Alsace: Un «vivier d'enseignants pas suffisant» pour la langue régionale, selon Bruno Studer, le député qui a pris l'accent à l'Assemblée

EDUCATION Après avoir forcé l'accent alsacien au Parlement pour interpeller le ministre de l'Education, le député du Bas-Rhin Bruno Studer revient pour «20 Minutes» sur un rapport qu'il vient de remettre sur la langue régionale...

Propos recueillis par Bruno Poussard

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Le député du Bas-Rhin Bruno Studer (à droite) aux côtés du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer.
Le député du Bas-Rhin Bruno Studer (à droite) aux côtés du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer. — N. Messyaz / Sipa.
  • Ce mardi, le député Bruno Studer a été mis en avant après avoir forcé l’accent alsacien au Parlement en interpellant le ministre de l’Education.
  • Récemment, l’élu du Bas-Rhin a justement remis un rapport sur l’apprentissage en Alsace de la langue régionale à l’école qu’il détaille à 20 Minutes.

Le fond de sa question est presque passée inaperçue. Mis en avant pour avoir forcé l’accent alsacien à l’Assemblée (afin de dénoncer la glottophobie après la sortie de  de Jean-Luc Mélenchon face à une journaliste à l’accent du Sud-Ouest), Bruno Studer interrogeait à cet instant le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer : « Quelle est votre stratégie pour l’enseignement des langues vivantes ? »

S’il a insisté sur les « grands progrès » possibles, c’est que le député LREM de la troisième circonscription du Bas-Rhin a  remis un rapport pour améliorer l’apprentissage en Alsace de la langue régionale à l’école (qui n’est autre que l’allemand, une langue également étrangère). Après une consultation auprès des acteurs impliqués en début d’année, Bruno Studer revient sur ses conclusions pour 20 Minutes.

Dans l’état des lieux, la perte d’élèves bilingues au fil des ans depuis leurs débuts en maternelle interpelle. Est-ce votre premier constat ?

C’en est un parmi d’autres. Oui, il y a une très forte déperdition, notamment lors du passage du primaire au secondaire. On a des hypothèses, mais on ne sait pas précisément pourquoi. Il faut plus d’évaluations par la science pour avancer de façon claire. Par exemple, des expérimentations sont menées et semblent fonctionner mais ne sont pas évaluées.

Est-ce parce que l’objectif fixé pour 2030 de 50 % des élèves de maternelle (contre 16,1 % aujourd’hui) en bilingue paraît inatteignable ?

Au rythme d’ouverture de classes où on va [24 en 2018 dans le Bas-Rhin par exemple], avec la difficulté à recruter des enseignants qu’on a, ça semble difficile. Mais au-delà de l’étude quantitative, il y a l’étude qualitative : comment les élèves progressent-ils ? Et sont-ils tous concernés ? Je veux aussi continuer à travailler sur la question de mixité sociale.

Le recrutement compliqué de professeurs est-il le principal frein au développement du bilinguisme à l’école en Alsace, à vos yeux ?

Devant la stratégie d’enseignement choisie [12h en français, 12h en allemand, dans toutes les matières], oui. Le niveau du recrutement au concours est faible mais tous les postes ne sont pas pourvus. Le vivier n’est pas suffisant en Alsace. […] J’assume aussi qu’à Strasbourg, on ne doit pas s’interdire d’aller chercher des enseignants de Pologne ou de République Tchèque. Mais la solution à long terme, c’est un meilleur recrutement en amont. Et pourquoi ne pas commencer l’enseignement bilingue en moyenne ou grande section, ça pourrait libérer des postes. Ce sont des pistes à évaluer.

Au niveau national, vos préconisations peuvent-elles être utiles à d’autres régions ?

L’Alsace a une vraie particularité [que sa langue régionale à l’école soit aussi une langue étrangère]. Par contre, il faut renforcer les échanges entre les académies concernées par les langues régionales. L’enseignement des langues est un vrai enjeu.

Quelle sera la suite, après la remise de votre rapport au ministre de l’Education ?

Des associations [locales] ont fait des contrepropositions. Ce n’est que le début. Je suivrai avec attention la façon dont les préconisations pourraient être intégrées ou non à la prochaine convention [sur la politique plurilingue en Alsace, en renégociation jusqu’à fin 2018]. Puis les langues vivantes sont une priorité de Jean-Michel Blanquer. Elles feront partie d’un projet de loi « pour une école de la confiance ». J’ai d’ailleurs rendez-vous avec lui.