Violence à l'école: «Faire venir les policiers en cas de crise, c'est normal, les installer à demeure dans les établissements, cela pose question»

VIOLENCES Le syndicat des chefs d'établissements préconise de miser sur la formation de personnels éducatifs et la prévention pour lutter contre la violence en milieu scolaire...

Laure Cometti

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Des élèves du lycée du Parc à Lyon,le 6 juillet 2018.Credit:KONRAD K./SIPA
Des élèves du lycée du Parc à Lyon,le 6 juillet 2018.Credit:KONRAD K./SIPA — SIPA

Après plusieurs incidents violents survenus dans des lycées depuis la rentrée, le gouvernement veut réagir. Ce vendredi, le ministre de l’Intérieur a fait quelques annonces, alors qu’un plan contre la violence à l’école sera présenté mardi en Conseil des ministres. Devant la presse, Christophe Castaner a déclaré  qu’il « n’exclu (ai) t pas la présence physique des forces de l’ordre » dans les établissements. Cette présence pourrait être décidée « à des moments de tension particulière dans la journée » et « évidemment avec l’accord du chef d’établissement », a-t-il précisé.

Cette annonce a fait beaucoup réagir dans le milieu éducatif. Les syndicats d’enseignants et les associations de parents d’élèves sont plutôt dubitatifs sur la présence de policiers dans les lycées et collèges, à l’instar des chefs d’établissements. 20 Minutes a interrogé Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN) et proviseur au lycée Paul-Éluard, qui a récemment connu des intrusions et des épisodes de violences.

Des policiers dans les établissements, est-ce une bonne solution pour lutter contre la violence en milieu scolaire ?

Ce n’est pas la première fois que c’est proposé. En 2008, Nicolas Sarkozy avait émis l’hypothèse d’avoir un bureau avec des référents de la police dans les établissements. À l’époque, notre syndicat était déjà sceptique. Depuis, on a connu de nombreux plans sécurité. Donc il faut se méfier des effets d’annonces. D’autant que cette mesure est encore floue. Des policiers dans les établissements, pour quoi faire ? Où ? Quand ?

Dans l’idéal, il faut des personnels éducatifs formés, mais pas de policiers. Cela ne veut pas dire que la police n’intervient pas quand c’est nécessaire, elle le fait déjà. Et le lien existe déjà, par exemple des protocoles d’intervention sont élaborés en concertation avec la police.

La présence de policiers dans des lycées ou collèges pourrait-elle poser problème ?

C’est une expérience que nous n’avons pas du tout et cela risque de poser un certain nombre de difficultés.

Des policiers sont parfois déployés devant des établissements. Avec quelle efficacité ?

Oui, nous l’avons vécu récemment au lycée Paul-Eluard. Quand il y a des difficultés particulières, il peut y avoir une présence policière aux heures d’entrée et de sortie de cours. C’est décidé en concertation entre la direction de l’établissement et le commissaire de police.

Cette présence policière devant le lycée rassure les usagers, les familles, les élèves, les personnels, elle amène un certain réconfort et permet de rendre la zone plus sûre quand c’est nécessaire. Mais elle ne résout pas les soucis du quartier.

De quels autres outils disposez-vous en cas d’incident dans votre établissement ?

Il y a dans l’académie de Créteil des équipes mobiles de sécurité qui dépendent du rectorat. Il s’agit d’un groupe de 4,5 professionnels, qui interviennent en cas de situation complexe, à la demande chef établissement. Ils agissent sur la sécurisation, sont en charge de la vigilance du parvis, de l’intérieur de l’établissement. Comme il s’agit de personnels de l’Education nationale, ils n’ont pas le statut de policiers en uniformes. Dans mon lycée, l’équipe a été présente durant quatre semaines depuis la rentrée, après les intrusions. Cela a bien fonctionné. Leur travail est souvent apprécié par les équipes de direction et le personnel. A mon avis, c’est une idée plus intéressante, et qui pourrait faire davantage consensus, que le déploiement de policiers dans les établissements.

La proposition de Christophe Castaner risque-t-elle de crisper le milieu éducatif ?

Oui. Qu’on fasse venir des policiers s’il y a une crise, c’est normal, cela se fait déjà. Mais les installer à demeure dans les établissements, cela pose question. Il faut éviter le 25e plan violence, nous attendons autre chose qu’une annonce, il faut des propositions concrètes, et il serait bon de mettre les syndicats autour d’une table pour en parler, ce qui n’a pas du tout été fait.

Quelles autres solutions préconisez-vous ?

Il n’y a pas de solution miracle. Nous devons développer des personnels ressources capables de conseiller et de guider les directions d’établissement. Il faut aussi développer des actions de prévention des conduites déviantes, en ciblant les réseaux sociaux, dont le rôle est problématique. Il serait aussi plus efficace qu’au sein d’un territoire, tous les acteurs parviennent à travailler ensemble : l’aide sociale à l’enfance, le réseau associatif, l’Education nationale… Aujourd’hui chacun travaille en tuyau d’orgue, on ne se parle pas assez.