«Travailler dans le bruit produit du stress et peut entraîner de l’hypertension, des douleurs au dos»

INTERVIEW Près de six personnes sur dix sont gênées par les bruits et nuisances sonores au travail...

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

— 

Nuisances sonores, Illustration
Nuisances sonores, Illustration — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • A l’occasion de la 3e édition de la campagne Semaine de la Santé Auditive, l’Ifop a réalisé une étude pour mesurer la réalité des impacts des nuisances sonores subies sur le lieu de travail.
  • 59 % des personnes interrogées sont gênées par le bruit au travail.
  • Le professeur Jean-Luc Puel préconise d’aménager les bureaux pour limiter le bruit. Il estime également nécessaire de sensibiliser les salariés, les entreprises et les pouvoirs publics aux conséquences des nuisances sonores.

Qui n'est pas un jour sorti d'une journée de travail avec un mal de crâne atroce ? La faute à votre collègue qui hurle dans le combiné de son téléphone. A ces ouvriers qui jouent du marteau-piqueur sur le trottoir depuis 7h du matin. A René, de la compta qui passe cinq fois par jour raconter sa vie à votre voisin qui rigole comme une baleine à chacune de ses blagues. A Josiane du marketing, qui écoute à tue-tête Despacito dans l’open space. A cette climatisation que l’on balancerait bien par la fenêtre s’il ne faisait pas aussi chaud.

Ces nuisances sonores, elles gênent 59 % des personnes sur leur lieu de travail, selon une enquête réalisée par l’association JNA et l’Ifop*. Non seulement le bruit a un impact sur la qualité de leur travail, mais il a aussi des conséquences sur la santé des actifs. Pour en savoir plus, 20 Minutes a interrogé le professeur Jean-Luc Puel, enseignant à l’université de Montpellier, chercheur à l’Inserm, et président de la Journée nationale de l’audition.

Les nuisances sonores subies sur le lieu de travail sont-elles dangereuses ?

Il y a deux types de bruits que rencontrent les gens dans le cadre de leur activité professionnelle : Il y a le bruit très fort, dépassant les 80 db, et qui va endommager l’oreille. Il provoque des surdités, des acouphènes, des hyperacousies douloureuses… Et il y a aussi le bruit qui ne dépasse pas les 80 db. Mais ce que montre l’enquête, c’est que les personnes questionnées s’en plaignent aussi.

Quelles sont les conséquences sur le travail ?

Les open spaces avaient été mis en place pour faire travailler les gens en équipe. Mais les conditions de travail ne sont pas bonnes. Quand on évolue dans un milieu bruyant, il est plus compliqué de comprendre les autres, de saisir les consignes, d’entendre les signaux d’alarmes… Cela demande un effort de concentration, ce qui est épuisant. Et quand on est fatigué, on est irritable, on supporte beaucoup moins ses collègues, ça crée des conflits, les relations entre les salariés et la hiérarchie se détériorent. En outre, si vous comprenez mal les consignes, vous risquez d’être victime d’un accident du travail.

Quelles sont les conséquences du bruit sur la santé ?

Le bruit génère notamment des troubles du sommeil : on dort mal même si on est fatigué. En outre, les personnes qui évoluent dans un environnement bruyant sont stressées, irritées, ce qui entraîne de l’hypertension, des douleurs au dos, des maladies cardio-vasculaires. Ce sont des maux que l’on ramène chez soi le soir, après le travail. On ne s’en débarrasse pas parce que sa journée est terminée.

Que faut-il faire pour lutter contre le bruit ?

On peut très bien aménager des locaux en utilisant des matières non réverbérantes sur les murs. Il est aussi possible d’aménager des postes de travail, on n’est pas obligé de regrouper tout le monde en permanence. On peut développer des salles de réunion pour favoriser le travail en équipe, mais aussi des salles de repos auditives. Pour l’instant, ce n’est pas vraiment rentré dans les mœurs. En revanche, il n’est pas bon de s’isoler en ayant, huit heures par jour, des écouteurs sur les oreilles.

Mais il faut avant tout sensibiliser les salariés. L’enquête révèle qu’ils ne signalent pas à leur hiérarchie, ni à la médecine du travail, les troubles sonores qu’ils subissent. Par ailleurs, les entreprises doivent comprendre qu’il est peut-être très intéressant pour elles d’investir dans des aménagements car des salariés qui travaillent dans de bonnes conditions sont plus productifs. Enfin, il faut sensibiliser les pouvoirs publics à ce problème.

*Enquête réalisée en septembre dernier, auprès d’un échantillon de 1.000 personnes, âgées de 18 ans et plus.