«Sépartement»: Vivre séparés dans le même appartement, est-ce une bonne solution?

FAMILLE Comme dans le film « L’amour flou » qui sort ce mercredi, des personnes qui se séparent font le choix d’habiter à proximité afin que leur rupture soit moins douloureuse pour les enfants…

Delphine Bancaud

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Illustration de parents avec leur enfant.
Illustration de parents avec leur enfant. — Pixabay
  • Le film « L’amour flou » qui sort ce mercredi en salles, met en scène deux personnes séparées qui vivent dans deux appartements mitoyens communiquant par la chambre des enfants…
  • Le choix d’habiter dans le même immeuble ou sous le même toit est d’abord motivé par la volonté de ne pas perturber trop les enfants après la rupture.
  • Un mode de vie qui n’est pourtant pas sans risque pour l’équilibre psychologique des enfants comme des parents.

Se quitter tout en habitant dans le même immeuble, voire sous le même toit avec deux espaces séparés… Un choix que font certains ex-conjoints pour tenter d’atténuer l’impact de leur séparation sur leurs enfants. Dans L’Amour flou, qui sort ce mercredi en salles, Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent en scène ce type de rupture d’un nouveau genre. Et la fiction rejoint la réalité car les deux acteurs ont vécu cette situation. Ils ont même inventé le concept de « sépartement », c’est-à-dire le fait de vivre dans deux appartements mitoyens communiquant par la chambre des enfants.

Ces cas sont encore rares, mais sont amenés à se développer, selon le sociologue de la famille, Gérard Neyrand : « car l’on assiste à une diversification des modes de vie familiaux, compte tenu de la complexité des recompositions familiales et de la progression de familles homoparentales ». Un avis partagé par la psychanalyste, Liliane Holstein : « lors de mes consultations, je vois de plus en plus de personnes vivant de cette manière », explique-t-elle.

« J’ai la chance d’embrasser mes enfants chaque matin »

Pour l’heure, les familles qui ont adopté ce style de vie sont généralement dans deux cas de figure : « soit il s’agit d’un couple séparé avec enfants qui a opté pour la résidence alternée. Soit il s’agit de deux couples homosexuels qui ont eu un enfant ensemble et qui veulent vivre côte à côte pour le voir le plus possible », observe le sociologue. Dans les cas de séparation, ce choix de vie est d’abord motivé par la volonté de ne pas perturber trop les enfants. « Lorsque leurs parents habitent dans deux appartements distincts reliés par leur chambre, les enfants ne changent pas de cadre de vie en cas de résidence alternée et n’ont pas à déplacer leurs affaires. C’est plus pratique et confortable pour eux », constate Gérard Neyrand. Et lorsque l’autre parent est tout près d’eux, même si ce n’est pas ses jours de garde, « cela les rassure psychiquement, rien que de savoir qu’ils peuvent lui rendre visite », note Liliane Holstein.

Pour les parents, cette proximité a aussi des avantages : « S’ils se sont séparés de manière consensuelle, ils apprécient de pouvoir voir leurs enfants quotidiennement et de gagner du temps lorsqu’ils doivent les récupérer », observe Gérard Neyrand. « J’ai la chance d’embrasser mes enfants chaque matin, de voir leur père débarquer et les habiller avant que je les emmène à l’école », confie ainsi Romane Bohringer dans le JDD.

« Cela peut raviver des conflits »

Mais ce mode de vie n’est pas sans risque. D’abord pour les enfants, estime Liliane Holstein : « Quand les appartements sont reliés par la chambre de l’enfant, symboliquement, cela imprime l’image de l’enfant roi, ce qui n’est pas idéal pour sa construction identitaire. Par ailleurs, le fait que les parents vivent proches l’un de l’autre le pousse à imaginer que leur couple peut se reformer. Enfin, si l’un des parents est avec un nouveau conjoint alors que l’autre est tout seul, cette proximité spatiale des protagonistes peut accentuer le conflit de loyauté que va éprouver l’enfant à l’égard du parent célibataire ».

La situation n’est pas non plus de tout confort pour les parents : « Croiser en permanence son ex sur le palier peut générer des entraves sexuelles et sentimentales. Car il est difficile de faire l’amour avec quelqu’un d’autre, lorsque l’on sait son ex-conjoint si proche », estime Liliane Holstein. « Cela peut poser aussi des problèmes d’intimité si les règles pour aller dans le territoire de l’autre ne sont pas assez bordées », complète Gérard Neyrand. Et le fait de rencontrer son ex souvent est aussi potentiellement explosif : « cela peut raviver des conflits », poursuit le sociologue.

Une solution souvent de court terme

Du coup, selon lui ce mode de vie « ne comprend aucun gage de pérennité. D’ailleurs beaucoup d’anciens couples dans cette situation font machine arrière au bout d’un moment ». Liliane Holstein est plus tranchée : « Cette situation ne peut être que transitoire car ce fantasme communautaire n’est pas viable à long terme. Hormis dans les cas de couples homosexuels ayant eu un enfant ensemble car il n’y a pas eu d’amour entre eux, juste une association autour d’un projet d’enfant », souligne-t-elle.

Pour Liliane Holstein, la solution idéale serait que les « parents séparés habitent à quelques rues de distance l’un de l’autre. Ce qui permet de sécuriser psychiquement les enfants et de permettre à chacun des parents de continuer leur vie », souligne-t-elle.

>> Vous aussi vous avez décidé de de vivre dans le même immeuble que votre ex-conjoint(e), ou sous le même toit avec deux espaces séparés, après une séparation ? Pourquoi avoir fait ce choix et comment se passe cette expérience ? Vous pouvez témoigner dans les commentaires ci-dessous ou envoyer un mail à temoignez@20minutes.fr.