Lyon: Une jeune chimiste met sa science au profit de la lutte contre le gaspillage alimentaire

SCIENCES Céline Pagis, une chimiste de 26 ans travaillant à Lyon, a reçu cette semaine la bourse L'Oréal-Unesco destinée à valoriser les carrières féminines dans les sciences...

Elisa Frisullo

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Céline Pagis, lauréate lyonnaise de la bourse L'Oréal-Unesco.
Céline Pagis, lauréate lyonnaise de la bourse L'Oréal-Unesco. — L'Oréal-Unesco
  • Céline Pagis, chimiste lyonnaise, a reçu la bourse L’Oréal-Unesco destinée à valoriser les carrières féminines dans les domaines scientifiques.
  • Cette docteur en sciences a travaillé sur les matériaux microscopiques pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Depuis trois ans, elle travaille d’arrache-pied sur des matériaux microscopiques pour faire avancer la recherche contre le gaspillage alimentaire. A 26 ans, Céline Pagis, diplômée depuis quelques jours d’un doctorat au sein de l’Université Lyon 1 et de l’Institut IFP Energies Nouvelles, fait partie des jeunes scientifiques françaises primées cette semaine à Paris. La chercheuse, originaire de la Drôme, a reçu la bourse L’Oréal-Unesco destinée à valoriser et encourager les vocations féminines dans les sciences.

Le parcours de la jeune femme, embauchée depuis peu à l’IFP Energie nouvelle, spécialisé dans la recherche et la formation dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’environnement, n’a rien d’un hasard. « Mes parents sont tous les deux professeurs agrégés en chimie à Valence », confie la jeune femme, expliquant avoir eu « un attrait marqué pour les sciences » dès son plus jeune âge.

Eviter le pourrissement des fruits

Après une classe prépa à Grenoble et trois ans en école d’ingénieur à Marseille, la scientifique a rejoint Lyon, il y a trois ans, pour son doctorat et se concentrer sur ses travaux de thèse. Des recherches sur les nanomatériaux, à savoir les matériaux microscopiques, destinées à faire émerger de nouvelles pistes pour limiter le gaspillage alimentaire.

« Mes travaux ont consisté à changer la morphologie des zéolithes, des matériaux poreux utilisés dans la lessive, ou encore dans la purification de l’air pour leur capacité à absorber les gaz ou les molécules toxiques ». Au cours de ses recherches en laboratoire, Céline Pagis est parvenue à transformer ces zéolithes en « nano-boîtes », capables d’emprisonner l’éthylène responsable du pourrissement des fruits ou des légumes, et donc de retarder ce mûrissement.

« La parité n’est pas respectée »

Ces matériaux mis au point ont été brevetés. Mais les recherches vont devoir se poursuivre avant une application possible grandeur nature. « On peut imaginer que ces nano-boîtes puissent être utilisées lors du conditionnement des fruits et légumes ou lors de leur transport pour éviter qu’ils pourrissent. Mais pour ce type de travaux, il est impossible de dire quand et si cela pourra être appliqué », ajoute la chimiste, qui poursuivra ses recherches au sein de l’IFP.

Une seconde partie de ses travaux sera consacrée aux énergies vertes, et plus précisément à la photocatalyse. Derrière ce terme scientifique compliqué se cache un enjeu scientifique majeur. « Il s’agit de convertir grâce à l’énergie solaire le C02, le principal contributeur aux effets de serre, en molécule valorisable. A terme, cela pourrait permettre de remplacer le pétrole pour faire du carburant », précise la chercheuse, qui s’est vue décerner une bourse de 15.000 euros par l’Oréal-Unesco pour ses travaux de thèse.

Une récompense dont elle est fière et qui lui semble indispensable aujourd’hui pour valoriser le travail des femmes dans les filières scientifiques. « Tous domaines confondus, il y a 24 % de femmes dans les sciences. La parité n’est pas respectée. Je n’en ai jamais souffert, mais c’est vrai qu’il faudrait réussir à instaurer cet équilibre pour qu'il n’y ait plus besoin d’une bourse pour récompenser les femmes mais tous les chercheurs, quel que soit leur sexe », conclut Céline Pagis.