Rapports sexuels forcés: «Cette hausse montre surtout que les violences sexuelles sont plus déclarées»

INTERVIEW Nathalie Lydié, responsable de l’unité santé sexuelle à Santé Publique France, revient sur les résultats d'une étude sur la sexualité dévoilés ce mardi...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal
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Harcèlement sexuel, agressions, les femmes réagissent avec le hashtag #Metoo
Harcèlement sexuel, agressions, les femmes réagissent avec le hashtag #Metoo — pixabay

C’est une grande enquête sur la sexualité réalisée avant l’avènement des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc. Santé Publique France a dévoilé mardi les résultats de son « Baromètre santé 2016, genre et sexualité, d’une décennie à l’autre »*. La libération de la parole y est en particulier beaucoup plus perceptible chez les femmes que dix ans auparavant lors de la précédente enquête. 20 Minutes a interrogé Nathalie Lydié, responsable de l’unité santé sexuelle à Santé Publique France sur les résultats de cette étude.

L’étude montre que l’âge du premier rapport sexuel s’est stabilisé au cours de la dernière décennie. Existe-t-il toujours des différences entre les hommes et les femmes ?

Le premier rapport sexuel se fait aujourd’hui à 17,6 ans pour les filles et 17,0 ans pour les garçons. On voit une stabilisation de l’âge médian au premier rapport au cours des dix dernières années. Il reste une différence de 6 mois entre les garçons et les filles, mais l’écart s’est réduit entre les générations. En 1968, il y avait un peu plus d’un an d’écart entre les deux sexes. Enfin, les filles continuent d’avoir leur premier rapport sexuel avec des garçons plus âgés d’au moins deux ans (la moitié d’entre elles pour un cinquième des hommes).

Existe-t-il une différence sur les motivations de cette première fois ?

Sur le motif principal, on retrouve des réponses très genrées, avec un registre affectif prédominant chez les femmes (amour/tendresse pour 53,6 % contre 25,9 % pour les hommes) et un discours plus viriliste chez les hommes, qui évoquent le désir (47 % contre 25,8 % des femmes), la curiosité, ou le besoin de franchir une étape.

Sur cette première fois, qu’avez-vous appris autour de la question du consentement ?

10,7 % des femmes disent avoir accepté mais pas vraiment souhaité leur premier rapport (pour 6,9 % des hommes) et 1,7 % des femmes disent avoir été forcées de le faire (pour 0,3 % des hommes). Cette distinction montre qu’on peut consentir sans vraiment le vouloir. C’est cette nuance qu’on a essayé de travailler dans le cas de la campagne, en disant : « Oui, j’ai consenti, mais je ne suis pas certaine de l’avoir voulu ».

Plus généralement, parmi les 18-69 ans, 18,9 % des femmes (et 5,4 % des hommes) déclarent avoir déjà été confrontées à des tentatives ou à des rapports sexuels forcés (contre 15,9 % en 2006). Est-ce à dire qu’il y a eu une augmentation ?

Un certain nombre d’indicateurs montrent que le nombre d’actes n’a probablement pas augmenté. Cette évolution montre surtout que les violences sexuelles sont plus déclarées. Il y a eu une libération de la parole car la reconnaissance sociale de cette violence a augmenté. Les victimes se sentent davantage légitimes d’en parler, ce qui était moins le cas lors de la précédente enquête.

L’apparition des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc coïncide donc avec une évolution de la société ?

On note depuis dix ans une évolution significative mais entre 2000 et 2006, il y avait déjà eu un doublement des déclarations de violences sexuelles. Les études sur l’âge du premier rapport sexuel avaient ainsi montré que Mai 68 avait été l’aboutissement d’une évolution des mentalités. On retrouve ici un peu le même phénomène : #MeToo vient acter une évolution dans la reconnaissance des violences et la libération de la parole. On a beaucoup parlé de point de départ pour la libération de la parole des femmes mais on remarque que ces mouvements accompagnent finalement des évolutions déjà en cours. Il sera d’ailleurs intéressant de voir les résultats de la prochaine enquête pour voir l’influence de ces mouvements.

8 % des jeunes filles de 15-17 ans ont déjà été confrontées à des rapports sexuels forcés ou à des tentatives de rapport forcés, contre 1 % des jeunes hommes. Comment l’expliquer ?

Les femmes sont davantage victimes de violences sexuelles mais il ne faut pas sous-estimer les hommes confrontés à ce type de situation. Une des difficultés pour nous a été de trouver des hommes qui acceptent de témoigner. On s’est rendu compte qu’il était plus difficile encore pour un homme de reconnaître qu’il avait eu un rapport contre sa volonté, car cela ne correspondrait pas à l’image qu’ils se font de la masculinité, comme on le voit aussi dans les affaires de violences conjugales.

*Cette étude a été réalisée par téléphone en 2016 auprès d’un échantillon représentatif de plus de 15.000 personnes âgées de 15 à 75 ans.