Marseille: La pauvreté se développe, «mais la ville a d'autres priorités»

PAUVRETE A MARSEILLE Selon une étude, la pauvreté ne cesse de s'accroitre à Marseille et surtout les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres... 

Adrien Max

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Le quartier de la Solidarité à Marseille
Le quartier de la Solidarité à Marseille — P. Magnien
  • Une étude sur la pauvreté à Marseille a été présentée ce jeudi matin.
  • La pauvreté ne cesse de s’accroître ainsi que les inégalités.
  • Centré sur l’attractivité de la ville, les politiques semblent ignorer ces problèmes.

25 % de personnes sous le seuil de pauvreté à Marseille, mais beaucoup plus de pauvres. Philippe Langevin, maître de conférences à la faculté de sciences économiques d’Aix-Marseille, présentait ce jeudi matin une étude sur la pauvreté lancée par le secrétariat social de Marseille. Elles s’appuient sur des données chiffrées de l' INSEE, confrontées au quotidien des associations sur le terrain.

  • La pauvreté à Marseille est sous évaluée

« Il n’y a pas que la pauvreté visible comme les Roms ou les SDF, il y a aussi les personnes qui vivent juste au-dessus du seuil. Cela concerne les ouvriers, les retraités, les employés peu qualifiés. Et ces personnes représentent près de 50 % de la population de la ville ! », avance Philippe Langevin.

Sans compter les écarts de revenu très importants entre les différents quartiers, qui varient de 1 à 14.

La ville est tellement inégalitaire que les moyennes ne veulent plus rien dire », considère-t-il.

  • Des projets, mais pas d’emplois

Si la mairie, et Jean-Claude Gaudin en premier lieu, se félicite d’avoir fait grandement reculer le chômage à Marseille depuis le milieu des années 90, la réalité diffère. « Il n’y a absolument aucune croissance au niveau de l’emploi, elle est de 0 %. A chaque fois qu’un emploi se crée, un autre est détruit. Le solde est négatif, et l’accès à l’emploi est très compliqué pour ces catégories de population », contrebalance le maître de conférences.

Alors oui, Marseille se développe, des nouveaux quartiers comme Euroméditerranée voient le jour. Sans que pour autant cela crée une dynamique pour les personnes le plus dans le besoin. « Euroméd a coûté près de sept milliards. Pourtant 10 mètres plus loin, les gens sont toujours aussi pauvres. Les points forts profitent toujours aux mêmes, et les points faibles restent ensemble », regrette Philippe Langevin.

  • Une mixité sociale à revoir

Et c’est bien là que le bât blesse. Les Marseillais ne se mélangent plus contrairement à l’image que l’on peut se faire de la ville.

L’égoïsme se développe, les classes moyennes restent dans l’entre soi. Les populations du sud ne vont jamais au nord, et inversement. Marseille est une mosaïque de quartiers », image-t-il.

Comme le rappelle le chercheur ces données ne sont pas forcément nouvelles, « mais ces appels à la solidarité tombe à plat dans l’indifférence, c’est le plus grave. »

Pour contrer cette indifférence, il faudrait « passer de la reconnaissance des quartiers populaires, à la connaissance de ces quartiers ». Le secrétariat social de Marseille propose plusieurs solutions. Par exemple impliquer d’avantage les habitants dans les opérations d’aménagements, développer les structures d’insertions, mener une politique du logement. « Pas moins de huit ans d’attente sont nécessaires pour obtenir un logement social à Marseille », dénonce Philippe Langevin.

  • Des politiques désintéressés ?

Mais les politiques semblent se désintéresser du sujet. « Avant d’être attractif et de s’ouvrir à l’extérieur, pensons à nos populations ». L’étude est pourtant arrivée sur le bureau des élus. « Nous l’avons envoyée début juin à tous les conseillers municipaux. Personne n’y a répondu sauf Xavier Mery, adjoint à la lutte contre l’exclusion, qui nous a reçus pendant une heure. Mais on a compris que la ville avait d’autres priorités », explique Bernard Cheval, président du Secrétariat Social de Marseille.

Aucun élu marseillais n’a mené de politique de la ville contrairement à des villes que je connais comme Strasbourg, qui a au moins le mérite d’essayer », résume Alain Fourest, de la Ligue des droits de l’homme.