VIDEO. Intempéries dans l’Aude: «Une grosse vague a déferlé» sur Villegailhenc, village ravagé

REPORTAGE La montée des eaux a surpris le village de Villegailhenc en pleine nuit, laissant plusieurs victimes derrière elle et un paysage de désolation…

Helene Menal

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A Vilegailhenc, dans l'Aude, un pont a été détruit par les inondations.
A Vilegailhenc, dans l'Aude, un pont a été détruit par les inondations. — H. Menal / 20 Minutes
  • Le village audois a été très touché par les intempéries.
  • Les habitants se serrent les coudes face aux énormes dégâts.
  • Un bilan provisoire fait état de dix morts dans l'Aude.

De notre envoyée spéciale à Villegailhenc (Aude),

« D’habitude on voit ça à la télé ». Cette habitante de Villegailhenc, dans l'Aude, tourne en rond sur la place du village et parle pour exorciser. Les voitures sont empilées, formant d’étranges sculptures, les routes défoncées. Un des ponts a disparu, l’autre est bloqué par une remorque de camion sans cabine qui semble s’être téléportée.

« L’essentiel, c’est qu’on soit en vie », répète Nathalie, qui balaie et essore, avec aux pieds ses chaussures de planche à voile. Ce n’est pas une réflexion de pure forme : à 100 mètres, dans une maison aux volets rouges, gît encore une des victimes de la catastrophe, une octogénaire à mobilité réduite noyée par les flots. Une autre dame âgée est décédée dans la catastrophe, alors qu'une personne serait portée disparue.

Nathalie a « tout perdu », y compris l’atelier de son mari artisan, mais pas la vie. Alors elle raconte :

«Notre fils nous a réveillés en hurlant vers deux heures du matin. On a commencé à monter tout au 1er étage, puis la porte a explosé sous ma force de l’eau et on s’est réfugié au 2e, prêts à monter sur le toit. »

Le soldat du monument aux morts devant chez elle avait la tête sous l’eau, ce qui n’était jamais arrivé de mémoire d’habitant.

« Une grosse vague de la hauteur d’un étage a déferlé sur le village », détaille Michel Proust, le maire de Villegailhenc.

Solidarité désintéressée

L’eau est montée dans les rues et les maisons à une hauteur de 3,50 mètres selon l’estimation des habitants. L’eau et l’électricité sont coupées, car câbles et conduites passaient par le pont effondré. A la mi-journée, alors que les hélicoptères de la protection civile survolent les maisons et que des agents d’ERDF viennent sécuriser les installations électriques, le village reste étrangement calme.

Les habitants nettoient en silence, comme médusés. Une cellule psychologique a été ouverte dans la cantine de l’école communale.

L’animation revient en début d’après-midi quand les voisins passent les uns chez les autres pour prendre des nouvelles des enfants.

Puis, ils s’arrêtent sur le petit pont qui a tenu, saisis par le spectacle des pelleteuses qui extirpent une à une des flots encore en furies, les nombreuses voitures qui n’ont pas résisté à la vague. Près de la Banque postale, à l’endroit du meilleur point de vue sur le grand rien qui remplace le pont principal, un attroupement se forme. Il y a un gros chat, mal en point et encore trempé, qui gémit dans une jardinière. Une dame l’emmitoufle dans sa parka. « Je vais l’emmener chez un vétérinaire », décide-t-elle.

Au milieu, il y a Olivier qui sort des meubles. Il n’a pas de dégâts chez lui. Et pour cause, il vient d’Ariège. « Je ne connais personne ici mais je ne travaille pas le lundi. Alors, j’ai pris ma voiture et je donne un coup de main ». Il pourrait rester une semaine à Villegailhenc qu’il ne viendrait pas à bout de la boue.