Aude: Non, les inondations n’ont pas été provoquées par l’ouverture de barrages

FAKE OFF Contrairement à ce qu'affirment des rumeurs, les inondations meurtrières qui ont frappé l'Aude ne sont pas dues à l'ouverture de barrages...

Alexis Orsini

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Trèbes, dans l'Aude, le 16 octobre 2018.
Trèbes, dans l'Aude, le 16 octobre 2018. — H. Ménal / 20 Minutes
  • Des internautes affirment que les inondations dans l'Aude ont pu être provoquées par l'ouverture de barrages locaux.
  • Ce type de rumeur ressurgit à chaque inondation d'ampleur, selon un hydrologue interrogé par 20 Minutes.
  • Elles n'ont toutefois rien de fondé, et font l'amalgame entre différents types de barrage, comme sur leur fonctionnement.

Alors que le bilan des inondations qui ont ravagé l’Aude, dans la nuit de dimanche à lundi, s’élève désormais à 14 morts, l’ampleur des dégâts suscite des interrogations aux accents parfois complotistes chez certains internautes.

« Pourquoi les digues ne fonctionnent pas ? Un barrage éclaté peut remplir les villes alentour, est-ce [le cas] ? […] » s’interroge ainsi une vidéo YouTube consacrée au sujet. A l’instar d’un commentaire publié sur la plateforme : « Je me demande si les écluses, barrages et autres [n’ont] pas la consigne de s’ouvrir pour éviter d’inonder les grandes villes ? Car à voir tous les petits villages qui ont pris jusqu’à 3 mètres d’eau je me pose la question….. Mais il [n’y] aura jamais de réponse concrète à cette question. »

Sur Twitter, on retrouve le même type de questionnement : « Quelqu’un a-t-il fait le rapprochement avec un ou des éventuels lâchers de barrage en amont ? »

FAKE OFF

Les dégâts humains et matériels importants causés par les inondations s’expliquent toutefois naturellement, comme le détaillent deux spécialistes à 20 Minutes. Jean-Marie Aversenq, directeur général des services du Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR), un syndicat de l’Aude visant à amoindrir les risques d’inondation, ne cache pas sa colère face à ce type de rumeur : « Je ne sais que répondre à ce genre de théorie complotiste… Non, il n’y a aucune consigne de gestion sur l’ouverture des barrages pour préserver les villes en inondant de préférence les villages. »

« La majorité des ouvrages [de l’Aude] sont dits "passifs" : ce sont des barrages écrêteurs de crue, qui se remplissent progressivement et amoindrissent les risques [d’inondation]. Ces ouvrages sont, pour la plupart, construits pour faire face à une crue centennale. Quand vous faites face à un épisode hors norme, […] comme c’est le cas avec les 300 mm d’eau qui sont tombés au mètre carré en 6 heures, toutes les infrastructures du monde ne pourront pas empêcher [des inondations] » poursuit-il.

Le caractère exceptionnel de l’évènement explique en effet l’inefficacité des dispositifs en place, comme le confirme Pierre Javelle, chercheur et hydrologue à l’Institut national de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture (IRSTEA) : « Les barrages écrêteurs de crue n’ont eu aucun impact, ils étaient transparents puisqu’ils se sont remplis très vite. Leur volume n’est pas conçu pour supporter de tels débits : s’ils n’avaient pas été là, ça n’aurait rien changé. »

A Trèbes dans l'Aude le 16 octobre 2018, au lendemain des inondations.
A Trèbes dans l'Aude le 16 octobre 2018, au lendemain des inondations. - H. Ménal / 20 Minutes

Différents types de barrage

L’origine des rumeurs sur un supposé « délestage » s’explique peut-être par un procédé utilisé… sur des digues bien spécifiques. « Il y a différents types de barrage, et il faut bien faire la distinction : certains sont conçus pour produire de l’hydroélectricité, d’autres pour la navigation… Ces derniers sont faits pour relever le niveau de l’eau et permettre de naviguer : leurs écluses sont abaissées avant la crue pour le sécuriser et revenir à un flux naturel, mais ça se passe avant et ça ne l’aggrave pas », explique Pierre Javelle.

Depuis quelques années, le chercheur s’est habitué à entendre ce genre de « rumeurs injustifiées » à chaque nouvelle crue d’ampleur, que ce soit lors des inondations de Cannes, en 2015, ou de Paris, en 2016. « L’éclatement » redouté d’un barrage dans l’Aude, comme l’avance la légende de la vidéo YouTube, ne fait pas exception à la règle.

« S’il s’agit d’un barrage EDF qui produit de l’hydroélectricité, il toucherait bien les villes alentour. Mais une crue ne va pas faire céder un barrage, l’exploitant fait tout pour que le barrage ne déborde pas, il dispose de moyens de faire baisser le niveau du réservoir. […] Il faudrait vraiment un tremblement de terre pour qu’il rompe et la probabilité est extrêmement faible. »

« 390 communes de l’Aude sont soumises au risque d’inondation »

Sans aller jusqu’à un tel scénario, le département reste malheureusement confronté aux catastrophes, comme le rappelle Jean-Marie Aversenq : « Sur les 436 communes de l’Aude, 390 sont soumises au risque d’inondation : on dispose donc d’un nombre d’infrastructures conséquent, de plans communaux de sauvegarde, et on met en œuvre des actions d’éducation à la population ».

L’Aude avait notamment connu des inondations aux conséquences dramatiques, il y a moins de 20 ans. « On entend beaucoup dire "on n’a jamais vu ça", mais c’est faux, on l’a vu notamment avec les crues de 1999, qui avaient fait une trentaine de morts. On a tendance à avoir la mémoire courte », conclut Pierre Javelle.

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