Redoine Faïd: «Envoyé Spécial» diffuse un «entretien confession», au ton prémonitoire

CONFESSIONS INTIMES Dans cet « entretien confession », qui n’a jamais été diffusé, Redoine Faïd se présente comme un repenti…

Manon Aublanc

— 

L'ancien braqueur Redoine Faïd sur le plateau de LCI le 22 novembre 2010.
L'ancien braqueur Redoine Faïd sur le plateau de LCI le 22 novembre 2010. — IBO/SIPA

« Je suis un miraculé de l’enfermement. » Dans une interview inédite accordée à une productrice en 2009 et diffusé ce jeudi dans Envoyé Spécial sur France 2, Redoine Faïd raconte son goût pour les braquages, son obsession pour l’évasion et revient sur ses longs mois de cavale.

Cet « entretien confession », qui n’a jamais été diffusé et dont 20 Minutes a pu voir certaines séquences, a été réalisé par une productrice de cinéma qui envisageait d’adapter la vie du braqueur au cinéma. Pendant ces trois heures d'interview, Redoine Faïd se présente comme un braqueur repenti. Au moment du tournage, en août 2009, le braqueur est sorti de prison depuis quelques mois, après dix ans passés derrière les barreaux pour vol à main armée. Pendant sa détention, le braqueur change seize fois de prison et passe six années en quartier d’isolement.

« Je suis un miraculé de l’enfermement »

Il raconte le « choc émotionnel », et « la souffrance » d’être enfermé, expliquant : « C’est beaucoup de temps perdu, du temps que tu ne retrouveras jamais. » « Je suis peut-être un trompe-la-mort dehors, parce que je ne me suis pas fait tirer dessus et je ne suis pas mort, mais je suis un miraculé de l’enfermement », confie-t-il.

Dix années durant lesquelles Redoine Faïd ne pense qu’à sa liberté : « Tu penses bien que pendant des années je me suis préparé à m’évader », explique-t-il. « Jamais de ma vie, j’ai cru que j’allais faire 10 ans de prison, jamais de ma vie. Je me dis, je vais me faire la malle, mes potes vont venir, on va tout faire péter », raconte-t-il, avant d’ajouter : « Je suis épris de liberté, c’est même envahissant d’ailleurs. » Sortir de prison, « c’est comme renaître », avoue le braqueur qui s’est évadé à trois reprises.

« En cavale, tu n’as plus d’identité, tu n’existes plus »

Ces évasions, il les a réalisées pour retrouver le « sentiment d’invincibilité », ressenti au moment des braquages. Pendant sa cavale, il n’était « pas dans la vraie vie », raconte-t-il, expliquant qu’il devait, en permanence, cacher son identité et rester sur le qui-vive. « Quand tu es en cavale, tout est défaussé, tu crois que tu es dans le vrai, mais en réalité, c’est une prison qui n’a pas de barreaux », confie le braqueur. « En cavale, tu n’as plus d’identité, tu n’existes plus. Tu es submergé par l’engrenage, par la spirale infernale. C’est la mort ou c’est la prison », conclut-il.

« Je prends ma retraite, je laisse ma place aux autres »

« Je prends ma retraite, je laisse ma place aux autres », lance-t-il face caméra, avant de raconter, tout sourire, sa nouvelle vie de « braqueur repenti » : « Je suis attaché commercial dans une entreprise. Du lundi 6 heures au vendredi 19 heures, je suis pris par mon boulot. J’aime mon travail, je prends le RER tous les jours comme tout le monde, je discute avec des gens. Je m’émerveille pour un rien, je redécouvre la vie ».

Une période qui n’aura duré qu’un temps. Le 1er juillet dernier, alors qu’il était condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour son rôle d'« organisateur » dans un braquage qui a coûté la vie à la policière Aurélie Fouquet, Redoine Faïd, aidé par un commando armé, s’est évadé en hélicoptère de la prison de Réau (Seine-et-Marne). Après trois mois de cavale, le braqueur a été arrêté, le 3 octobre dernier, dans un appartement à Creil (Oise) et incarcéré à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), une des prisons les plus sécurisées de France.

Evasion de Redoine Faïd: «En cavale, il faut être capable d’abandonner sa famille»