Le gouvernement sort le carnet de chèques pour lutter contre les copropriétés dégradées

LOGEMENT Ce mercredi à Marseille, le secrétaire d'Etat à la Cohésion des Territoires a détaillé le plan du gouvernement pour lutter contre les copropriétés dégradées... 

Mathilde Ceilles

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Le parc Corot
Le parc Corot — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Des élus de Grenoble, Grigny, et même l'ancienne secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville, aujourd’hui maire de Vaulx-en-Velin. Ils étaient nombreux autour de la table de la préfecture des Bouches-du-Rhône pour écouter le plan du gouvernement contre les copropriétés dégradées. Une présentation faite par Julien Denormandie, secrétaire d’Etat à la Cohésion des Territoires, en l’absence du ministre Jacques Mézard, qui a annulé sa venue à la dernière minute, à quelques jours du remaniement… 20 Minutes fait le point sur ce plan de plusieurs milliards d’euros.

Quelle est la situation ?

Il existerait en France 684 copropriétés en difficulté. En d’autres termes, 56.000 logements relèveraient aujourd’hui de l’habitat indigne. Souvent, ces copropriétés se sont dégradées au fil des années, et ont été mal entretenues, dans un site où cohabitent souvent des populations pauvres et des marchands de sommeil. Ces copropriétés sont parfois nettement endettées, avec d’importantes charges non réglées. Bref, la situation s’enlise, « malgré les interventions publiques et locales qui ont eu lieu depuis plusieurs années », selon le gouvernement.

Que propose le gouvernement ?

Ce mercredi, Julien Denormandie a détaillé le plan du gouvernement, qui promet d’investir pas moins de 2,5 milliards d’euros en dix ans pour soutenir, voir aider à reconstruire ces copropriétés en difficulté.

Le programme vise non seulement à aider aux redressements des comptes des copropriétés ainsi qu’à faciliter des travaux de rénovation, mais aussi, dans certains cas, à détruire des immeubles entiers pour reconstruire de nouveaux logements, le relogement des habitants étant alors pris en compte. L’Etat s’appuie pour cela sur deux organismes publics : l'Agence nationale de l'habitat (Anah), qui octroie les aides publiques à la rénovation des logements privés, et  l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru).

Au-delà des aides apportées par l’Etat, le gouvernement, qui promet de laisser largement la main aux collectivités locales sur le sujet, compte sur deux institutions pour prêter des fonds aux collectivités et propriétaires et leur offrir des services d’accompagnement, en particulier en matière de relogement : l’organisme paritaire Action Logement et la Caisse des Dépôts, bras financier de l’Etat.

L’Etat a identifié 14 sites dans toute la France dits prioritaires. « Nous avons effectué un recensement sur tout le territoire et avons désigné ces copropriétés comme prioritaires, car elles sont particulièrement dégradées, et nous voulons mettre l’humain au centre de tout, explique Julien Denormandie. Elles vont bénéficier de l’ensemble des politiques publiques, avec notamment la nomination dans les prochaines semaines d’un chef de projet qui fera le lien entre les collectivités locales et le gouvernement. »

Comment s’assurer que cet argent est utilisé à bon escient ?

Le plan du gouvernement est en effet sur du long terme, pour une situation loin d’être nouvelle.

« Il n’y a pas de politique publique qui compte si on ne fait pas attention à sa mise en œuvre, affirme Julien Denormandie. Un suivi très régulier sera fait avec des chefs de projets nommés et un comité de suivi qui se réunira tous les 3 mois avec l’Etat, les élus locaux et les partenaires. »

Au niveau local, le suivi sera assuré par les préfets de région.

Quid du risque que cet argent soit versé au bénéfice des marchands de sommeil, copropriétaires parmi d’autres dans ces ensembles délabrés ? Julien Denormandie assure vouloir « taper très fort, et considérer ces escrocs comme des trafiquants de drogue en tapant dans le portefeuille », faisant valoir des mesures de la loi Elan qui iraient selon lui dans ce sens.

Qu’en pensent les élus marseillais ?

Le choix de Marseille pour présenter ce plan n’est pas un hasard, comme l’a rappelé Julien Denormandie. « C’est tout un symbole d’être accueilli ici, dans cette ville où la problématique est connue depuis fort longtemps », note le secrétaire d’Etat. Pour rappel, en 2015, selon le rapport Nicol, le parc privé potentiellement indigne (PPPI) présente un risque pour la santé ou la sécurité « de quelque 100.000 habitants ». Rien qu’à Marseille, cinq copropriétés ont été désignées comme prioritaires : le parc Corot, Kallisté, Bellevue, Maison Blanche et Bel Horizon, soit 1.932 logements, selon nos informations.

Aussi, alors que sur de nombreux sujets, la majorité municipale à Marseille réclame un soutien de l’Etat, notamment financier, l’élue en charge du logement Arlette Fructus ​(LR) a vu une partie de ses vœux exaucés. Et n’a pas caché sa satisfaction. « C’est un immense plaisir, a-t-elle confié au secrétaire d’Etat. On a besoin d’être entendu, soutenu politiquement. Il était absolument nécessaire que nous nous retrouvions autour d’un plan. Il manquait l’essentiel : la coordination et un cap. »

Mais du côté de l’opposition, l’enthousiasme est plus modéré. Dans un communiqué, la sénatrice socialiste Samia Ghali, longtemps maire d’un secteur concerné par les copropriétés dégradées, s’étonne des statistiques avancées par le gouvernement. « Ce chiffre [de 56.000 logements indignes en France] me semble totalement sous-dimensionné. En effet, le rapport Nicol en 2015, sur la seule ville de Marseille, faisait état de 40.000 habitations dégradées dans le parc privé. »

Et qu’en pensent les copropriétaires ?

Du côté des principaux concernés, les copropriétaires, ces mesures apparaissent inadaptées. « Si ce dispositif répond à une situation d’urgence, il ne traite pas pour autant le fond du problème qui est beaucoup plus préoccupant, à savoir le basculement des copropriétés dans la fragilité, voire dans la difficulté », a réagi dans un communiqué l’Association des responsables de copropriété (ARC), qui revendique 14.000 immeubles.

« Ces copropriétés sont des zones abandonnées, y compris par l’Etat, affirme Me Victor Gioia, qui défend notamment les copropriétaires du Parc Corot à Marseille. Elles ne sont plus habitables, les gens les fuient. Pourquoi ? Il y a les squats bien sûr. Mais l’Etat y a aussi retiré ses services publics. Il faudrait y restaurer un commissariat, une Poste… Faire en sorte que ces quartiers soient comme les autres ! On vient nous proposer des soins intensifs alors qu’en réalité, on est en soin palliatif. »