Marseille: «Ce n'est pas le shit qui a tué notre frère, ce sont les armes!», le coup de gueule de la famille d'Engin

FAITS DIVERS La famille d’Engin Gunes, victime collatérale d’un règlement de comptes, dénonce l’immobilisme de l’Etat face au trafic d’armes dans les quartiers Nord…

Mathilde Ceilles
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Une marche blanche pour les victimes collatérales des règlements de compte
Une marche blanche pour les victimes collatérales des règlements de compte — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • En mai dernier, Engin Gunes a été tué lors d’un règlement de comptes alors qu’il n’était pas visé, n’ayant aucun lien avec le narcobanditisme.
  • « Puisque l’Etat a laissé entrer ces armes dans ces quartiers, ils ont permis à certains de tuer », lance une des sœurs de la victime.
  • Selon la préfecture de police, depuis le début de l’année, 500 armes ont été saisies dans les Bouches-du-Rhône. Parmi elles se trouvent 257 armes de poing et 243 armes d’épaules, dont 16 kalachnikovs.

« Ce n’est pas le shit qui a tué mon frère. Ce sont les armes. » Les mots d’Asliahn, sœur d’Engin Gunes, claquent dans la petite salle du centre social du plan d’Aou, une cité des quartiers Nord. En mai dernier, ce jeune homme originaire de ce quartier de Marseille a été tué dans un règlement de comptes alors qu’il n’était pas visé, n’ayant aucun lien avec le narcobanditisme. Une marche blanche avait été organisée quelques jours plus tard, rassemblant des centaines de personnes.

Ce lundi, aidé notamment de Mohamed Bensaada du syndicat des quartiers populaires de Marseille, et proche de la France insoumise, la famille d’Engin Gunes a réuni une poignée de journalistes pour dénoncer ce qu’elle appelle la « comédie » de l’Etat et des politiques, dans la lutte contre le trafic d’armes dans les cités.

« Permis de tuer »

« Puisque l’Etat a laissé entrer ces armes dans ces quartiers, ils ont permis à certains de tuer, fulmine Asliahn. Même la police ne peut rien faire. Je demande alors à Monsieur Macron qu’on me rende mon frère ! » « Comment expliquer que, quand je suis à l’aéroport avec un paquet de cigarettes de trop, on m’arrête, et que ces armes rentrent dans ce pays ! », abonde Demet, une autre sœur d’Engin.

La famille d'Engin donnant une conférence de presse
La famille d'Engin donnant une conférence de presse - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Dans un appel cosigné par la famille et le collectif du plan d’Aou, Oya, la dernière sœur d’Engin, explique : « Nous voulons que des décisions soient prises et des moyens alloués à la lutte contre le trafic et la circulation d’armes dans nos quartiers. La sécurité est un droit inaliénable du citoyen et jusqu’à preuve du contraire, nos quartiers devraient bénéficier des mêmes droits et conditions d’existence que le reste du territoire. » « Nous sommes devenus des citoyens de seconde zone », déplore Asliahn.

« On sort les CRS »

« Nous voulons mettre cette question du trafic d’armes dans le débat public, affirme Mohamed Bensaada. Il faut que l’Etat réfléchisse sur la manière dont il dispatche les forces de l’ordre. Pourquoi perdre du temps sur le shit alors que subsiste le trafic d’armes ? Chaque fois qu’il y a un mort dans un règlement de comptes, on sort les CRS, ce qui n’a aucun impact sur les trafics illégaux. Pourquoi légaliser certaines substances et pas d’autres ? Pourquoi on dit avoir un service de renseignement très pointu, et on ne démantèle pas des trafics d’armes qui sont pourtant très lisibles ? On sait qu’il y a une dizaine de mecs à Marseille pour les kalachnikovs ! Les services de polices ne concentrent pas leurs efforts sur ces armes. »

Selon la préfecture de police, depuis le début de l’année, 500 armes ont été saisies dans les Bouches-du-Rhône. Parmi elles se trouvent 257 armes de poing et 243 armes d’épaules, dont 16 kalachnikovs. « Le trafic d’armes et le trafic de stupéfiants sont liés, les guerres de territoire étant liés aux stupéfiants », affirme la préfecture.

« Plus facile d’avoir une kalachnikov qu’un emploi »

La famille d’Engin Gunes demande à être reçue par le préfet pour évoquer cette question. « Nous nous sentons abandonnés par certains responsables politiques, à commencer par des responsables politiques locaux », affirme Oya. « Quand Gérard Collomb est venu à Marseille, où est-il allé ? Il n’est pas venu nous voir », regrette Demet. Entre deux cris de colère, Oya confie avoir le sentiment d’être considérée « comme dans une collectivité d’outre-mer, un territoire autonome, s’il y avait un rideau de fer imaginaire »

« C’est la misère qui permet à nos jeunes de dealer dans les réseaux », affirme Tony Rodriguez. Ce représentant des salariés d’un McDonald’s des quartiers Nord engagés actuellement dans un combat judiciaire contre un projet de cession est venu apporter son soutien à la famille d’Engin Gunes, en tant qu’habitant des quartiers Nord.

« Que fait l’Etat ? »

Selon lui, « il est plus facile aujourd’hui d’obtenir une kalachnikov dans les quartiers Nord qu’un emploi. Alors, c’est ça, leur perspective. Le McDonald’s de Saint-Barthélémy a permis de sauver beaucoup de jeunes qui “allaient au charbon” [vendre de la drogue], en train de guetter ou à la sacoche. Et que fait l’Etat ? A quel moment va-t-il se positionner ? »

Contacté, le préfet de police fait savoir, via son entourage, qu’il est tout à fait disposé à recevoir la famille dès lors que celle-ci en fera la demande par écrit ou par téléphone. Certains membres de la famille bénéficient d’un soutien psychologique après en avoir fait la demande auprès de l’Etat, affirme la préfecture de police.

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