles
  • A l’origine de ce nouveau podcast féministe, trois trentenaires marseillaises, dont Anaïs Bourdet, connue pour son projet Paye Ta Shnek.
  • Sur un mode participatif, l’équipe invite chaque mois des femmes à témoigner sur un thème (harcèlement de rue, le travail, bientôt la maternité ou le sport).
  • Après #MeToo, YESSS veut dépasser le simple constat en proposant de témoigner, mais avec une solution en plus.
  • « La warrior c’est ta sœur, ta mère, ta voisine, ta pote, mais c’est aussi toi », dit YESSS en substance.

Des témoignages sur le sexisme ordinaire, la graphiste marseillaise Anaïs Bourdet en a publié plus de 15.000 depuis qu’elle a lancé «Paye Ta Shnek » (PTS), tumblr participatif devenu une référence du genre. C’était en 2012, bien avant #MeToo et sa libération de la parole des femmes qui ferait presque sourire cette militante 2.0 : « Tous les ans, on découvre l’eau chaude ! A chaque fois, c’est du buzz médiatique, les politiques s’en emparent un temps pour en faire de la com, mais en attendant il n’y a toujours pas de plan général de lutte contre le sexisme. »

Toujours depuis Marseille, Anaïs Bourdet a décidé de lancer une nouvelle aventure, avec deux comparses cette fois, la consultante en marketing digital Elsa Miské et la journaliste indépendante Margaïd Quioc. Et voilà YESSS désormais sur les ondes numériques, un podcast féministe ou plutôt un podcast de warriors. Le titre s’est imposé de lui-même. C’est le cri de victoire des « meufs qui ont triomphé sur le sexisme : celles qui répliquent, qui recadrent, qui claquent et qui résistent. » Chaque mois, le podcast donne ainsi à entendre des témoignages positifs de riposte.

Des tips pour toutes les femmes

« Après six ans de PTS, j’avais besoin aussi de bonnes nouvelles », sourit Anaïs Bourdet. « Beaucoup de podcasts féministes, comme La Poudre ou Les couilles sur la table, sont basés sur des entretiens, nous avions envie d’ajouter presque comme une boîte à outils, complète Margaïd Quioc. Les gens sont réceptifs et friands de solutions, de tips. Longtemps, il a fallu être une bonne victime, traumatisée, en larmes. Le sexisme ordinaire ne fait pas de nous forcément des victimes. On peut dire que l’on a été victime de cela, et être actrice de sa riposte. »

« Chacune fait avec ses armes et ce qu’elle se sent capable de faire, ajoute Elsa Miské. Le propos n’est surtout pas de culpabiliser les femmes. Beaucoup disent : "je pensais jamais que je serai capable de faire ça". » Pour relayer ses appels à témoignages, YESSS peut s’appuyer sur une communauté déjà engagée : Paye Ta Shnek compte 225.000 abonnés sur Facebook, et certaines publications peuvent atteindre jusqu’à un million de vues. Après un premier épisode sur les « warriors de l’espace public », déjà écouté 9.000 fois, l’équipe prépare pour mi-novembre un autre sur les « warriors au travail ».

Enregistrement du podcast féministe YESSS à la Podcast Factory à Marseille.
Enregistrement du podcast féministe YESSS à la Podcast Factory à Marseille. - Charlotte Caselles

« La warrior, c’est aussi toi »

« Nous avons reçu les témoignages de plusieurs femmes de 60 ans, confie Elsa Miské, satisfaite. On est trentenaires, mais on veut que tout le monde puisse écouter, que ne témoignent pas seulement les filles de notre génération. On livre des solutions que l’on peut actionner en tant que femme lambda, tout le monde est concerné. » « La warrior c’est ta sœur, ta mère, ta voisine, ta pote, mais c’est aussi toi », dit YESSS en substance.

C’est par exemple Carole qui a réussi à filer avec les 50 euros de son agresseur : « Tu mérites plus que ça, je vais te baiser ». Ou Laura qui, du haut de ses 15 ans, raconte cette scène dans le métro : « Je l’ai fixé avec toute la haine du monde, je devais avoir l’air assez flippante, il a fini par quitter la rame. » Sans compter Lucile, étudiante à Lille, qui a dégainé un poing dans le nez en réponse à une main aux fesses. Sarah, elle, s’est mise à ostensiblement se curer le nez : « C’était comme s’il était devant un porno et venait de reconnaître sa grand-mère dedans ! ».

S’il se revendique féministe, le podcast se refuse à employer un vocabulaire militant ou d’initié. YESSS s’emploie avant tout à valoriser les expériences racontées, et donner des infos complémentaires, d’ordre pratique ou juridique. « Pour être victorieuse, on n’est pas obligé de clasher les mecs en face, rappelle Margaïd Quioc. C’est d’abord arriver à croire en soi, beaucoup de femmes s’autocensurent. » Dans l’épisode sur le travail, c’est par exemple une tatoueuse qui va finalement se mettre à son compte et s’imposer dans le milieu. C’est sa victoire sur le sexisme.

​>> Vous aussi, vous avez été victime de harcèlement dans la rue et vous avez répliqué ? Racontez-nous votre expérience en envoyant votre témoignage à temoignez@20minutes.fr.

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