Enquête pour viol dans une école maternelle: «Les enfants de 4 ans n’ont pas de notion de crime»

INTERVIEW Une main courante pour des faits de viol en réunion impliquant des enfants de 4 ans a été déposée. L'analyse du pédopsychiatre Stéphane Clerget...

C.Po.

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Illustration d'une école maternelle.
Illustration d'une école maternelle. — D.Bancaud/20 minutes

Les faits se seraient déroulés à la mi-septembre dans une école maternelle du 13e arrondissement de Paris. Une main courante a été déposée en début de semaine pour un «  viol en réunion » sur une fillette scolarisée en moyenne section dans une école de la capitale, a-t-on appris de sources concordantes, confirmant une information du Parisien. L’enfant a rapporté avoir été isolée par trois camarades du même âge dans la cour de récréation. Ces derniers lui auraient retiré ses vêtements avant de pratiquer une pénétration digitale. La brigade de protection des mineurs a été saisie. L’analyse de Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de Nos enfants aussi ont un sexe (édition Pocket).

Peut-on vraiment parler de viol à cet âge-là ? Ne calque-t-on pas des projections d’adultes sur des comportements d’enfants ?

Le viol, c’est l’acte par lequel une personne est contrainte à un acte sexuel par la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Dans cette affaire, si les faits sont avérés, il est effectivement question d’un acte sexuel non consenti. Mais la volonté de l’agresseur n’est pas de prendre du plaisir.

Ces enfants ont-ils conscience de faire quelque chose de mal ?

Ils peuvent avoir conscience de faire une bêtise mais des enfants de quatre ans n’ont pas de notion de crime, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ne sont pas pénalement responsables. Souvent, ces gestes sont dictés par une notion de jeu. C’est d’ailleurs la preuve que la curiosité et l’intérêt sexuel existent dès cet âge-là, même si, à quatre ans, les organes sexuels ne revêtent pas de notion de sacrée. D’une manière générale, jusqu’à trois ans, le sexe est une partie du corps comme une autre. Ensuite, l’enfant commence à comprendre que c’est une zone un peu particulière, il se rend bien compte qu’elle est cachée et qu’elle peut provoquer du plaisir en la touchant. En tout cas, ce fait divers confirme une chose : la nécessité d’enseigner dès la maternelle les règles élémentaires qui régissent la sexualité humaine : c’est pour les « grands », cela ne doit pas avoir lieu en famille et la notion de consentement.

Est-ce que cela peut signifier que ces enfants reproduisent des gestes dont ils ont eux-mêmes été victimes ?

Cette possibilité sera bien évidemment explorée au cours de l’enquête. Les policiers vont chercher à savoir si ces enfants sont confrontés à une sexualité d’adulte. On pense tout de suite aux abus, mais ils peuvent également avoir vu ou entendu leurs parents faire l’amour ou voir des films pornographiques. D’une manière générale, on va rechercher des comportements qui dénotent par leur fréquence ou par leur âge. Par exemple, à quatre ans, ce genre de comportement sera bien moins intrigant qu’à sept ou huit ans. Généralement, à ces âges-là, les enfants sont beaucoup moins tournés vers la découverte de leur corps, ils ont des comportements bien moins sexués que des enfants de quatre ou cinq ans.