Pas-de-Calais: Une liste noire de salariés fait l’effet d’une bombe chez Roquette

SOCIÉTÉ Une «maladresse» d’un prestataire externe a permis à la CFDT de découvrir l’existence d’une «liste noire» illégale…

Mikael Libert

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Le géant de l'agroalimentaire Roquette, basé à Lestrem, dans le Pas-de-Calais.
Le géant de l'agroalimentaire Roquette, basé à Lestrem, dans le Pas-de-Calais. — M.Libert/20 Minutes
  • Une liste noire de salariés de Roquette a été diffusée par erreur dans un mail.
  • La direction montre du doigt une initiative d’un prestataire externe à l’entreprise.
  • La CFDT dénonce des faits « préjudiciables pour la santé des salariés ».

Et soudain, c’est la boulette. Jeudi dernier, le syndicat CFDT du géant mondial de l’agroalimentaire Roquette, basé dans le Pas-de-Calais, a découvert que des salariés de l’entreprise figuraient sur une «  liste noire ». C’est un cabinet conseil qui est à l’origine de ce fichier, transmis par erreur sur la messagerie interne de l’entreprise comme l’a révélé Capital. L’affaire a été discutée, ce mercredi, lors d’un Comité social et économique (CSE) extraordinaire au siège de Roquette, à Lestrem.

La bombe a été lâchée le 1er octobre, en pièce jointe, dans un mail plutôt anodin. Un cabinet de consultants, prestataire pour Roquette, devait réaliser une enquête auprès des salariés afin de préparer un séminaire. Les destinataires du message, « la direction juridique, le département des affaires réglementaires et des filiales » ont découvert un fichier attaché au mail sous forme de tableau en deux parties. Selon la CFDT, le document listait certains salariés de la direction juridique avec noms, prénoms, âges et… « des appréciations majoritairement négatives et subjectives ».

« Jugements de valeur »

Sans donner d’exemple précis, le syndicat parle de « jugements de valeur », de notes sur « les aptitudes professionnelles » ou encore de « l’implication syndicale des salariés ». Autant d’items qui, légalement, ne peuvent figurer dans un fichier de salariés d’une entreprise, d’autant que les intéressés n’étaient pas au courant.

Ainsi, la CFDT a demandé la tenue d’un CSE extraordinaire, lequel s’est déroulé mercredi matin. Au sortir de la réunion, le représentant syndical CFDT n’a pas voulu « par prudence » s’exprimer auprès des journalistes au vu « de l’ampleur du sujet » et de la crise qu’il suscitait au sein de l’entreprise.

La direction « assume » et s’excuse

Néanmoins le CSE devait permettre de répondre à certaines questions comme le nombre de fichiers existants chez Roquette, le nombre de salariés fichés et le but de ces fichiers. Sur ce dernier point, la CFDT s’interrogeait sur la préparation d’un éventuel plan social. Dans un compte rendu succinct du CSE que 20 Minutes s’est procuré, la CFDT assure que la direction de Roquette « assume ses erreurs », « fait des excuses » mais précise « qu’aucun ordre de mission n’a été rédigé pour cadrer le travail du cabinet ». Il a aussi été assuré aux salariés qu’aucun plan social n’était prévu et que la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) allait être saisie d’une « déclaration de violation des données ».

Contactée par 20 Minutes, la direction affirme que « l’investigation interne sur le cas présent » avance et que des « mesures mises en œuvre pour assurer la gestion des données personnelles » ont été présentées.