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ENQUETELa gendarme Myriam Sakhri ne «s'est pas suicidée» selon sa famille

Lyon: «Myriam ne s'est pas suicidée», sept ans après, la famille de la gendarme demande la réouverture de l'enquête

ENQUETESes proches ont manifesté ce mercredi devant le palais de justice pour réclamer la restitution des scellés et l'ouverture de nouvelles investigations...
Les proches de la gendarme Myriam Sakhri ont manifesté le 24 octobre devant le palais de justice de Lyon.
Les proches de la gendarme Myriam Sakhri ont manifesté le 24 octobre devant le palais de justice de Lyon.  - C. Girardon / 20 Minutes / 20 Minutes
Caroline Girardon

Caroline Girardon

L'essentiel

  • Le corps de la gendarme Myriam Sakhri avait été retrouvé sans vie le 24 septembre 2011.
  • La gendarmerie avait conclu à un suicide ; une thèse contestée par les proches de la jeune femme. Persuadés qu’elle a été éliminée, ils demandent la réouverture d’une enquête.
  • La gendarme était en guerre contre sa hiérarchie et avait dénoncé un harcèlement moral et raciste dont elle affirmait être la cible.

L’enquête avait conclu à un suicide. Mais la famille et les proches de Myriam Sakhri n’en croient pas un mot. Sept ans après le drame, ils se sont réunis devant le palais de justice de Lyon ce mercredi après-midi pour demander en priorité que les scellés leur soient restitués. Et que le dossier soit rouvert, exhortant pour cela les collègues de la jeune femme à « briser la loi du silence ».

Le 24 septembre 2011, le corps sans vie de la gendarme, avait été retrouvé à la caserne Delfosse. Une balle dans le foie. Un suicide selon l’IGGN, affirmant que la jeune femme avait retourné son arme de service contre elle. Mais cette version officielle ne colle pas pour l’entourage de la victime.

« Elle disait qu’elle ne se laisserait pas faire »

« Quelques minutes avant sa mort, on avait eu une longue conversation téléphonique. Elle disait qu’elle ne se laisserait pas faire, qu’elle ne démissionnerait pas et qu’elle avait du lourd », rappelle Gérard Piégay, son beau-frère. Elle avait d’ailleurs contacté l’Association de défense des droits des militaires pour se plaindre de sa « souffrance au travail ». Deux jours avant, elle s’était aussi renseignée auprès d’un avocat lyonnais en vue de déposer plainte pour harcèlement moral.

La militaire de 32 ans était ouvertement en guerre contre sa hiérarchie, depuis qu’elle avait dénoncé le comportement raciste de ses certains de ses collègues. « Un soir, elle les avait entendus raccrocher au nez d’une personne en lui disant de rappeler quand elle parlerait mieux français. Elle était également indignée par les mots "bougnoules" ou "youpins" qu’elle entendait régulièrement », témoigne Hassina, sa sœur. « Didi », comme on la surnommait, ne supportait pas l’injustice.

Tournée vers les autres

« Myriam s’était engagée dans la gendarmerie pour aider les autres, pas pour le côté répressif », ajoute sa sœur. Celle qui servait la soupe populaire aux sans-abri, hébergeait parfois des jeunes sans logement ou organisait des collectes après le tremblement de terre de Taïhiti, avait donc décidé d’alerter sa hiérarchie. Mais se serait heurtée à un mur, et à des intimidations.

« On lui disait qu’elle parlait trop ou qu’il fallait qu’elle arrête sinon, elle allait avoir de gros problèmes », complète son beau-frère, « convaincu que sa disparition est liée à son origine ». « Elle a ensuite subi du harcèlement et a été mise à l’écart. Ses collègues qui avaient promis de la soutenir, se sont tus », poursuit-il. Sept ans plus tard, Jean-Christophe Basson-Larbi, l’avocat de la famille les exhorte à parler.

« Leurs témoignages sont primordiaux pour rouvrir l’instruction. On espère qu’ils permettront au procureur de rouvrir l’enquête » (la plainte déposée par la famille avait abouti à un non-lieu), assure-t-il, persuadé que la précédente enquête « a été viciée dès le départ ».

Un dossier qui comporte de nombreuses zones d’ombre

« Il y a beaucoup de contradictions. 200 gendarmes habitent dans cette caserne où les cloisons des logements sont en carton, et personne n’a entendu de détonation. Certains ont affirmé qu’ils avaient entendu un bruit semblable à une porte qui claque mais de qui se moque-t-on ? », s’interroge l’avocat. Autre zone d’ombre : la trajectoire descendante de la balle. « Or Myriam a été retrouvée assise dans son canapé », souligne-t-il.

« Le nom d’un mis en cause a été retrouvé sur un bout de papier à côté de la victime. Mais cette personne, qu’elle soit indirectement ou directement liée au décès, n’a jamais été entendue, et n’a pas eu le statut de témoin assisté », ajoute-t-il. Et de conclure : « On a eu un simulacre d’investigation ».

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