Chasse: Un cycliste tué samedi en Haute-Savoie, l’accident de trop?

CHASSE Quatre personnes sont décédées dans des accidents de chasse depuis le 1er juin. Dont un non-chasseur samedi en Haute-Savoie. Pour les opposants à la chasse, « une vraie réforme de la pratique », loin de celle que mène actuellement le gouvernement, s’impose…

Fabrice Pouliquen

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Un chasseur . (Photo illustration)
Un chasseur . (Photo illustration) — MAISONNEUVE/SIPA
  • Un cycliste a été mortellement atteint par le tir d’un chasseur, samedi, alors qu’il dévalait une pente sur la commune de Montriond en Haute-Savoie.
  • Sur ces 15 dernières années, l’Office national de la chasse et la faune sauvage comptabilise 150 accidents de chasse en moyenne par an. Si le nombre est en baisse ces dernières années, il n’y a pas une saison qui passe sans qu’il y ait de nouveaux tués.
  • Pour les associations anti-chasse, il est temps d’entreprendre une vraie « réforme de la chasse », mettant fin au principe du permis de chasse à vie et instaurant le dimanche comme journée sans chasse en France.

C’est un accident qui en rappelle d’autres. Il est survenu samedi sur le territoire de la commune de Montriond en Haute-Savoie. Alors qu’il dévalait une piste à la lisière d’un bois, un vététiste britannique a été mortellement atteint par le tir d’un chasseur de 22 ans qui participait à une battue. Madline Reynaud, directrice de l’ Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages), n’arrive pas à se dire surprise. « Il y a dix ans tout juste, en octobre 2008, abio Butali mourrait dans les mêmes conditions exactement », précise-t-elle. D’une balle dans le thorax tirée par un chasseur alors qu’il faisait du VTT en Ardèche, sur les hauteurs du village de Lagorce.

Quatre morts depuis le 1er juin « et novembre n’a pas commencé »

Il n’est pas besoin de remonter aussi loin pour trouver le dernier drame lié à la chasse en France. Depuis début juin, l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) comptabilise quatre accidents mortels liés à la chasse et 25 autres accidents ayant fait des blessés graves ou légers. Le vététiste de Haute-Savoie était le premier non-chasseur tué de la saison. « Mais une fillette de dix ans a été grièvement blessée près de Limoges par un homme ayant tiré sur un faisan de chez lui le 16 septembre, déplore Madline Reynaud. A Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique), une promeneuse a reçu un plomb au visage juste sous l’œil. Deux familles ont aussi eu la peur de leur vie après que des balles de chasseur ont traversé leur salon, dans le Lot-et-Garonne, le 16 septembre, et dans l’Hérault, le 3 octobre dernier. »

Un démarrage qui inquiète l’ONCFS. « Novembre, le mois traditionnellement le plus accidentogène avec l’intensification de la chasse au grand gibier, n’a pas encore commencé, glisse Jacques Bouchet, responsable du réseau « sécurité à la chasse » au sein de l’office et lui-même chasseur. Pourtant, ces dernières années, le nombre d’accidents s’affichait globalement en baisse. « Nous avions enregistré 113 accidents la saison dernière [du 1er juin 2017 au 31 mai 2018], précise-t-il. Ce chiffre est le plus bas jamais observé depuis la fin des années 1990. En 2002, nous en étions encore à 230 accidents et 40 décès. »

Moins d’accidents qu’il y a 15 ans… Mais des morts chaque année

Cette baisse des accidents s’explique déjà par la diminution du nombre de chasseurs. Ils sont passés de 1,5 million au début des années 2000 à 1,12 million aujourd’hui. « Mais les règles de sécurité ont été renforcées, assure également Jacques Bouchet. Depuis 2002, le permis de chasse comprend une épreuve pratique qui confronte les candidats aux situations les plus accidentogènes. Le port de vêtements fluo par les chasseurs est devenu obligatoire dans de nombreuses fédérations. Nous demandons aussi à ne plus utiliser de bretelles sur les armes, celles-ci étant à l’origine de nombreux accidents de chasse. Nous insistons aussi sur la règle des 30°, angle sous lequel nous demandons de ne pas tirer tout simplement car la balle est susceptible de ricocher. »

Il n’empêche, il n’y a pas une saison de chasse qui passe en France sans faire de morts. Même la saison 2017-2018 n’a pas dérogé à cette triste règle avec 13 personnes tuées dont deux non-chasseurs. Une situation dont ne peuvent se satisfaire les associations anti-chasse. Madline Reynaud déplore déjà les sanctions judiciaires « peu dissuasives » à l’encontre des chasseurs impliqués dans des accidents mortels. « Le 28 septembre dernier, l’un d’entre eux a été condamné à un an de prison ferme seulement pour avoir abattu un traileur, père de famille, qui courrait sur un chemin forestier en 2015 », cite la directrice de l’Aspas.

« Mettre fin au permis de chasse à vie »

Les anti-chasse demandent aussi une vraie « réforme de la chasse », « bien plus sérieuse que celle lancée actuellement par le gouvernement et qui se contente de reprendre le cahier de doléances de Willy Schraen [président de la Fédération nationale des chasseurs-FNC] », poursuit Madline Reynaud.

Le principe du permis de chasse à vie est notamment dans leur collimateur. « Une fois l’examen obtenu, il suffit aujourd’hui s’acquitter du prix annuel du permis pour le renouveler, indique la directrice de l’Aspas. Mais jamais les capacités physiques et psychiques du chasseur ne sont contrôlées. Pas même son acuité visuelle. » Les associations anti-chasse demandent au minimum l’instauration d’une visite médicale régulière. « Tous les deux ou trois ans voire même tous les ans à partir d’un certain âge », propose Madline Reynaud.

Une idée qui ne plaît guère à la FNC qui fait le parallèle avec le permis de conduire. « Une fois obtenu, on ne vous demande jamais de le repasser quel que soit votre âge », lance Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération. Cette dernière dit tout de même avoir fait un pas dans le cadre de la réforme de la chasse en s’engageant à faire des formations sur la sécurité à ses chasseurs tous les dix ans.

Le dimanche, jour sans chasse ?

Autre bataille entre chasseurs et opposants : l’instauration d’une journée sans chasse, le dimanche. « Nous la demandons depuis des années maintenant, rappelle Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Cette mesure est d’autant plus urgente aujourd’hui que le nombre de néoruraux augmente et que les activités de pleine nature se développent. Il faut établir un juste partage de l’espace naturel, que chacun puisse en profiter sans mettre sa vie en danger. »

La FNC balaie là encore l’idée. « La chasse est déjà interdite le dimanche dans les forêts domaniales [domaine privé de l’État], rappelle Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération. Mais appliquer cette règle partout serait remettre en cause le droit de propriété en France, sachant que de nombreuses chasses sont organisées sur des domaines privés. Et puis, comme les autres, la majorité des chasseurs travaillent la semaine et n’ont que le week-end pour s’adonner à leur loisir. »