Emmanuel Macron a-t-il «insulté les mères de famille nombreuse» lors d’un discours?

FAKE OFF Une phrase prononcée par Emmanuel Macron lors d'un discours à New York, fin septembre, lui vaut aujourd'hui d'être accusé d'avoir « insulté les mères de famille nombreuse »...

Alexis Orsini

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — M.Libert/20 Minutes
  • Réunies par le hashtag #PostcardsforMacron, de nombreuses internautes s'insurgent contre une déclaration d'Emmanuel Macron, qu'elles jugent insultante pour les mères de famille nombreuse. 
  • Le 26 septembre, à New York, il a déclaré : « Merci de me faire rencontrer une femme, bien instruite, qui a décidé d’avoir 7, 8 ou 9 enfants. »
  • Mais son discours portait sur un cas propre, selon lui, aux femmes du continent africain... et il précisait bien, juste après, n'avoir « aucun problème » avec les mères de famille nombreuse. 

Près d’un mois après son déplacement à New York, à l’occasion de la 73e assemblée générale des Nations Unies, Emmanuel Macron suscite l’indignation d’une frange spécifique d’internautes : des femmes ayant conjugué études universitaires et famille nombreuse.

En cause ? Une phrase prononcée lors d’un discours, le 26 septembre. Le site Salon Beige, dont les auteurs se présentent comme « des laïcs catholiques, dans la tranche d’âges 30-50 ans », affirme ainsi : « Dans une intervention en marge de l’Assemblée générale à l’ONU, fin septembre, Emmanuel Macron déclare : "S’il vous plaît, présentez-moi une femme qui a décidé, tout en étant instruite, d’avoir 7, 8, 9 enfants." Les mères de familles nombreuses sont des idiotes. CQFD. » « A contrario, ceux qui n’ont pas d’enfant doivent être très intelligents, comme Monsieur Macron. Les mamans qui voudraient se présenter à Emmanuel Macron peuvent lui écrire au 55 rue du Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris » poursuit le texte.

Relayé par Marine Le Pen

Ce mouvement d’indignation prend depuis de l’ampleur sous la forme du hashtag #PostcardsforMacron (« Des cartes postales pour Macron »), utilisé par des femmes indignées qui témoignent ainsi de leur niveau d’étude sur fond d’une photo de leur famille (nombreuse). La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a pour sa part relayé un article de RT sur le sujet, dénonçant « une énormité par jour… »

Si Emmanuel Macron a bien prononcé cette phrase à New York, elle est aujourd’hui sortie de son contexte… et tronquée, puisqu’elle omet une précision importante apportée dans le même discours par le président français.

FAKE OFF

Le 26 septembre, Emmanuel Macron monte sur la scène de Goalkeepers 2018, un évènement organisé par la fondation Bill et Melinda Gates, qui vise à atteindre des objectifs de développement durable pour « rendre le monde meilleur » d’ici 2030 – et peut se targuer du soutien de personnalités de renom, comme Barack Obama.

Lors de son intervention en anglais – disponible en intégralité sur le site de l’Elysée comme sur Twitter –, consacrée au thème central de cette édition 2018 (l’impact de la jeunesse émergente sur le reste du monde), il mentionne les trois bases essentielles, selon lui, pour assurer un avenir prospère : la lutte contre le changement climatique, la santé et l’éducation.

« D’ici à 2030, plus de 600 millions d’enfants sont censés être scolarisés alors qu’ils ne disposent d’aucune solution aujourd’hui. Et 440 millions d’entre eux se trouvent en Afrique. […] L’éducation est primordiale » a-t-il ainsi affirmé (à partir de 6:59).

Emmanuel Macron poursuit ensuite son développement, jusqu’à la phrase aujourd’hui controversée : « Le problème le plus grave, en Afrique, en matière d’égalité, d’opportunités, de démographie, tient à l’éducation des femmes. 63 % des adultes sans instruction d’aujourd’hui sont des femmes. […] L’un des plus graves problèmes actuels en matière de démographie africaine, c’est qu’il ne s’agit pas d’une fertilité voulue. Je dis toujours : "Merci de me faire rencontrer une femme, bien instruite, qui a décidé d’avoir 7, 8 ou 9 enfants. Merci de me faire rencontrer une jeune fille qui a décidé de quitter l’école à 10 ans pour se marier à 12." Et il ne s’agit pas de donner des leçons aux Africains depuis New York. C’est une connerie d’affirmer ça ! »

« Je n’ai aucun problème avec une femme qui a 7 ou 8 enfants »

Or, outre le fait que le président français fait ici référence à une situation de « fertilité [non] voulue » qui concerne particulièrement, selon lui, les femmes du continent africain, et donc nullement les mères de famille françaises, il ajoute quelques secondes plus tard : « Beaucoup de jeunes filles [en Afrique] ne reçoivent pas l’instruction nécessaire, car, dans ces pays, de facto (mais ici aussi), des gens ont décidé que les droits de ces jeunes filles n’étaient pas les mêmes que ceux des jeunes hommes. Ce qui est inacceptable. Je n’ai aucun problème avec une femme qui a 7 ou 8 enfants, si ça relève de son choix, après avoir été instruite. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. »

Une précision d’importance, omise dans l’article du Salon Beige, alors qu’elle figure clairement dans l’extrait vidéo du Guardian associé. Le site a depuis mis en avant le mouvement de protestation « #PostcardsforMacron », initié par des mères américaines de famille nombreuse, à base de témoignages comme : « Je suis diplômée de Stanford, ingénieure électricienne, et mère de 11 enfants. »

Catherine R. Pakaluk, professeure dans une université catholique américaine, tente en parallèle de mobiliser le maximum de monde : « Peut-on réussir à faire décoller [ce hashtag] en Afrique ? Inondons Macron de belles cartes postales de femmes instruites, aux grandes familles nées de leur propre choix. »

Le hashtag a par ailleurs bénéficié d’un relais important auprès de la communauté catholique du monde entier grâce aux articles de deux sites anglophones influents, The Catholic World Report et la Catholic News Agency. Et il est désormais repris par des mères de famille française diplômées, après avoir été mentionné sur Twitter ce matin par Valérie Boyer, députée Les Républicains (LR) des Bouches-du-Rhône et ancienne porte-parole de François Fillon.

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