Sandra Muller, le 14 mars 2018.
Sandra Muller, le 14 mars 2018. — BERTRAND GUAY / AFP

SEXISME

#MeToo: «La France n'a rien compris», estime Sandra Muller, à l'origine de #BalanceTonPorc

Sandra Muller a lancé un mouvement mondial le 13 octobre 2017 en incitant les femmes à dénoncer les comportements sexistes des harceleurs sur les réseaux sociaux...

Un an après la vague #MeToo, Sandra Muller, la femme à l’origine du hashtag #BalanceTonPorc, fait un bilan amer du phénomène en France dans un essai éponyme, à paraître le 31 octobre 2018 (Flammarion). Si le mouvement s’est développé aux Etats-Unis, il est resté timide en France, regrette la journaliste. « La France n’a rien compris au mouvement #Metoo qui a été vu comme une menace à la liberté sexuelle », dénonce dans l'Obs Sandra Muller, journaliste à La Lettre de l’Audiovisuel et initiatrice du premier tweet #BalanceTonPorc, destiné à dénoncer les comportements des harceleurs.

«  #Metoo et #Balancetonporc n’ont jamais été contre la drague, la séduction ou le sexe ! C’est un mouvement spontané né sur les réseaux sociaux pour dénoncer le fait que certains hommes usent de leur pouvoir pour abuser des femmes en situation de subordination », raconte-t-elle.

Des victimes devenues « bourreaux »

Sandra Muller regrette ce mardi le faible nombre de personnalités accusées publiquement d’agression sexuelle en France. Entre 20 et 30 affaires, selon elle, contre « plus de 240 aux Etats-Unis ». Elle explique cette différence par la culpabilisation des victimes, qui deviennent bourreaux. « Pendant qu’en France, on s’écharpe et on culpabilise les victimes, aux Etats-Unis, les têtes continuent de tomber. (…) On en est plus au débat pour ou contre #Meetoo, on agit ! (…) C’est aussi ce qui se passe avec Asia Argento. Je ne connais pas le fond de l’affaire, mais on aurait voulu que, parce qu’elle s’est présentée comme une victime d’Harvey Weinstein, elle soit blanche comme une colombe. Exactement comme Rose McGowan, discréditée à cause de sa "grande gueule". »

Sandra Muller prend son propre cas, en exemple. Accusée de diffamation par l’homme qu’elle a dénoncé sur Twitter, elle devient ainsi presque coupable aux yeux du public, selon elle. « Mon affaire, qui sera jugée en 2019, est très symptomatique de ce qui arrive très souvent aux victimes qui osent ouvrir la bouche et dénoncer leur harceleur ou agresseur. »

Le 13 octobre 2017, elle avait publié sur Twitter le nom et le verbatim de l’homme qui l’a très lourdement abordée : « "Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit." #Balancetonporc », avait-elle conclu. L’appel a déclenché en l’espace de quelques heures un phénomène mondial. Une formule « pas très élégante », reconnaît-elle, mais pourtant devenue indissociable du mouvement #MeToo en France.