Interdiction du port du niqab: La France «condamnée» par un groupe d'experts de l'ONU

DROITS DE L'HOMME Cette décision va à l’encontre de celle de la Cour européenne des droits de l’homme qui avait validé à deux reprises l’interdiction du niqab ou de la burka en France et en Belgique…

20 Minutes avec AFP

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Deux femmes en niqab lors d'un rassemblement à Copenhague, le 1er août 2018.
Deux femmes en niqab lors d'un rassemblement à Copenhague, le 1er août 2018. — Mads Claus Rasmussen/AP/SIPA

Droits bafoués ? Un groupe d’experts indépendants de l’ONU, qui n’a aucun pouvoir de contrainte, a « condamné » ce mardi la France pour avoir verbalisé deux femmes qui portaient le voile islamique intégral. Le groupe demande Paris de « compenser » les plaignantes et de réviser sa loi.

Ce Comité de 18 experts, qui dépend du Haut-Commissariat pour les droits de l’homme de l’ONU, avait été saisi en 2016 par deux Françaises de confession musulmane condamnées à une amende pour le port en public du niqab, le voile islamique intégral avec seulement une ouverture pour les yeux. Une loi, adoptée par le Parlement français en 2010, interdit tout vêtement dissimulant le visage dans l’espace public sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 150 euros.

Une mesure « trop radicale »

Dans un communiqué de presse, le Comité a jugé que « l’interdiction du niqab viole la liberté de religion [et] les droits humains » de ces deux musulmanes. « Le Comité reconnaît que les Etats peuvent exiger des individus qu’ils découvrent leur visage dans des circonstances spécifiques dans le cadre de contrôles d’identité, mais il a été d’avis que l’interdiction généralisée du niqab était une mesure trop radicale », poursuit le communiqué.

Le président du Comité, l’Israélien Yuval Shany, a souligné qu’il considérait personnellement, comme « nombre » des 17 autres experts, que le niqab était « une forme d’oppression contre les femmes ». Mais il juge qu’une « interdiction généralisée à caractère pénal ne permet pas d’assurer un équilibre raisonnable entre l’intérêt général et les libertés individuelles ».

Validée par la Cour européenne des droits de l’homme

Le Comité a en outre reproché à cette loi de « marginaliser » ces femmes « en les confinant chez elles et en leur fermant l’accès aux services publics ». Il demande en conclusion à la France de lui envoyer un « rapport de suivi » dans un délai de 180 jours sur les mesures prises pour « compenser les plaignantes » et « éviter que des cas similaires se reproduisent à l’avenir, y compris en révisant la loi incriminée ».

Contrairement aux conclusions de ce Comité, la Cour européenne des droits de l’homme a, elle, validé à deux reprises, en 2014 et en 2017, l’interdiction du niqab ou de la burka en France et en Belgique. Le Danemark et l’Autriche ont également adopté une législation similaire.