Strasbourg: Les bouchers et charcutiers veulent que l'Etat interdise les manifestations antispécistes devant leurs commerces

VIANDE La fédération des bouchers-charcutiers-traiteurs d'Alsace réagit aux quelques actions antispécistes dans la région...

Alexia Ighirri

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Boucherie (illustration)
Boucherie (illustration) — Free-photos / Pixabay
  • S’il a beaucoup été question de ces actions antispécistes devant les boucheries du Nord, l’Alsace a noté quatre ou cinq cas, principalement des campagnes d’affichage, depuis cet été.
  • Un chiffre suffisant pour la Fédération des bouchers-charcutiers-traiteurs de la région qui a demandé aux préfectures d’interdire les rassemblements devant les commerces.
  • Les militants de 269 Life France et de L214 insistent sur l’aspect pacifique de leurs rassemblements. 

Cible annoncée d’une manifestation antispéciste en août à Strasbourg, la charcuterie Porcus avait baissé le rideau pour éviter le face-à-face avec les militants vegan, qui mettent les animaux et les êtres humains sur un pied d’égalité.

Depuis, des affiches « stop spécisme » avec, entre autres, l’image d’un boucher au tablier ensanglanté, ont été collées aux vitres de l’enseigne, comme sur d’autres commerces de bouche du quartier. A Sélestat aussi, un militant s'est posté devant la boucherie Jaegli, dont le patron raconte avoir dû faire appel aux forces de l’ordre pour le déloger.

Un appel aux préfectures

S’il a beaucoup été question de ces actions devant les boucheries du Nord, l’Alsace a noté quatre ou cinq cas, principalement des campagnes d’affichage, depuis cet été. Un chiffre suffisant pour la Fédération des bouchers-charcutiers-traiteurs de la région qui, aux côtés des corporations du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, a demandé aux préfectures d’interdire les rassemblements devant les commerces. « Il ne faut pas attendre qu’il y ait un gros souci pour réagir », lance Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la fédération, sommant l’Etat de « prendre ses responsabilités ».

Strasbourg: La fédération des bouchers charcutiers traiteurs d'Alsace dénoncent les actions et campagnes d'affichage des associations antispécistes.
Strasbourg: La fédération des bouchers charcutiers traiteurs d'Alsace dénoncent les actions et campagnes d'affichage des associations antispécistes. - A. Ighirri / 20 Minutes

S’ils disent respecter tous les modes de consommation, ils « ne supportent pas d’être stigmatisés ». Ils ressentent surtout « un sentiment d’abandon du pouvoir public » face aux manifestations antispécistes. « On demande à ne pas les autoriser devant nos boucheries. Ils peuvent les faire ailleurs. Parce qu’on a jamais été aussi près d’un débordement voire d’un drame », estime Jean-Luc Hoffmann, président de la corporation du Bas-Rhin. Olivier Klein, directeur des établissements Porcus et Maison Klein, renchérit : « Je suis dans une démarche de tolérance, mais ils n’ont pas à dégrader notre image. Je ne comprends pas pourquoi les pouvoirs publics tolèrent cela ».

« Ils peuvent venir discuter »

Aux actions devant les enseignes, le Strasbourgeois préfère le dialogue avec les militants vegan même s’il sait que chaque camp campera probablement sur ses positions : « Les responsables des associations peuvent venir discuter, éprouver leurs arguments mais avec nos réponses. On a sans doute des choses à apprendre d’eux, mais il faut qu’ils les formulent autrement ».

Qu'en disent les assos en question ? « Je peux en parler au comité, mais je ne sais pas si ça servirait à grand-chose : on est tellement à l’opposé... », réagit Chloé Ka, porte-parole pour 269 Life France. Son homologue de L214 à Strasbourg assure que « le dialogue est déjà présent dans notre association puisqu’on informe le citoyen et on propose des alternatives. Avec la fédération, le dialogue peut paraître compliqué. Mais leur métier va devoir évoluer à l’avenir, parce qu'on devra manger moins de viande, alors s’ils veulent discuter de comment évoluer, pourquoi pas ».

Toutefois, les deux militants interrogent chacun leur tour : « Qui sont vraiment les victimes ? De quel côté est la violence ? ». Et insistent sur l’aspect pacifique de leurs rassemblements : « On est contre les dégradations et l’affichage sur les boucheries ». Chloé Ka poursuit : « Il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler. Et puis les enseignes victimes de bris de glace, c’est 0,1 % des boucheries en France… Tout ce battage pour ce chiffre. Nous on est là pour faire levier, pour déranger, faire culpabiliser ». Leur mobilisation continue donc : le 27 octobre sur la place Kléber de Strasbourg pour L214, le 3 novembre sur la place de la Victoire à Sélestat pour 269 Life France… non loin de la boucherie Jaegli.