Non, l’opération escargot d’ambulances à Strasbourg n’était pas liée au blocage du 17 novembre

FAKE OFF Une vidéo virale reprend une opération escargot d'ambulanciers à Strasbourg pour la présenter comme un « avant-goût » du blocage national prévu le 17 novembre...

Alexis Orsini
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La vidéo Facebook virale sortie de son contexte.
La vidéo Facebook virale sortie de son contexte. — capture d'écran
  • Une page Facebook a mis en ligne la vidéo d'une opération escargot menée par des ambulances à Strasbourg, en la présentant comme un aperçu du blocage national prévu le 17 novembre contre la hausse des prix de carburant.
  • La manifestation en question a bien eu lieu le 25 octobre à Strasbourg.
  • Mais elle était liée à une demande propre aux ambulanciers privés, comme l'explique l'un des membres du collectif concerné à 20 Minutes.

Combien de personnes répondront présentes à l’appel au blocage des routes françaises, le 17 novembre, pour protester contre la hausse du prix de l’essence ?

A quelques semaines du jour J, la page Facebook « Anti Mafia Française » prétend proposer un « avant-goût de blocus » en diffusant la vidéo d’un convoi d’ambulances qui  ralentit volontairement la circulation en roulant au pas.

« À STRASBOURG: AUTOROUTE A4 BLOQUÉE MACRON... PRÉPARE TOI! LE RESTE DES GAULOIS [arrive] » affirme le post partagé plus de 49.000 fois, sans donner le moindre élément de contexte sur ce cortège d’ambulances qui a défilé avec les gyrophares allumés.

Or, si le trafic de l’autoroute A4 a bien été perturbé lors de cette opération, celle-ci n’entretient aucun lien avec la mobilisation prévue le 17 novembre, contrairement à ce que laisse penser cette vidéo Facebook visionnée plus d'1,3 million de fois.

FAKE OFF

« Anti Mafia Française » compile en fait, dans la vidéo, deux séquences initialement filmées et mises en ligne par le Collectif des transports sanitaires du Grand Est, à l’origine de cette opération escargot.

Le 25 octobre, à partir de 7 heures du matin, près de 80 véhicules ont en effet ralenti la circulation sur les autoroutes A4 et A45, aux abords de Strasbourg – avant d’achever leur parcours en stationnant devant la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) du Bas-Rhin.

Ces ambulanciers privés espéraient ainsi faire entendre des revendications spécifiques à leur profession, comme l’explique à 20 Minutes Lahcen Boubrik, membre du Collectif des transports sanitaires du Grand Est : « Le blocage concernait l’article 80 de la loi de sécurité sociale, dont on demande l’abrogation ». Entrée en vigueur le 1er octobre, cette disposition inquiète particulièrement les petites et moyennes structures du secteur, qui constituent l’essentiel du collectif.

« Le budget qui était alloué par la CPAM aux transports sanitaires [pour certaine courses] est désormais géré par les hôpitaux et cliniques, qui vont faire des appels d’offre. Concrètement, pour espérer obtenir des contrats, nous devrons proposer des offres moins chères pour autant de travail fourni. C’est également une dégradation des conditions de transport pour les patients » dénonce Lahcen Boubrik, alors que cet article a également entraîné des mobilisations d’ambulanciers privés dans d’autres régions de France.

« Rien à voir avec le blocage du 17 novembre »

Les ralentissements provoqués par ces professionnels du secteur ne visaient donc nullement à offrir un « avant-goût de blocus » , comme le confirme Lahcen Boubrik : « Cette opération escargot n’avait rien à voir avec le blocage du 17 novembre. La hausse du carburant rentre indirectement en compte dans notre travail car elle a un impact, mais on ne manifestait pas pour cette raison. »

Le membre du collectif, qui n’était pas au courant de cette reprise par la page « Anti Mafia Française », déplore la confusion entourant désormais l’action du 25 octobre chez certaines personnes : « Enormément de gens pensent qu’on a manifesté contre la hausse du carburant, et on nous demande de participer au blocage du 17 novembre ».

« Anti Mafia Française » inverse en outre l’ordre des deux séquences dans son montage, puisque la première a en fait été publiée au début du rassemblement, à 7h17 (alors qu’il faisait encore nuit), et la seconde un peu plus d’une heure plus tard, à l’« arrivée du cortège sur Strasbourg ».

Lahcen Boubrik conclut : « On pourra peut-être faire partie [du blocage], mais avec nos véhicules personnels, pas professionnels. Et notre objectif principal reste le mouvement de mobilisation contre l’article 80 : c’est pour ça qu’on prévoit un rassemblement national à Paris, le 5 novembre ». Une initiative là encore bien distincte de la grogne contre le prix des carburants.

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