Bébés nés sans bras: La procédure de licenciement engagée à l'encontre de la lanceuse d'alerte a été suspendue

SANTE La directrice du Remera, qui a révélé à la rentrée l’affaire des bébés nés sans bras dans l’Ain, avait reçu vendredi sa lettre préalable au licenciement…

Elisa Frisullo

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Illustration d'un bébé.
Illustration d'un bébé. — michelmondadori / Pixabay
  • Emmanuelle Amar et les cinq autres salariés du réseau des malformations, basé à Lyon, ont reçu vendredi leur lettre préalable au licenciement.
  • Enième rebondissement ce lundi : le licenciement, engagé par les Hospices civils de Lyon, est suspendu.

En fin de semaine encore, l’avenir du réseau de malformations en Rhône-Alpes et des six personnels semblait compromis. Mais ce lundi, un énième rebondissement est venu redonner de l’espoir aux scientifiques du Remera, le réseau à l’origine de la médiatisation des multiples cas de bébés nés sans bras dans l’Ain.

Après avoir reçu vendredi sa lettre préalable au licenciement, Emmanuelle Amar, la directrice du Remera, basé à Lyon, a finalement appris ce 29 octobre que la procédure était suspendue. « En l’état actuel de ce dossier, je vous informe que la procédure de licenciement vous concernant est suspendue », a indiqué ce lundi dans un mail adressé à la scientifique la direction du personnel des Hospices civils de Lyon. Les cinq autres personnes travaillant avec elle ont reçu un émail similaire.

Les investigations relancées par le gouvernement

Ce nouveau rebondissement intervient une semaine après que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé la reprise des investigations dans l’affaire des bébés nés sans bras qui alimente l’actualité depuis plusieurs semaines. « On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable », avait notamment indiqué la ministre le 21 octobre. Agnès Buzyn avait alors assuré qu’il était « hors de question d’arrêter la subvention des registres », y compris du Remera, menacé de fermeture en raison de l’arrêt de plusieurs subventions.

En dehors des cas groupés d’enfants nés sans bras dans l’Ain, entre 2009 et 2014, d’autres foyers ont été observés en Loire Atlantique (3 naissances entre 2007 et 2008) et en Bretagne (4 naissances entre 2011 et 2013), à chaque fois dans un périmètre restreint. Dans une première enquête, l’agence sanitaire Santé publique France a conclu que le nombre de cas de l’Ain n’était pas statistiquement supérieur à la moyenne nationale. A l’inverse, un excès de cas en Loire-Atlantique et en Bretagne a bien été observée, selon l’agence, mais sans cause identifiée.

Lors de la publication de ce rapport, la directrice du Remera avait vivement critiqué les conclusions de Santé publique France, s’attirant les foudres de certains scientifiques et le soutien de plusieurs médecins et élus écologistes.

Quel avenir pour le Remera ?

A la suite de la suspension des licenciements, le Remera est-il réellement hors de danger ? «On ne sait pas, nous sommes suspendus», ironise auprès de 20 Minutes Emmanuelle Amar. Dans le mail adressé ce lundi, les HCL indiquent seulement aux salariés du réseau qu’ils « seront informés ultérieurement des suites qui seront données à cette procédure ». Le CHU de Lyon, qui avance chaque mois les salaires versés au Remera, avait été contraint d’engager cette procédure, en raison d’une baisse notable des subventions accordées au Remera.

La région Auvergne Rhône-Alpes et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ont retiré leur financement. Et les fonds de Santé publique France et de l’Agence du médicament (ANSM), soit 115.000 euros par an, ne suffisent pas à prendre en charge les frais de fonctionnement du réseau, fixés à 250.000 euros par an selon Emmanuelle Amar. Un temps évoqué pour pallier le retrait de certains financements, l’augmentation de l’enveloppe accordée par Santé Publique, n’a, pour l’heure, pas été confirmée par les autorités.

«On attend aujourd'hui des engagements et que Santé publique prenne ses responsabilités. Si elle est en charge de la surveillance des malformations et qu'elle nous délègue cette mission, ça ne doit plus être à nous de chercher des financements. Ce n'est pas notre métier», ajoute Emmanuelle Amar.