VIDEO. Short au lycée: «On peut se faire traiter de dévergondée», les lycéennes témoignent

EDUCATION Les jupes et les shorts sont interdits dans de nombreux lycées, mais l'application du règlement intérieur peut vite virer au sexisme...

Charlotte Murat
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NANTES, le 14/05/2014 - Des lycéennes en jupes devant le lycée Clémenceau
NANTES, le 14/05/2014 - Des lycéennes en jupes devant le lycée Clémenceau — Fabrice Elsner / 20 Minutes
  • Les shorts et autres tenues légères sont souvent interdits par les règlements intérieurs des établissements scolaires.
  • Les filles sont en général plus touchées que les garçons par les interdits vestimentaires. Des lycéennes dénoncent même des réflexions sexistes. 

Tenue correcte exigée. C’est par cette sentence que des élèves du lycée Jean-Moulin de Pézenas, dans l’Hérault, ont été priées d’aller se rhabiller, leur short étant jugé trop court par la nouvelle directrice. Cette dernière s’est justifiée par une application du règlement intérieur, qui stipule que « tongs et autres tenues trop légères rappelant plus la tenue de l’estivant que celle de l’élève seront strictement interdites ».

Des codes vestimentaires dans les écoles, c’est plutôt courant et ça ne date pas d’hier, signalent les internautes qui ont répondu à notre appel à témoignages. Et ce, autant dans le public que dans le privé. Nombreux sont ceux qui racontent avoir été renvoyés chez eux pour un short ou une jupe trop courte, un tatouage trop apparent ou même une coiffure trop originale, comme la crête bleue d’un ami de Flavie.

« Le règlement intérieur est plutôt strict »

« Dans le collège privé de ma fille, le code vestimentaire dit que les filles n’ont pas le droit de porter de shorts, de jupes trop courtes, et de vêtements transparents qui laisseraient entrevoir les sous-vêtements, énumère un internaute. Les garçons, eux, se voient interdits de shorts et de pantalons de jogging. » La fille de Delphine*, elle, est scolarisée en 6e au collège public Yves-Klein de La Colle-sur-Loup (Alpes-Maritimes). « Le règlement intérieur est plutôt strict. Pour les filles, ni jupes, ni robes, ni shorts arrivant au-dessus du genou, pas de tee-shirt dévoilant le nombril. Pour les garçons et les filles, les jeans à trous sont également interdits, tout comme le port de la casquette », précise-t-elle.

Un code vestimentaire difficile à appliquer lorsque l’on vit dans le sud de la France, où les températures peuvent grimper très haut. Et parfois difficile à comprendre pour sa fille, qui s’habillait comme elle voulait lorsqu’elle était au primaire. « Je trouve cela un peu excessif, estime cette maman, qui se souvient être allée au collège et au lycée en jupe courte et moulante à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Un short qui ne dévoile pas les fesses, je considère cela comme une tenue correcte. Mais le règlement intérieur a placé le curseur aux genoux, alors on doit s’y conformer. » Ici un élève qui dans l’établissement avec un vêtement trop court n’est pas renvoyé chez lui pour se changer, mais contraint à porter une blouse de laborantin toute la journée. « C’est comme le bonnet d’âne, c’est la honte », estime Delphine.

« On peut se faire traiter de dévergondée »

Au lycée Jean-Moulin de Pézenas, des voix se sont élevées pour dénoncer une mesure sexiste. La responsable de l’établissement aurait expliqué aux lycéennes que leur tenue ne devait pas « déconcentrer les garçons ». Laura, en terminale au lycée international Jules-Guesde de Montpellier, fait le même constat. Car, affirme-t-elle, à la longue liste des vêtements interdits (shorts, jupes sans collant, pantalons troués, chaussures ouvertes, etc.), s’ajoutent des réflexions sexistes : « Si une fille n’est pas épilée ou ne porte pas de soutien-gorge, elle se prend des remarques de la part du personnel enseignant. On peut se faire traiter de "dévergondée" ou se voir entendre "On n’est pas dans une maison close ici". Tous les ans, il y a des rebellions contre ça, mais ça n’a rien changé. »

L’uniforme en question

Certains, comme Dominique ou Lucien, estiment que d'imposer un uniforme permettrait de régler le problème une fois pour toutes. « Ça ne réglerait pas le problème, mais ça le contournerait, répond Claire. C’est une question de respect mutuel et d’éducation à son corps et au corps de l’autre. » « Nous sommes libres de nos corps, renchérit Ambre. Ce n’est pas à aux femmes de se couvrir sous prétexte que les hommes ne peuvent pas se retenir d’avoir des pensées déplacées. Si nous mettons un short, ce n’est pas pour séduire, mais pour être confortable en cours, quand il fait 30 degrés et que les robes ou jupes ne sont pas pratiques. » Rendez-vous l’été prochain pour la suite du débat.

*Le prénom a été modifié.